L’heure est venue
Chronique des chroniques
L’année dernière à cette même époque certain m’ont collé le sobriquet de Mouchakes qui voudrait dire à peu de chose près pamphlétaire ou polémiste, aujourd’hui on m’affuble d’un autre. Celui de vouloir détenir «le beau rôle». Cette étiquette m’a été assigné à la suite de la publication de la Chronique de circonstance et plus précisément à ce cris en fin d’article : « je vous es prévenu » à propos de l’urgence de prendre soin des archives photographiques. Je n’ai jamais eu envie de m’attribuer le beau rôle, mais force est de constater que dans chaque domaine il faut des rôles principaux, des jeunes premiers, des figurants de passage, des contres-emplois, des guest-star et l’incontournable arlequin…chacun se trouvant malgré-lui (!) dans la peau d’un personnage de ce monde de la photographie.
Ballade photographique
Le samedi 21 mars j’ai parcouru pendant trois heures et demi – de 12h49’ à 16h23’ selon mes fichiers images – des places, des centres commerciaux et des avenues de Tunis. J’ai déclenché une centaine de fois, sans voir sur l’écran du Nikon D 200 ce que je venais de photographier. Arrivée chez-moi, j’ai pu tout de suite revoir ma journée en notant au passage tout ce que je devais retenir ; les bonnes prises, les vues sans intérêt et les fautes à ne plus commettre. J’ai pu ainsi concilier quelques avantages de la technologie numérique et la magique sensation de suspense propre à l’argentique. Un constat d’une grande importance m’a sauté aux yeux…je continu à voir et donc à photographier en monochrome. J’attends vos critiques (qui seront bien entendu reprises dans la prochaine chronique)…
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Histoires de femmes à Bab Souika, 21 mars 2009 à 12h55. Photo Hamideddine Bouali
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Coupoles à el Hafsia. 21 mars 2009-13h03. Photographie Hamideddine Bouali
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Chemins de vie à Bab Saadoun. 21 mars 2009-13h26′. Photographie Hamideddine Bouali
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Cathédrale de béton à Bab Saadoun. 21 mars 2009-13h35′. Photographie Hamideddine Bouali
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Parcours culturel à la Médina. 21 mars 2009-14h02′. Photographie Hamideddine Bouali
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Histoires de civilisations à la Mosquée Zitouna. 21 mars 2009-14h27′. Photographie Hamideddine Bouali
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Les habitués du souk de Tunis. 21 mars 2009-14h32′.Photographie Hamideddine Bouali
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Pause sur l’escalier mécanique de Tunis center, 21 mars 2009-14h57′.Photographie Hamideddine Bouali
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Evénement exceptionnel à ne pas rater
Dans moins d’une semaine, le mercredi prochain à exactement 10h 42’ heure GMT, (attention la Tunisie n’as plus d’heure légale conforme avec celle de l’Europe, donc c’est bien 09h 42 heure tunisienne), le satellite « WorldView-2 » sera au-dessus de Tunis pour réaliser une photographie qui servira dix jours plus tard à occuper l’ancienne de Earth Google devenue obsolète. J’ai pu trouver il y a cinq ans sur internet le calendrier des prises de vues du satellite et j’ai cru me faire photographier du fait même que j’ai pris position à l’instant précis où le satellite pointait son objectif vers moi. La résolution utilisée à l’époque trop faible ne permettait pas une identification précise et j’étais réduis à un minuscule point. Un pixel correspondait à 1,8 mètre et je n’étais pas de taille à y figurer !!!
J’ai vu sur Flickr, que beaucoup de photographes ont utilisé cette information pour réaliser des performances exceptionnelles. Un australien a invité tous les habitants du village où il habitait à s’étendre par terre et à ce tenir la main, une ribambelle faite de deux cents cinquante personnes fut ainsi réalisé. En Bolivie, un instituteur à la retraite a allumé des lampes en forme de cœur, image visible uniquement la nuit. Une canadienne dont la maison était à cheval sur deux prises de vues satellites différentes avait peint sa demeure en deux coloris ! La prochaine fois je vous livrerais la liste des cordonnées de toutes ces images. Alors vous savez ce qui vous reste à faire.
Le nouveau satellite possède une résolution bien supérieure ; allant jusqu’à 0,15 mètres. Avec une telle précision il est possible de se faire portraiturer. Évidement le mieux serait de s’étendre sur le dos et de se faire photographier ainsi. Imaginez ce que cela donnera une fois le fichier mis en ligne ? Votre meilleur portrait réalisé avec l’appareil le plus précis, le plus lointain et qui sera probablement celui le plus vu !!! Occasion à ne pas rater car la prochaine fois sera dans 3 ans…d’ici là qui sait ce qui arrivera.
Pour ma part je serais, ce jour là , au jardin Habib Thameur, car c’est un espace facile à localiser, puis c’est d’après les statistiques de Statgooglearth Co. la société qui gère Earth Google, le lieu à Tunis sur le quel on a le plus zoomé. Encore une fois l’écologie qui est à la mode.
Hamideddine Bouali
25 mars 2009
« Vous au moins vous ne risquez pas d’être un légumeÂ
puisque même un artichaut a du cœur ! »
Photo Edward Weston- artichoke halved 1930-Center for photography, Arizona Board of Regents
C’est dans le film «Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain» que l’héroïne du film adresse au méchant de service cette cinglante phrase. Avoir du cÅ“ur, voilà ce qui est de plus en plus rare de nos jours, au point que ceux qui l’ont sont taxés de mauviette !!! Où va le monde ?Â
Le temps des images
Belles récoltes en vue pour le prochain World Press Photo, la guerre c’est des images de vigoureux soldats en battle-dress, de courageux combattants à l’affût, d’enfants ensanglantés, de maisons détruites, de visages en pleurs… Sauf qu’il y a bien longtemps que Robert Capa a affirmé après la seconde Guerre mondiale que : “La guerre est une actrice vieillissante de plus en plus dangereuse, de moins en moins photogénique”.
Dans l’article intitulé « Au moins une Palestine sera libre », une phrase avait heurté la sensibilité de certains lecteurs : « Je hais la politique parce que la politique s’en fout des personnes, des individus et des identités… Je n’ai jamais aperçu un peuple et vous ? ». Voilà qu’un confrère vient appuyer mes opinions.
La semaine dernière, je reçois un mail à propos de l’inauguration de l’exposition “6 milliards d’autres†qui a lieu du 10 janvier au 12 février courant au Grand Palais à Paris. En vous connectant au site www.6milliardsdautres.org, Yann Arthus Bertrand, connu pour ses livres de photographies prises depuis le ciel, raconte comment l’idée lui est venue de poser le même questionnaire à 5000 personnes des quatre coins du globe (c’est peut-être la raison qui fait que cela ne tourne pas rond !!!).

Probablement la plus belle photographie de la terre réalisée, depuis la Lune, il y a exactement 40 ans. Décembre 1968. Apollo VIII (Jim Lovell, William Anders et Franck Borman)
Yann Arthus Bertrand explique l’origine de son idée : « Tout est parti d’une panne d’hélicoptère, un jour, au Mali. En attendant le pilote, j’ai discuté avec un villageois une journée entière. Il m’a parlé de son quotidien, de ses espoirs, de ses craintes : sa seule ambition était de nourrir ses enfants. Interrompu dans mon travail pour un magazine, je plongeais dans les soucis les plus élémentaires. Et il me regardait droit dans les yeux, sans plainte, sans demande, sans ressentiment. J’étais parti photographier des paysages, j’ai été captivé par ce visage, par sa parole. Par la suite en survolant la planète pour réaliser « La Terre vue du Ciel », je me demandais souvent ce que je pourrais apprendre des hommes et des femmes que j’apercevais en dessous de moi. Je rêvais de pouvoir entendre leur parole, sentir ce qui nous lie. Car vue d’en haut, la terre apparaît comme une étendue immense à partager. Mais dès que je me posais au sol, les problèmes commençaient. Je me retrouvais confronté à la rigidité des administrations de chaque pays, et surtout à la réalité des frontières instaurées par les hommes, symbole de cette difficulté de vivre ensemble ».

capture d’écran du site www.6milliardsdautres.org
« L’Å“il était dans la tombe, et regardait Caïn »
Difficile aujourd’hui de ne pas parler, encore, de Gaza, après avoir lu l’introduction humaniste d’Yann Arthus Bertrand. Vue d’en haut, de loin ou assis confortablement devant sa télé, le monde est réduit à sa plus simple expression. Aucun moyen de transmission ne peut se substituer à la vraie connaissance des gens. Les relations épistolaires, le tchat, MSN, hi5, Facebook, les téléphones portables, les e-mails, les sms n’ont jamais le pouvoir de transmettre l’émotion ressentie quand on regarde une personne droit dans les yeux, d’écouter son timbre de voix à bout portant, de sentir son odeur et de la toucher au sens figuré et, si affinités, au sens propre. Même les armes, à l’image de la communication entre les gens, s’utilisent de loin, cultivant la lâcheté. Les obus sont aveugles, les roquettes sont folles, les missiles « fire and forget », que l’on tire de loin en rebroussant chemin avant qu’elles n’atteignent leur cible, les armes BVR (Beyond the Visual Range), que l’on lance au-delà de la portée de vue… C’est ignoble.Â
Combien de soldats ont évoqué leur hésitation avant d’appuyer sur la gâchette parce que celui qui est pris pour cible l’a regardé dans les yeux ? Les mémoires des guerriers des conflits d’antan sont remplis d’hésitations, de questionnements et de doutes. Face à face la donne est différente. Que c’est facile de dire du mal de quelqu’un dans son dos, mais cela est bien difficile de le faire en face !!!Â
Celui qui réussit à tirer sur un individu en sachant qu’il le verra fermer ses yeux pour toujours n’en sortira pas vivant. Cette image le suivra toute sa vie comme Caïn vivant avec le regard d’Abel. Oui car nous sommes tous frères, même si ces paroles paraitront pour certains ringardes et caduques, je ne cesserai jamais de les répéter.Â
Dans un poème de « La Légende des Siècles » intitulé « La Conscience », Victor Hugo consacre une centaine de vers sur le remords de Caïn, poursuivi par un Å“il omniprésent. Caïn ira jusqu’à s’enterrer vivant. Il sera l’exemple de tout homme incapable de fuir sa conscience : « L’Å“il était dans la tombe, et regardait Caïn ». On croit, à tort, qu’en évitant le regard de sa victime on échappe à celle de sa conscience, mais ainsi on ne fait qu’ajouter à la cruauté de l’acte la couardise de la conduite.Â
Guerre des passions
On ne peut pas vivre sans amours, sans ardeurs, sans penchants pour quelqu’un, pour une cause mais la passion, on le sait, vous empêche d’avoir la faculté de discernement.
Tant que ce sont les passions et non le bon sens qui guident les opinions, tant que ceux qui soutiennent un des deux camps, le font de loin assis confortablement dans leur quotidien, tant que les victimes ne sont pas également traitées, ce conflit perdurera. Les discours polarisés, les arguments valables unilatéralement, les intransigeances criminelles, les entêtements aux conséquences funestes conduisent les populations civiles – au cas où on retrouverait leurs cadavres – droit vers les cimetières.
Guerre des mémoires
J’ai lu dernièrement « Suez 1956, Naissance d’un tiers-monde » de Marc Ferro paru en 2006 chez Complexe Ed. Je vais peut-être dire une bêtise, mais tant pis. Aucun acteur de cette affaire n’avait une vue globale de ce qui avait précédé les événements qui ont abouti à son déclenchement. Le comportement de certains dirigeants révélait leur ignorance de faits pourtant concomitants et directement en cause. Ce qui se passe maintenant à Gaza, ou ailleurs, ne sera connu dans le détail que dans deux decennies. Vous aurez entre-temps oublié Gaza 2009, sauf si vous êtes historiens, fin politiciens, parents de victimes ou anciens combattants, les autres seront devant leur télé à suivre dans le journal du soir les dernières nouvelles d’un autre conflit, un film ou un match de football !!!Â
Dans « Les Grands dossiers des Sciences-Humaines » N°13 daté déc-2008/jan 2009 » Marc Ferro écrit que lors du tournage du film documentaire Verdun (1966), les réalisateurs Daniel Costelle et Henri de Turenne : « Ont fait se rencontrer à Verdun des anciens combattants français et allemands. Que c’est-il passé ? Ils s’étreignirent en pleurant ! Cette scène confortait mon intuition selon laquelle ces anciens soldats en voulaient au fond plus à ceux qui les avaient envoyés à la guerre qu’à leurs ennemies ».
Tout cela est à méditer.
Guerre des images
Les enfants qui meurent par un tir de mortier, qui disparaissent sous les bombes, qui crèvent de faim, qui décèdent de SIDA…me fondent le cÅ“ur. Une mère qui cherche ses enfants dans une morgue, un père qui tient son bébé sans vie, une petite fille qui gémit de douleurs…Qui peut voir ces images intolérables à longueur de journée ? Les chaines devraient arrêter de diffuser ces images au grand public. Le premier jour c’est choquant, le lendemain c’est attristant, le troisième jour les spectateurs se sont habitués et c’est exactement ce qui ne devrait pas arriver. La banalisation est le pire ennemi de l’humanité.Â
Les criminels savent, qu’après une période de vives émotions, leurs délits quittent la Une des journaux pour régresser en priorité…la diplomatie – machine d’une inertie déconcertante – fait écran, les forfaits se poursuivent, entre temps, les civils continuent de mourir.
Je suis photographe donc bien placé pour connaitre le poids des photos mais aussi leur pouvoir traumatisant. Lors de la guerre du Vietnam, les groupes d’opposition ont projeté au Sénat américain les photos du massacre de My lai, ignoré à l’époque du grand public. Des décisions furent prises. Oui aux images comme preuves intangibles des crimes et des méfaits commis mais pas d’une manière brute et brutale. A-t-on pensé un seul instant aux enfants et aux âmes sensibles en publiant en pleines pages des photographies d’une telle cruauté, en diffusant en boucle des séquences si atroces ?Â
J’avais huit ans quand la guerre du Viêtnam fut devenue le volet principal des informations. Je me rappelle avoir fait plusieurs cauchemars dont un qui m’a plusieurs jours épouvanté au point que je ne voulais plus aller en classe. Je me souviens avoir raconté à mes parents qu’un bateau allait venir accoster devant l’école – bien que située à une trentaine de kilomètres de la côte ! – pour nous emmener à la guerre !!! Mes parents ont su me rassurer. J’ai repris le chemin de l’école en devenant viscéralement un anti-guerre. Qui aujourd’hui prends la peine d’expliquer à ses enfants, sans passions ni parti-pris, ce qui se passe en Palestine ?
Nous avons perdu les morts, ne perdons pas les vivants !
Hamideddine Bouali
16 janvier 2009
7abib posted a photo:

La corniche qui domine le village de Chénini (sud tunisien) correspond à une lentille de grès grossiers, très indurés, à stratifications obliques, à base conglomératique, avec souvent des troncs d’arbres silicifiés et des restes de vertébrés. Age : Albien (Crétacé moyen).
★¢ℓαÑα posted a photo:

La donzelletta vien dalla campagna
in sul calar del sole,
col suo fascio dell’erba; e reca in mano
un mazzolin di rose e viole,
onde, siccome suole, ornare ella si appresta
dimani, al dà di festa, il petto e il crine.
Siede con le vicine
su la scala a filar la vecchierella,
incontro là dove si perde il giorno;
e novellando vien del suo buon tempo,
quando ai dà della festa ella si ornava,
ed ancor sana e snella
solea danzar la sera intra di quei
ch’ebbe compagni nell’età piú bella.
Già tutta l’aria imbruna,
torna azzurro il sereno, e tornan l’ombre
giú da’ colli e da’ tetti,
al biancheggiar della recente luna.
G.L.
Citronnade, Nénetses et coup de soleil (suite et fin)
L’aventure du Corsaire
Pour la troisième année consécutive Ghar el Melh se voit affublé d’un quotidien, le seul organe de presse que ce village a connu. Évidemment cette feuille de chou est partiellement rédigée quelques semaines à l’avance. Avec tout ce qu’il y a à faire ou à superviser, il ne pouvait en être autrement. Et puisque je ne me voyais pas signer tous les articles que j’écrivais, je me suis amusé à attribuer à quelques un des auteurs différents. Mon père qui me relit et me corrige m’a ainsi fait remarquer que de mes deux filles – Jenaina (13 ans) et Fatma (11 ans) – c’est la benjamine qui fait le moins de fautes, en sachant pertinemment que le cancre en accords de verbes et en grammaire c’était bien moi ! Je suis allé cette année à Ghar el Melh en bus, et pour occuper mes deux charmantes filles, je leur ai demandé de lire chacune l’article qu’elles ont – soi-disant – rédigé. Ajoutant que : « au cas où on vous interrogerez vous trouverez quoi répondre ! ».
Écouter Fatma lire pour la première fois le mot « Da-gue-rré-o-ty-pe » dans un bus cahotant avec une chaleur caniculaire cela me rappelle la série de sketch d’Eric et Ramzy : « Ce soir nous allons ensemble apprendre un mot, ce mot nous ne le connaissons pas, ni vous ni nous…».
Le café en face du fort est devenu le siège de la rédaction du Corsaire. Tout le monde y a mit la main. André Marzuk a évité bien des lourdeurs en suggérant des raccourcis stylistiques à quelques minutes du bouclage. Ma sœur Houbeb (née Bouali) Khéchine – qui se vante d’être l’épouse et la sœur de deux réceptionnaires du prix nationale de la photographie – a joué aux reporters et ces trois enfants à l’intendance. Marianne a – entre une interview et une visite guidée – relu sans avoir eu le temps de tout corriger, d’où quelques coquilles.
Super Ali, Anissa joli cœur et Système imeD
Ali, coiffeur de son état, est là depuis les premières éditions. Affable, prévoyant…il te tend un café avant même de l’avoir demandé, une poignée de clous d’accrochage alors que les photos n’ont pas encore été encadrées, il est l’archétype du bénévole : il est là avant tout le monde et attend que l’on soit tous rentré pour quitter les lieux. Que ferions-nous sans notre super Mario ?
Elle est venue spécialement de Paris, pour être de la partie et soutenir son cher papa. Anissa Jabeur possède de son père l’art de la négociation, et de sa mère le sourire. Effectivement ces Rencontres sont en quelque sorte une affaire de famille, sinon cela ne marche pas. Anissa venait souvent me voir, et quand elle est à un mètre de moi je n’ai jamais deviné si elle va m’annoncer une bonne nouvelle ou alors l’imminence d’une catastrophe. Chaque manifestation a besoin d’une Anissa pour tempérer, atténuer et sauver une situation soit par un sourire dévastateur ou une diversion très diplomatique.
On lui a confié la responsabilité la plus courte en durée mais la plus difficile. Imed Belhassen s’est occupé de la restauration et du logement.
C’est la seule fois où le resto n’a pas eu de problème d’approvisionnement. Imed prévenait le cuistot : « aujourd’hui nous seront 36 à déjeuner et 41 à dîner », il ne se trompait que rarement et même si le compte n’était pas bon c’est que quelques uns ont mangé pour deux ! Populaire la soupe !
Le soir venu, le voir errer d’un bungalow à l’autre – avec sous le bras matelas et oreillers – essayant de loger tout le monde bien que le temps de sommeil pour la majorité d’entre nous se comptait non pas en heures mais en minutes, me faisait de la peine. Certain jour cela tiendrait du casse-tête d’une souris de laboratoire dans un machiavélique labyrinthe. Il s’en est sorti avec brio.
Astronomes ! À vos yeux
Aucune journée de travail n’était possible sans l’idée que cela finirait les pieds dans l’eau à Sidi Ali el Mekki. Ce moment de repos était nécessaire, après avoir tant discuté, marché, accroché des cadres, tapé sur le clavier, résolu des problèmes. Couché sur le dos – à même le sable – le spectacle, gratuit et d’une rare beauté, s’offrait à qui voulait le voir. Mon neveu, Mohamed Ali, féru d’astronomie, ne trouvait pas ses mots le premier soir. A Tunis ; La Grande Ourse, l’Étoile polaire, Alpha du Centaure étaient bien visibles mais ici à part les stars, les figurants aussi furent invités sur scène. Ils étaient – presque tous là – à se pavaner devant ce fabuleux décor, jouant au funambule sur la Voie Lactée…certaines ont perdu l’équilibre…vite un vÅ“u !!!
Le clair de lune éblouissant dans cette obscurité totale, donnait à la plage un éclairage féerique. Les couleurs n’étaient plus colorées, une agréable sensation de présence des êtres et des choses avait pris leur place. La meilleure preuve de cette impression, c’est la difficulté de se rappeler ces images là , il n’en reste que des émotions. Je me souviens avoir dit – alors que notre astre de la nuit était à son premier quartier : « tant que la photographie ne peut pas restituer cette atmosphère, il y aura toujours des moments à vivre et non à photographier ».
Parler et s’enrichir ou se taire et méditer
Dans ces nuits-là chacun avait son rituel. Certains étaient assoiffés de parler : je fus témoin d’une grande discussion à propos du pluriel de ciel. Ciels ou cieux ? Trente cinq minutes d’échanges d’idées lumineuses…dommage personne n’a pris note.
D’autres ont retroussé leur pantalon, trempant leur corps jusqu’au mollets et se sont dit : « je suis…ici » à l’instar de Hela ou de Hejer. Rabaa prit l’habitude de cheminer en longeant puérilement les premières vagues, Rania regardait l’horizon sans voir ni le ciel ni la mer…l’horizon comme simple ligne, l’horizon comme trait. Aux premières heures de la journée, Natalia noyait sa fatigue dans cette mer paisible, accueillante et régénératrice.
Fatal Erratum
C’est la première fois que l’on me confie la conception du catalogue des Rencontres. Le mois de mai fut intense en échanges – par e-mail – avec d’abord les membres du comité puis avec les photographes. La dernière semaine fut particulièrement chargée au point qu’il fallut communiquer plus rapidement par téléphone portable. Le catalogue fut prêt à temps et dès sa distribution on vint me voir pour les réclamations d’usage, la perfection n’est ni humaine ni de ce monde. Natalia Jaskula fut, de l’avis de tous, celle qui fut la plus lésée. Il aurait fallu bien évidement reconnaître son travail de prospection, de contact, de collecte et de transport des expositions des photographes polonais ainsi que celle de Susana Paiva. Son travail de scénographie – qui a donné aux Rencontres de l’année dernière et de cette année une très haute facture – aurait dû être particulièrement applaudi et noté sur la page de garde de cet ouvrage.
Dans le texte : « Déclarons la photographie d’utilité publique…et le photographe bienfaiteur de l’humanité », il fallait lire « il est temps de reconnaître l’incontournable rôle des commissaires d’exposition » et non « il est temps de reconnaître l’incontrôlable rôle des commissaires d’exposition ».
Autre malencontreuse coquille, dans la double page consacrée à Amine Messadi, un moment d’inattention a fait que dans sa biographie c’est le nom de Karim Maamri qui apparait. Qu’il nous excuse.
Peut-être un caprice de Marianne !
Marianne Catzaras s’est toujours réservé la rédaction du troisième texte de présentation du catalogue. Cette année, dans la précipitation des derniers jours avant le bouclage, Marianne m’envoie son texte par E-mail et oublie de le titrer. Après mes sollicitations, à la limite du harcèlement, elle m’envoie un texto ainsi libellé (je respecte l’exacte graphie) : « peut-être le courrier de marathon ». Avec l’innocence des enfants j’ai cru que tout le contenu du sms était le titre de son texte alors qu’en réalité elle hésitait encore et demandait mon avis !
Des lauriers pour Lilia
Lilia Benzid, membre du comité des Rencontres, n’a pas été présente autant qu’elle l’aurait voulu. Sa fille Salma passait son bac au moment des derniers préparatifs et attendait le résultat alors que les animations avaient commencé. Salma fut reçue avec une exceptionnelle « Mention très bien », et cela valait la peine de sécher les 6e Rencontres pour une aussi noble raison.
Effet Ghar el Melh !
Quant on lit les manchettes des quotidiens ou les Unes des journaux télévisés à propos des guerres qui se préparent, des haines qui se montent et du pseudo choc des cultures, il m’arrive de me demander qu’est ce qui se passe à Ghar el Melh pour que des individus venus de pays et de cultures différents, parlant différemment et ayant des croyances diverse arrivent à ce point à s’entendre ? Parce que – Polonais, Portugais, Libyens, Français, Tunisiens – on s’est d’abord aimé dès les présentations…alors naturellement on s’est compris. Est-ce bien cela l’effet Ghar el Melh ? C’est peut-être le ciel (de Ghar el Melh) qui nous unis, couvre et nous protège qui en est responsable…je l’ai déjà dit dans un texte paru dans le blog : nous sommes minuscules mais nous sommes là pour nous en rendre compte. Notre supériorité se situe dans cette conscience de soi (je plagie Blaise Pascal). Entre la pratique de la photographie, activité tout compte fait égocentrique et focalisante (certain vont me critiquer pour la formulation et le néologisme) et regarder l’immensité du ciel, nous nous sommes remis à notre vraie place.
Amarcord
Gaël Coto se rappelle sûrement la discussion que l’on a eu à -propos du cinéma de Fellini, lui préférant Fellini-Roma, moi Amarcord (io mi riccordo = je me souviens), l’un est l’autre sont une suite de souvenirs, d’anecdotes et d’histoires…avec le temps les uns sont enjolivés d’autres défigurés. Tous ce qui nous arrive depuis leur vécu – jusqu’à leur évocation aujourd’hui – les détient d’une certaine manière. Alors les Rencontres ont-elles étaient telles que je viens de les raconter ? Se sont-elles passées ainsi pour tous ceux qui y étaient présents.
Contrairement aux autres années, je n’ai fait aucune photo d’ambiance, préférant le faire avec mes yeux puis les enregistrant dans mon cœur. Si vous avez des instantanées des Rencontres en fichiers numériques – ou comme moi en fichiers émotions – n’hésitez pas à me les envoyer afin de constituer l’album de cette inoubliable réunion de famille.
Hamideddine-6e Rencontres
Tout est dit dans l’affiche…aux expos de montrer
Affiche des 6e Rencontres signée Adel Megdich
Cette année, c’est Adel Megdich qui nous offre sa vision des Rencontres en leur dédiant un visuel de toute beauté. Une affiche qui vous fixe droit dans les yeux.
Regard sensuel ou interrogateur, sombre de profondeur ou clair de sens, visage devant lequel une lentille, lunette ou trou de serrure semble résumer l’acte de photographier. Qui se cache derrière l’autre ? Les photographes-metteurs-en scène en savent quelque chose. On a envie de baptiser les deux personnages que Adel Megdich a imaginés. Elle pourrait s’appeler Melha (sel), pour rappeler le village où elle demeure…grain de sel, un seul pour le goût. Lui ? Akhal (noir) comme poivre, pour donner le ton. Le temps. Sacrés personnages, duo inséparable ; personnification du négatif et du positif en argentique, incarnation du le Zéro et du Un en numérique. Anima-animus, l’envers et l’endroit, le photographe et le spectateur, le jour et la nuit, le bien et le mal, le masculin et le féminin, l’Orient et l’Occident, la lumière et l’obscurité, le tout et le rien…interminable liste d’entités, non pas contraire ou opposé, mais viscéralement complémentaire. Si Shahrâzâd est à la merci de Shâhriyâr, celui-ci mourrait d’ennui sans ses contes…Alors là aussi c’est l’égalité. Melha tient-elle une boule de cristal ? Voyons, voyons photographe ! Moi seul te révélerait de quoi tu es capable ? L’exposition en est l’épreuve de vérité.
L’index levé, mignon clin d’œil aux enfants de Ghar El Melh pour qui le début des Rencontres coïncide avec la fin des classes, affirme la présence plus que jamais nécessaire de la photographie dans un monde de bruts. Il indique aussi que les Rencontres sont un déclencheur engendrant de la photographie.
Malicieuse idée que de suggérer, par la disposition de la date des rencontres, un voyageur, sac sur le dos escaladant un versant. Le voyage et l’évasion seront présent par des paysages de Sibérie ou du désert libyen, des vues souterraines de Paris ou de Mongolie depuis une montgolfière, reportage en équilibriste sur une frontière à Chypre ou entre la cuisine et le séjour d’un appartement à Tunis.
Et que penser alors de ce reptile torsadé ? Anneau ; symbole d’une passionnelle union. Pécher originel, pécher original ? La photographie n’est-elle pas une tentation, une envie, un caprice, un désir, portait de Dorian Gray, comme Narcisse et à la manière de Leonard. Le Portrait, thème majeure de cette sixième édition, est considéré comme étant le sujet le plus difficile de la photographie. Certain s’y sont adonné avec délectation.
Malheureusement les Rencontres ce n’est que quatre jours et autant de soirées, mais ne vous en faites pas les milles et une nuit c’est assurément dans les images… Akhal en arrière plan, semble le chuchoter.
Hamideddine Bouali
22 mai 2008