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Barack Obama par Richard Avedon 2004. Copyright : NewYorker.com
A l’article de la vie
Voici, des extraits d’un article signé Jean-Jacques Naudet, paru le 4 novembre 2008 en page 24 de mon journal préféré Le Monde :
Un portrait de Barack Obama : c’est l’ultime image du dernier reportage du photographe Richard Avedon, paru dans le New Yorker quelques semaines après sa mort, en 2004. C’est la dernière photographie de la formidable exposition intitulée « Avedon, Portraits of Power », organisée à la Corcoran Gallery de Washington, jusqu’au 25 janvier 2009.
L’article est conclu par…
En 2004 enfin, c’est Democracy, un audit photographique de l’Amérique à la veille de l’élection présidentielle. La dernière photo est celle d’un jeune sénateur Noir de l’Illinois, Barack Obama. Richard Avedon est victime d’une hémorragie cérébrale pendant la réalisation du reportage. Il meurt à l’âge de 81 ans. Helmut Newton et Henri Cartier-Bresson sont morts quelques mois auparavant. L’essai est publié, bien incomplet, le 1e novembre 2004.
Avez-vous noté que Le Monde se permet le luxe de dépêcher un envoyé spécial pour couvrir une exposition de photographie de l’autre côté de l’Atlantique ? Signalons au passage qu’une grande rétrospective Avedon fut organisée au début de l’automne à Paris et que toutes les photos exposées à Washington sont consultables sur le net ainsi que dans des ouvrages spécialisés.
Dans les deux phrases inaugurales de l’article, le signataire accumule les mots dont la connotation est sans équivoque : «Ultime image», «quelques semaines après sa mort », «c’est la dernière photographie». Le papier est conclu sur une note semblable ; «dernière photo», « victime d’une hémorragie cérébrale», « il meurt », «Helmut Newton et cartier Bresson sont morts» et «l’essai est publié incomplet».
L’idée de Jean-Jacques Naudet de souligner d’une manière significative l’héritage artistique d’un grand portraitiste est beaucoup plus que flagrante. Le fond de l’article est un condensé du parcours du photographe, passant d’un magazine à un autre en voyant défiler devant son objectif des tops modèles ou des personnalités politiques. Aucune mention de l’exposition visitée ni de l’affluence du public ou de la réaction de la critique américaine. L’article est illustrée par le portrait de Barack Obama, l’auteur n’en souffle pas un mot…ci après le mien.
Le sens des gens
Qu’est ce qu’un portrait, photographique cela s’entend ? Une réactualisation de la présence d’une personne ? Une illustration de sa vie, tout comme un patronyme ? Un «Ecce Homo» ? Une dénonciation ? Une mise à nu ? Un écorché vif ? Une radiographie ?
Un portrait c’est tout cela à la fois. Mais certains portraits renferment une ambition quand tous les autres ne sont qu’un simple passif. Celui de Barack Obama est un de ceux là , sans que son auteur Richard Avedon en fut un visionnaire ou un prophète.
Quand un jeune sénateur, sémillant juriste, ambitieux politicien, au physique de sportif et à la figure de jeune premier de cinéma, se présentant dans votre studio de prise de vue avec une démarche dansante, la voix d’un avocat sûr de sa plaidoirie et le regard d’un adolescent – un pied dans le rêve et l’autre dans la réalité – vous tombez sous le charme. Le personnage – remake de James Steward dans «Monsieur Smith au Sénat» ou clone de JFK – attire particulièrement l’attention, cela n’a pas dû échapper à l’œil du photographe. Avedon, soixante ans de photographie, qui a roulé sa bosse dans un grand nombre de magazines connait la leçon ; côtoyer à longueur de temps de pose, des acteurs, des hommes politiques, des mannequins cela vous donne «le sens des gens ».
Je m’en lave les mains !
Avec une symétrie presque parfaite, aux proportions homogènes et au teint de peau mitoyen entre ses cheveux à la coupe stricte et à sa chemise décontractée, le visage d’Obama signé Avedon est un curriculum vitae accompagné d’une lettre de motivation en bonne et dûe forme d’un homme politique. L’ambition qui gicle des yeux d’Obama, traversant l’objectif pour venir vous hypnotiser, est si intense qu’elle semble avoir appuyé sur le déclencheur. Le choix d’un éclairage flamboyant, la lumière parait se déverser du rebord du cadre, vient souligner le caractère brillant du personnage. Dans un portrait, la pose est un élément primordial de composition, Obama apparait tendre le cou vers l’objectif, voulant franchir la surface du tirage. Tout cela légitime le terme médium – «ce qui se tient entre» – auquel on a recours pour designer la fonction d’intermédiaire qu’occupe la photographie.
Tout comme Ponce Pilate se dégageant de la responsabilité de condamner le Christ, Avedon en refusant d’altérer l’image d’Obama s’en lave aussi les mains en nous le livrant tel quel …a nous d’en être juges.
Le Portrait et moi
J’ai toujours eu une aversion pour pratiquer le portrait. Photographier des scènes de vie en ville, saisir un danseur pendant un entrechat ou signer mon autoportrait ne m’a jamais attiré d’ennuis, en tout cas jusqu’à la rédaction de ces lignes. Aucun danseur, place publique ou situation photographiée ne m’a apostrophé pour protester de sa non-ressemblance avec l’image que j’en ai faite. Mais me mettre devant une personne pour essayer de la cerner dans un rectangle qui sera supposé la réincarner est hors de mes compétences.
Ce que l’on ignore souvent c’est que nous portons tous l’image (pas seulement optique) de nous-mêmes. Cette image est complexe, mélange de traits et d’attraits, vrais ou supposés l’être. Si un portrait fait de nous s’écarte un peu trop de cette image mentale que nous avons, nous le rejetons. Cependant je suppose qu’aucune photographie ne peut être strictement conforme à celle virtuelle que nous avons de nous-mêmes. Le meilleur portrait est celui qui s’en approche le mieux.
Post scriptum
Très souvent la correction stylistique d’un texte n’est qu’une variation, une nuance ou un subtil changement qui ne dénature en rien le fond du texte, c’est ce qui arrive couramment avec les textes rendus par mon père ou par Safi – mon frère jumeau – après lecture et correction.
Mais pour ce texte, Safi propose sa propre conclusion…je vous la livre tel quelle me fut envoyée !!!
Ici manque une chute du genre :
Barack H. Obama ne peut refuser le sien même s’il est à la limite de la photo anthropométrique. En fait, Avedon atteint les ultimes rivages de l’art visuel. Posture en très net retrait pour un photographe, mais qui exprime un choix de neutralité. Aucune sophistication artificielle du sujet. Aucun artifice. Richard Avedon semble lancer à ses compatriotes : «Américains ! Voici votre homme je vous le livre tel qu’il est. Faites-en un roi ou un supplicié. Moi, je m’en vais».
Lourde responsabilité.
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