« Vous au moins vous ne risquez pas d’être un légumeÂ
puisque même un artichaut a du cœur ! »
Photo Edward Weston- artichoke halved 1930-Center for photography, Arizona Board of Regents
C’est dans le film «Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain» que l’héroïne du film adresse au méchant de service cette cinglante phrase. Avoir du cÅ“ur, voilà ce qui est de plus en plus rare de nos jours, au point que ceux qui l’ont sont taxés de mauviette !!! Où va le monde ?Â
Le temps des images
Belles récoltes en vue pour le prochain World Press Photo, la guerre c’est des images de vigoureux soldats en battle-dress, de courageux combattants à l’affût, d’enfants ensanglantés, de maisons détruites, de visages en pleurs… Sauf qu’il y a bien longtemps que Robert Capa a affirmé après la seconde Guerre mondiale que : “La guerre est une actrice vieillissante de plus en plus dangereuse, de moins en moins photogénique”.
Dans l’article intitulé « Au moins une Palestine sera libre », une phrase avait heurté la sensibilité de certains lecteurs : « Je hais la politique parce que la politique s’en fout des personnes, des individus et des identités… Je n’ai jamais aperçu un peuple et vous ? ». Voilà qu’un confrère vient appuyer mes opinions.
La semaine dernière, je reçois un mail à propos de l’inauguration de l’exposition “6 milliards d’autres†qui a lieu du 10 janvier au 12 février courant au Grand Palais à Paris. En vous connectant au site www.6milliardsdautres.org, Yann Arthus Bertrand, connu pour ses livres de photographies prises depuis le ciel, raconte comment l’idée lui est venue de poser le même questionnaire à 5000 personnes des quatre coins du globe (c’est peut-être la raison qui fait que cela ne tourne pas rond !!!).

Probablement la plus belle photographie de la terre réalisée, depuis la Lune, il y a exactement 40 ans. Décembre 1968. Apollo VIII (Jim Lovell, William Anders et Franck Borman)
Yann Arthus Bertrand explique l’origine de son idée : « Tout est parti d’une panne d’hélicoptère, un jour, au Mali. En attendant le pilote, j’ai discuté avec un villageois une journée entière. Il m’a parlé de son quotidien, de ses espoirs, de ses craintes : sa seule ambition était de nourrir ses enfants. Interrompu dans mon travail pour un magazine, je plongeais dans les soucis les plus élémentaires. Et il me regardait droit dans les yeux, sans plainte, sans demande, sans ressentiment. J’étais parti photographier des paysages, j’ai été captivé par ce visage, par sa parole. Par la suite en survolant la planète pour réaliser « La Terre vue du Ciel », je me demandais souvent ce que je pourrais apprendre des hommes et des femmes que j’apercevais en dessous de moi. Je rêvais de pouvoir entendre leur parole, sentir ce qui nous lie. Car vue d’en haut, la terre apparaît comme une étendue immense à partager. Mais dès que je me posais au sol, les problèmes commençaient. Je me retrouvais confronté à la rigidité des administrations de chaque pays, et surtout à la réalité des frontières instaurées par les hommes, symbole de cette difficulté de vivre ensemble ».

capture d’écran du site www.6milliardsdautres.org
« L’Å“il était dans la tombe, et regardait Caïn »
Difficile aujourd’hui de ne pas parler, encore, de Gaza, après avoir lu l’introduction humaniste d’Yann Arthus Bertrand. Vue d’en haut, de loin ou assis confortablement devant sa télé, le monde est réduit à sa plus simple expression. Aucun moyen de transmission ne peut se substituer à la vraie connaissance des gens. Les relations épistolaires, le tchat, MSN, hi5, Facebook, les téléphones portables, les e-mails, les sms n’ont jamais le pouvoir de transmettre l’émotion ressentie quand on regarde une personne droit dans les yeux, d’écouter son timbre de voix à bout portant, de sentir son odeur et de la toucher au sens figuré et, si affinités, au sens propre. Même les armes, à l’image de la communication entre les gens, s’utilisent de loin, cultivant la lâcheté. Les obus sont aveugles, les roquettes sont folles, les missiles « fire and forget », que l’on tire de loin en rebroussant chemin avant qu’elles n’atteignent leur cible, les armes BVR (Beyond the Visual Range), que l’on lance au-delà de la portée de vue… C’est ignoble.Â
Combien de soldats ont évoqué leur hésitation avant d’appuyer sur la gâchette parce que celui qui est pris pour cible l’a regardé dans les yeux ? Les mémoires des guerriers des conflits d’antan sont remplis d’hésitations, de questionnements et de doutes. Face à face la donne est différente. Que c’est facile de dire du mal de quelqu’un dans son dos, mais cela est bien difficile de le faire en face !!!Â
Celui qui réussit à tirer sur un individu en sachant qu’il le verra fermer ses yeux pour toujours n’en sortira pas vivant. Cette image le suivra toute sa vie comme Caïn vivant avec le regard d’Abel. Oui car nous sommes tous frères, même si ces paroles paraitront pour certains ringardes et caduques, je ne cesserai jamais de les répéter.Â
Dans un poème de « La Légende des Siècles » intitulé « La Conscience », Victor Hugo consacre une centaine de vers sur le remords de Caïn, poursuivi par un Å“il omniprésent. Caïn ira jusqu’à s’enterrer vivant. Il sera l’exemple de tout homme incapable de fuir sa conscience : « L’Å“il était dans la tombe, et regardait Caïn ». On croit, à tort, qu’en évitant le regard de sa victime on échappe à celle de sa conscience, mais ainsi on ne fait qu’ajouter à la cruauté de l’acte la couardise de la conduite.Â
Guerre des passions
On ne peut pas vivre sans amours, sans ardeurs, sans penchants pour quelqu’un, pour une cause mais la passion, on le sait, vous empêche d’avoir la faculté de discernement.
Tant que ce sont les passions et non le bon sens qui guident les opinions, tant que ceux qui soutiennent un des deux camps, le font de loin assis confortablement dans leur quotidien, tant que les victimes ne sont pas également traitées, ce conflit perdurera. Les discours polarisés, les arguments valables unilatéralement, les intransigeances criminelles, les entêtements aux conséquences funestes conduisent les populations civiles – au cas où on retrouverait leurs cadavres – droit vers les cimetières.
Guerre des mémoires
J’ai lu dernièrement « Suez 1956, Naissance d’un tiers-monde » de Marc Ferro paru en 2006 chez Complexe Ed. Je vais peut-être dire une bêtise, mais tant pis. Aucun acteur de cette affaire n’avait une vue globale de ce qui avait précédé les événements qui ont abouti à son déclenchement. Le comportement de certains dirigeants révélait leur ignorance de faits pourtant concomitants et directement en cause. Ce qui se passe maintenant à Gaza, ou ailleurs, ne sera connu dans le détail que dans deux decennies. Vous aurez entre-temps oublié Gaza 2009, sauf si vous êtes historiens, fin politiciens, parents de victimes ou anciens combattants, les autres seront devant leur télé à suivre dans le journal du soir les dernières nouvelles d’un autre conflit, un film ou un match de football !!!Â
Dans « Les Grands dossiers des Sciences-Humaines » N°13 daté déc-2008/jan 2009 » Marc Ferro écrit que lors du tournage du film documentaire Verdun (1966), les réalisateurs Daniel Costelle et Henri de Turenne : « Ont fait se rencontrer à Verdun des anciens combattants français et allemands. Que c’est-il passé ? Ils s’étreignirent en pleurant ! Cette scène confortait mon intuition selon laquelle ces anciens soldats en voulaient au fond plus à ceux qui les avaient envoyés à la guerre qu’à leurs ennemies ».
Tout cela est à méditer.
Guerre des images
Les enfants qui meurent par un tir de mortier, qui disparaissent sous les bombes, qui crèvent de faim, qui décèdent de SIDA…me fondent le cÅ“ur. Une mère qui cherche ses enfants dans une morgue, un père qui tient son bébé sans vie, une petite fille qui gémit de douleurs…Qui peut voir ces images intolérables à longueur de journée ? Les chaines devraient arrêter de diffuser ces images au grand public. Le premier jour c’est choquant, le lendemain c’est attristant, le troisième jour les spectateurs se sont habitués et c’est exactement ce qui ne devrait pas arriver. La banalisation est le pire ennemi de l’humanité.Â
Les criminels savent, qu’après une période de vives émotions, leurs délits quittent la Une des journaux pour régresser en priorité…la diplomatie – machine d’une inertie déconcertante – fait écran, les forfaits se poursuivent, entre temps, les civils continuent de mourir.
Je suis photographe donc bien placé pour connaitre le poids des photos mais aussi leur pouvoir traumatisant. Lors de la guerre du Vietnam, les groupes d’opposition ont projeté au Sénat américain les photos du massacre de My lai, ignoré à l’époque du grand public. Des décisions furent prises. Oui aux images comme preuves intangibles des crimes et des méfaits commis mais pas d’une manière brute et brutale. A-t-on pensé un seul instant aux enfants et aux âmes sensibles en publiant en pleines pages des photographies d’une telle cruauté, en diffusant en boucle des séquences si atroces ?Â
J’avais huit ans quand la guerre du Viêtnam fut devenue le volet principal des informations. Je me rappelle avoir fait plusieurs cauchemars dont un qui m’a plusieurs jours épouvanté au point que je ne voulais plus aller en classe. Je me souviens avoir raconté à mes parents qu’un bateau allait venir accoster devant l’école – bien que située à une trentaine de kilomètres de la côte ! – pour nous emmener à la guerre !!! Mes parents ont su me rassurer. J’ai repris le chemin de l’école en devenant viscéralement un anti-guerre. Qui aujourd’hui prends la peine d’expliquer à ses enfants, sans passions ni parti-pris, ce qui se passe en Palestine ?
Nous avons perdu les morts, ne perdons pas les vivants !
Hamideddine Bouali
16 janvier 2009
January 16th, 2009 Posted in Apollo VIII, Gaza, Hamideddine Bouali, Marc Ferro, palestine, Robert Capa, Victor Hugo, World Press Photo, www.-milliardsdautres.org, Yann Arthus Bertrand, «Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain» Tagged 2008, amateur photographer, bébé, car, cat, chat, ciel, cimetière, coin, con, concert, ct, cul, ds, el, eman, enfant, enfants, est, eurs, exposition, family, femme, fer, film, fire, fun, get, Hamideddine Bouali, hand, hot, ice, image, la, lab, lac, Le Monde, long, longue, love, machine, main, maison, mali, man, mars, me, men, mer, mère, mort, ol, old, one, opinion, palestine, parc, parents, paris, paysage, pet, petit, photo, Photographie, photography, photos, pictures, play, port, porte, pot, pub, public, q, rain, ran, river, Robert Capa, sens, son, spot, tabl, tag, time, tour, up, us, vie, villa, village, world, World Press Photo, xt
« Il n y a pas de mains pour me caresser le visage »
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Réminiscence
Il m’arrive de demander aux gens que je connais quel est le plus lointain souvenir qu’ils ont ? Certains répondent : « j’ai plus intéressant à faire que de me torturer les méninges », d’autres : « tu n’a rien à faire d’autre que de jouer à l’Ardisson, dans Tout le monde en parle ? ». Ceux qui jouent le jeu, se souviennent d’une chute dans un escalier, d’un jouet fabuleux reçu ou d’un merveilleux lieu visité…pour ma part, il s’agirait d’une situation.
Cela se passait chez un glacier à la plage de « l’Aéroport » situé à mi-chemin entre La Goulette et Le Kram, dénommé ainsi puisqu’elle servit naguère à l’amerrissage et à l’accostage d’hydravions. Nous étions tous attablés attendant le serveur ; papa était à l’autre bout de la table, maman à sa gauche, puis mes quatre frères et ma sœur ordonnés d’une façon tout à fait fortuite…du plus grand jusqu’à moi.
Ma petite taille me consentait des libertés et des privilèges. Mes pieds pendaient sans toucher le sable ce qui me permit de les balancer. Le flanc de la table venait tout juste au niveau de mes yeux et paraissait évidement bien épais. Je me rappelle encore de ce malicieux point de vue ; j’arrivais à voir aussi bien ce qui se passait en haut de cet horizon artificiel que de ce qui s’y déroulait en bas. Des bustes plus ou moins grands mais aussi des pieds sanglés de sandales ou de souliers d’été. Mon père, avec sa voix pleine de prestance et d’autorité, interpella le serveur qui nous rejoignit tout de suite. Étant installé chez un glacier il était évidement question de commander des glaces, il ne restait qu’à savoir quel parfum choisir par chacun des membres de la famille. Tour de table : Chocolat, pistache, chocolat…gazouza (boisson gazeuse en arabe dialectal) !!! Contre toute attente, Faouzi, un de mes frères n’a pas trouvé mieux, pour faire sûrement l’intéressant, que de vouloir consommer autre chose que ce qui était naturel de demander. Mon père décontenancé par cette exception, qui lui imposera d’aller au café situé une centaine de mètres plus loin, s’opposa à cette demande : « non cela sera de la glace comme tout le monde ! ». Mon frère – têtu comme tous les rebelles – insista au point que ce qui était prévu comme étant un succulent moment de dégustation en famille devint une scène d’entêtement caractérisée de part et d’autre. Nous nous échangeâmes des regards complices, avec au fond des yeux la sempiternelle interrogation : « cet épisode va-t-il mettre fin a cette sortie estivale tant attendue et devoir retourner à la maison ? ». Pour cette sortie il a fallut parcourir la distance séparant notre maison au Bardo à la banlieue nord.
Évidemment, je demeurais en attente de répondre à mon tour mais voilà Faouzi arrêta net le protocole. Papa hausa le ton, bien que nous ayons tous senti qu’il ne fallait même pas bouger pour ne pas crisper davantage une ambiance déjà tendue, et la messe fut dite. Au bout du compte mon père s’adressa au serveur pour lui réciter les parfums choisis en en assignant un d’office au fils égaré. Je ne me rappelle pas ce qui s’est passé entre la commande et le retour du serveur, peut-être rien qui ne vaille la peine d’être retenu.
La dernière image qui m’est restée est celle d’un cornet de glace ainsi que son contenu jeté par terre. Je suis presque sûr que je fus le seul témoin de cette vision d’horreur : Faouzi tenant son cornet de glace sous la table puis ouvrant sa main pour le laisser volontairement choir par terre. Pour moi, un vrai sacrilège fut commis. Les autres léchaient avec délice leur cornet, puisque en plus du plaisir du palais, il y avait la sensation qu’ils ont failli en être privés.
Selon mon père cet épisode date de l’été 1964…j’avais donc trois ans et demi. À la même époque Mario Giacomelli, un photographe italien qui n’a pas encore atteint la reconnaissance mondiale, séjourne dans un séminaire à Senigallia.
Mario Giacomelli (1925-2000)
Après avoir été dans sa jeunesse typographe, Giacomelli est devenu photographe comme si cela était dans la nature des choses. Les caractères, l’encre, le papier, la trame, cela préfigurait logiquement sa (ou la) photographie en noir et blanc. Les œuvres de Giacomelli se singularisent par une dualité aussi bien dans le visuel que dans le sensuel (dérivé du mot sens). Regardez cette photographie tirée de la série « Il n y a pas de mains pour me caresser le visage » où le noir et blanc est mis à profit d’une manière sublime.
Le photographe s’est contenté de prendre position et d’attendre que des curés passent devant son objectif.

Photo tirée de la série “Il n y a pas de mains pour me caresser le visage”.
PHOTO Mario Giacomelli
Et voilà le travail…semble-t-il nous dire.
N’avez-vous pas l’impression (sans jeu de mot !) que ces séminaristes sont des lettres fraichement trempées dans l’encre et vus à l’aide d’un compte-fils ? Ce séminariste à droite de l’image n’est ce pas un I en train de courir dans le sens contraire de la lecture et son bonnet le point juché en son sommet ? Comme si Giacomelli, désespérant de voir ses petits caractères d’alliage de plomb, d’étain ou d’antimoine (sic), qu’il a longtemps manipulés, prendre vie dans la cornière qui lui servait de composteur, s’en alla chercher d’autres au séminaire de Senigallia, sa ville natale qu’il n’a jamais voulu quitter ou troquer contre un autre sujet. Vus à bout portant, les signes d’imprimerie possèdent chacun son propre caractère ! Regardez ce B, et ce B, strict ou fantaisiste, droit ou italique… La lecture d’un texte ne vous semble-t-elle pas être directement influencée par sa transcription ? La lecture d’un texte ne vous semble-t-elle pas être directement influencée par sa transcription ? La lecture d’un texte ne semble-t-elle pas être directement influencée par sa transcription ?
Que voit-on dans cette image ? D’abord un flou de bougé magistralement dosé. Un peu moins de temps de pose et l’effet recherché n y est plus car tout serait figé, davantage et le flou générerait une image incompréhensible. Là , c’est juste ce qu’il fallait. Notre vision s’arrête sur cette frange grise séparant les masses sombres des surfaces claires. Ce fin liséré, trace de mouvements, empreinte d’une délicate vibration, à la fois bavure d’encre et macule de lumière est une superbe concentration de signification. Giacomelli a magiquement défini le rôle d’un photographe : la maitrise technique au service d’une idée, d’une sensation ou d’un état d’âme. Pour ce Raymond Queneau de la photographie, quel mot ces séminaristes ont voulu composer ? ICI, DIEU, VIE, AÃE ?
La légèreté de ces séminaristes jouant à la manière d’écoliers au sortir de la salle de classe contraste avec l’idée que nous nous faisons d’eux : ils sont sensés être graves, méditant à longueur de journée dans un solennel et pesant silence. Mais Giacomelli ne veut pas se contenter de raconter le monde, il voudrait le changer. Mettant au service de son âme de poète ses yeux de photographe. Il donnera une image particulière de la vieillesse, de l’amour et de la vie tout court. Ce désir de vouloir perturber le cours des choses le fera renvoyer de ce séminaire pour avoir donné des cigarettes à ces étudiants en théologie. « Le temps est sans cesse en mouvement dans mon appareil, dans les champs, dans la rue. Le temps m’effraie. C’est le sujet de mes photos » déclara-t-il à Frank Horvat un autre photographe dans une des rares interviews qu’il a accordée. C’est en lisant aujourd’hui cette entrevue réalisée en février 1987 que j’ai compris pourquoi l’œuvre de Giacomelli trouvait grâce à mes yeux.
Excusez mon narcissisme car encore une fois je me trouve obligé de me citer.
Sacré temps
Dans « Critique à bon escient » publié le 14 novembre 2007 dans ce même blog, je disais : « …il y a une constante qui perdure – depuis l’avènement de la photographie et jusqu’à nos jours – dont la longévité pourrait être interprétée comme synonyme d’un caractère fort de la photographie : c’est le temps. Le temps qui passe, qui est figé, gelé ou dont on décèle les traces de passage, en est un attribut indiscutable. Barthes a évidement raison de voir dans chaque photo l’écho ou le reflet de la mort. Chaque tic-tac, tout comme chaque déclenchement, n’est il pas un compte à rebours de ce qui reste à vivre. Il est donc couramment admis, à juste titre d’ailleurs, qu’une photographie devrait porter l’idée du temps. Temps de la photographie; sa date de réalisation, mais aussi sa durée ; c’est-à -dire la quantité de secondes qu’il a fallu pour que la lumière impressionne la surface sensible, le temps qui nous en sépare et puis pourquoi pas, l’âge du photographe ! Donnée essentielle, non !
Qu’est ce que le temps ? Voilà une question qui prendra du temps pour trouver les réponses qui conviennent. La photographie nous offre un outil sur mesure pour y parvenir. L’état ultime que nous cherchons en tenant un appareil photo c’est de produire une photographie qui sublime l’idée du temps, évidemment sous n’importe quelle forme – puisque c’est le rôle de l’artiste d’en chercher les variantes – et à n’importe quel prix. Le photographique en est une volonté d’y parvenir. Si nous nous referons à ce que disait le philosophe Alain : « La méditation sur le temps est la véritable épreuve du philosophe » pouvons-nous avancer l’idée que les photographes – uniquement ceux pour qui le sujet de leur photo est le temps – sont les philosophes des temps modernes. Revoyons les instantanés de Henri Cartier Bresson, les situations de Doisneau, les durées de Ansel Adams, les séquences de Duane Michals…ce sont des photographies majeures parce qu’elles sont une image du temps, celui que vous pouvez percevoir mais pas voir. Tout comme la mort que l’on a toujours vainement voulu portraiturer… pour n’obtenir que l’image d’un cadavre qui n’en est qu’une de ses conséquences. Le sujet que vous voyez n’est qu’une aiguille de l’horloge ou son tic-tac; une matérialisation conventionnelle de l’imperceptible et imperturbable marche du temps, comptabilisant les secondes avant la venue de la grande faucheuse.
Une réflexion sur le temps est fatalement une méditation sur la mort. Mais heureusement on n’en n’est pas là , puisque moi je suis en train d’écrire ces lignes et vous de bien vouloir les lire ».
Imminence
Quel lien peut-il y avoir entre mon premier souvenir d’enfance et la série de photographies de Giacomelli à part qu’elles furent contemporaine ?
Je ne réussi à revoir ce premier souvenir qu’au ralenti, et à l’instant où j’ai vu le cornet par terre, conséquence inéluctable du geste de Faouzi, la machine à enregistrer s’est arrêté. Un équilibre, déjà précaire, fut rompu laissant la place à un gouffre d’incertitude. Je ne saurais dire ce qui s’est passé après.
N’est ce pas aussi le cas de ces séminaristes figés pour toujours alors qu’ils étaient dans une phase d’élan ?
Dans un cas comme dans l’autre, le présent est entrain de ronger le futur selon la formule d’Henri Bergson. Le mental d’un enfant ou les yeux d’un photographe, comme des taxidermistes expéditifs, ont empaillé le temps alors qu’il était encore en vie !!!
Le quotidien d’un auspice de personnes âgées (autre fameux sujet de Giacomelli), les derniers jours d’une année, le moment de réemballer les Å“uvres (non vendues) d’une exposition, la fin d’une partie (titre de la dernière expo de l’année à El Teatro), l’après-midi d’un dimanche, l’heure d’aller se coucher, l’ultime page d’un roman (d’ailleurs presque toujours à demi remplie), un être cher sur le point de vous quitter, la rédaction de la dernière phrase d’une chronique sont des moments d’une rare intensité. L’imminence c’est cela. Personne ne pourra prédire sa manière de les vivre. Entre l’hystérie probablement salutaire et la paralysie masquant un abyssal désarroi il n y a malheureusement pas de juste milieu.
Encore une fois ce sacré temps, que rien n’arrête ni les mots ni les photos, pourtant j’ai envie de crier une fausse évidence : « de battre mon cœur ne s’arrêtera jamais…tant que je suis en vie».
Peut-être qu’avec une autre police de caractère cela fera beaucoup moins pesant et grave à lire : « de battre mon cœur ne s’arrêtera jamais…tant que je suis en vie ».
Hamideddine Bouali
28 décembre 2008
December 28th, 2008 Posted in Famille Bouali, Faouzi Bouali, Hamideddine Bouali, Mario Giacomelli Tagged 2007, 2008, adam, amateur photographer, arab, black, blue, blur, car, cat, champ, ciel, cola, color, con, coucher, Critique, ct, cul, ds, el, El Teatro, eman, enfance, enfant, est, ete, eurs, exposition, Faces, fall, Famille, family, fer, full, gare, Giacomelli, goulette, Hamideddine Bouali, horizon, hot, ice, image, jeu, la, lac, laisse, Le Monde, long, longue, lumière, machine, main, maison, mali, man, march, marche, me, men, mer, modern, mort, Nature, naturel, nb, noir, noir et blanc, ol, papier, parc, passage, pet, petit, photo, Photographie, photos, pictures, pie, place, plage, play, police, port, porte, portrait, pot, pub, q, rain, ran, rebel, rest, roman, rue, sable, sens, sign, silence, sombre, son, spot, station, Sujet, tabl, tag, time, tour, train, tram, up, us, vie, view, ville, xt, zeus
« La chronique XXXIII refusée par le comité de lecture »
Mon père corrigeant cette chronique. Photo Hamideddine Bouali. 26 octobre 2008 à 19h30
Une correction méritée !!!
Habituellement je donne à mon père mes textes à corriger. Il s’y attelait à l’instant où je lui tends les feuilles imprimées, jamais de manuscrits à cause de mon écriture parfois illisible. J’ai tendance à croire qu’un texte tapé à la machine et a fortiori produit par une imprimante moderne donnait l’impression que c’est un travail sérieux, ne comportant pas de fautes minables : celles concernant l’orthographe. Ce préjuge n’en est pas un en réalité. Un texte écrit sur un ordinateur permet effectivement d’éviter de commettre ces fautes, le correcteur orthographique intégré les souligne en rouge, il suffit alors de lui demander, sans gentillesse particulière, de les rectifier.
Mon père me donnait l’impression qu’il attendait cet instant avec impatience…il m’avait un jour fait entendre qu’il trouvait un plaisir à me lire et je considérais cela comme une marque d’affection paternelle plutôt qu’un éloge à peine voilé de mes compétences littéraires. Et s’il m’interpelle pour me dire : « quand est ce que tu vas me donner un texte à corriger ? » je ne retiens que le dernier mot et je ne peux pas esquiver l’idée qu’il est un (ancien) instituteur et moi (toujours) un élève. Bref , dès que les feuilles sont en sa possession, il s’empresse d’aller chercher son stylo, n’importe lequel fait l’affaire, met ses lunettes ; monture noire à la Kissinger qui font très années soixante et lecteur qui, à force de lire devient myope, puis incline le buste. Mon père lit en corrigeant simultanément, un vrai reflexe de correcteur. N’importe quel texte sur n’importe quel sujet : il y va sans une humeur particulière ou une curiosité de lecteur. Au même moment, je feins de ne pas le voir à l’œuvre…comme si j’étais résigné à empocher la sentence que je mérite.
Parfois quand une phrase s’étire en longueur, comme celle-ci, il la suit du bout du stylo comme s’il suivait un sentier ne sachant pas où il pouvait bien mener, à ce moment précis, moi, j’ai le cœur qui bat de peur de le voir raturer, biffer ou comble de malheur le voir se tournant vers moi pour me dire : « cette phrase est à reformuler ». Dois-je consulter un spécialiste, ophtalmologue ou psy, si je vous confie que je n’ai toujours vu dans le terme littérature que les trois dernières syllabes ?
Ma mère, longtemps à ses côtés, s’enquérait avec impatience de l’état d’avancement de la correction et il lui arrivait de demander : « alors !». Mon père, imperturbable, répondait presque machinalement : « il a un style particulier et des trouvailles intéressantes, et les fautes sont surtout des coquilles tout à fait bénignes ». Je prenais toujours, la question comme l’interrogation d’une jeune mère à -propos d’un bambin qui commence ses premiers pas et la réponse ; celle d’un pédiatre rassurant : « évidement qu’il marchera correctement, après ces titubations, ces tangages incontrôlés…un jour il marchera comme tout le monde », c’est difficile de recevoir des compliments d’un parent.
Instituteur de la vieille école et journaliste prolifique, il se contente de souligner, raturer, noter dans la marge. Il ne fut presque jamais question de styles, de niveaux de langues ou de champ lexical. Il cessa de répéter que mon français s’apparentait à celui pratiqué par les francophones hors métropole (Canada, Belgique et Suisse). Ainsi mon père parlait en général jamais d’un texte en particulier…Il corrige… point barre.
Histoire d’une chronique abandonnée
Très rarement j’envoie mes chronique à d’autres personnes dont mon frère-jumeau (celui qui vient de se lancer dans l’écriture des romans : « Safieddine Bouali : Sur les traces de Columbia… »).
La chronique XXXIII intitulée : « L’édifice immense du souvenir » que je lui ai envoyée il y a une semaine m’a été renvoyée avec ce commentaire : « Je ne retrouve pas l’artiste dans cette chronique. Où est ta verve ? Très en dessous de tes performances…Lourde, trop longue, cette digression. Ennuyeuse sans aucun doute. Même ton souvenir d’enfance n’a pas réussi à m’attendrir (sic). On comprend vite que le vrai sujet se trouve dans le dernier paragraphe, tout ce qui précède n’étant qu’une trop longue introduction…Mérite une vraie réécriture. Brutale ma critique ? Non. Seulement sincère ».
Brutale ? Non ! Mais voila !!! Un membre de mon comité de lecture a brandi son veto. C’est que mon jumeau se penche sur un texte avec un regard différent et complémentaire à celui du paternel. L’âme d’un papier, son équilibre, ses justes proportions, sa cohérence, il les scrute en un jet… Il les scanne ! Mais je me suis senti comme arrêté intempestivement par un feu rouge alors que je roulais hautainement dans une Rolls ! Cela était inattendu !
Alors je me suis demandé si le puits s’est tari ? Me-suis éloigné de mon sujet de prédilection – la photographie – pour atterrir je ne sais pourquoi sur la surface de la Lune (chronique XXXII), pour commenter un cent mètres même s’il s’agit d’un record du monde (Chronique XXVII) ou pour évoquer la citronnade de Ghar el Melh, aussi succulente fut-elle (les trois Chroniques publiées après les Rencontres) ?
Pour ma défense, à part la rentrée photographique fêtée symboliquement à Beit el Bennani et l’hommage rendu à Kahia, rien ne se passe (encore)…Mais soyons optimiste.
Objection votre honneur !!! Les événements photographiques ne manquent pas. Le Mois de la Photo de Paris, la rétrospective Richard Avedon à Arles, la Photokina à Cologne…susciteraient de longs commentaires pour un chroniqueur même légèrement inspiré. Alors qu’est ce qui se passe docteur ? Est ce que c’est grave ?
Heureux événement
Il se peut que l’arrivée imminente d’un appareil photo dans le foyer a bouleversé – non pas les habitudes on n’est pas encore là mais cela va venir – mon appréciations des choses. Peut-être que je suis redevenu visuel et beaucoup moins littéraire. Je sais que je vais devoir m’expliquer sur ce point. Je pense que ceux qui sont pourvus d’une certaine sensibilité peuvent facilement changer de moyens pour exprimer cette émotivité. Que de poète-photographes, de peintres-écrivains, de cinéastes-dramaturges ont alternativement composé, écrit, réalisé ou peint sans efforts particuliers. Il suffit d’une technique à apprendre puisque l’essentiel – le désir irrépressible d’en parler – est là . Ces individus ont utilisé des vecteurs différents pour incarner des émotions. J’ai lu Zola et vu ses photographies…la même minutie et une semblable volonté d’exhaustivité dans les Rougon-Maquart ou dans ses photographies de Paris. Tiens ! Une belle étude comparative à mener.
Sachons raison garder ! Ni mes chroniques, ni ma photographie ne sont en rien comparable à celles du chef de file des auteurs naturalistes. Bien que l’appareil de la photographie d’aujourd’hui est plus proche d’un clavier et d’un écran d’ordinateur, au point qu’il est considéré comme un de ses nombreux périphériques, que du télescope et du microscope comme ce fut le cas jusqu’à récemment, il est hasardeux de faire ressembler l’acte d’écrire avec celui de photographier. Chacun ayant sa propre logique de fonctionnement, son mode opératoire et surtout sa gestion du temps.
Même s’il est possible de faire le parallèle entre une planche-contact dont on ne garde qu’un photogramme et la liasse de brouillons dont on ne conserve qu’une belle page pas trop gribouillée, il est par contre exagéré de n’y voir autre chose qu’une simple analogie. Les rushs jetés à la poubelle après le montage d’un film, les répétitions au théâtre sont aussi le côté coulisse invisible aux profanes. Chaque moyen d’expression possède ses rites, ses habitudes et ses particularités. Les comparaisons ne sont qu’un raccourci cahoteux. La photographie, l’écriture, le cinéma, la poésie, le théâtre sont des mondes à part et ceux qui excellent aussi bien là qu’ailleurs sont de vrais virtuoses.
Il se peut qu’à mesure que je photographie je perde le plaisir d’écrire. Où bien que j’associe modestement le bonheur de photographier avec la joie d’écrire ! Qui sait de quoi demain sera fait ? Nous autres humains sommes à la merci d’une envie instantanée ou d’un coup de cœur infini ! Mais n’anticipons pas, je suis encore à taper sur mon clavier ce 26 octobre. Il est temps de revenir à l’heure d’hiver, c’est l’adieu définitif à l’été 2008. Vivement une exposition à critiquer, un photographe à encourager, une tendance à encenser et un fait à commenter.
Si vous êtes curieux de lire la chronique XXXIII où j’évoque Blanche-Neige, Charles Trenet, Jean-Paul Gaultier et Proust vite e-maillez-moi avant que je ne la jette à la poubelle de mon pc !!!
26 octobre 2008
Hamideddine Bouali
October 26th, 2008 Posted in Hamideddine Bouali, Mahmoud Bouali, Safieddine Bouali Tagged 2008, amateur photographer, arab, blur, bw, car, cat, champ, con, coq, Critique, ct, cul, ds, el, eman, enfance, est, eurs, exposition, family, fer, feu, film, full, Hamideddine Bouali, hard, histoire, hot, ice, image, jeu, joie, kiss, la, la mer, lab, Le Monde, lever, long, longue, machine, main, man, march, marche, me, men, mer, mère, microscope, modern, Mois de la Photo, natural, nb, noir, ol, old, one, papier, paris, photo, Photographie, photos, pictures, pie, play, port, porte, pot, pub, q, ran, red, rolls, roman, rouge, sens, sign, singer, son, spot, Sujet, tag, tap, tour, up, us, vie, voie, xt
La théorie du chaos appliquée à l’actualité
et les fractales comme technique de narration

Allez savoir pourquoi un enseignant universitaire, père de famille tranquille – ayant donc une situation sociale enviable – se lance-t-il dans l’écriture d’un roman ? Qu’a-t-il à dire ou à prouver ? Étant le faux-jumeau de l’auteur, donc le mieux placé pour le savoir, je tenterai une explication.
Quelle famille !!!
Bady Ben Naceur écrit dans le journal La Presse du 21 juillet 2008, « Safieddine est le frère jumeau du photographe Hamideddine et dont le père n’est autre que le célèbre historien et défenseur acharné du patrimoine tunisien Mahmoud Bouali. Safieddine est enseignant en économie, à l’université de Tunis, et il s’agit là de son premier roman, sorte de saga mystique et de polar des temps d’aujourd’hui mêlés où comme le disait Georges Simenon: «Tout est vrai, tout a été vécu» et «J’ai envie d’ajouter: pour rien». Ce «tout a été vécu pour rien», justement, c’est le thème essentiel de ce gros pavé d’été que l’auteur très inspiré (surtout par l’éducation du père spécialiste dans le domaine des éphémérides) a intitulé Terre promise texane avec en sous-titre «Sur les traces de Columbia». Mon père devrait être heureux d’avoir dans ce mois de juillet 2008 vu la consécration de ses deux petits derniers, du moins leur quart d’heure de célébrité selon Andy Warhol; Safieddine publiant son premier roman et moi recevant le Prix de Considération Présidentiel en photographie.Â
Faux et usage de faux
Quant j’affirme que je suis le benjamin d’une famille nombreuse, j’oublie de préciser que nous sommes, à quelques minutes près, deux à occuper ce rang. Mais la nature étant ce qu’elle est, même pour des frères siamois, il faudrait bien qu’il y est un ordre de naissance. Comme pour l’arrivée d’une course, une courte tête fait la différence. Mais heureusement dans l’état civil, l’ordre d’arrivée n’a pratiquement aucune incidence sur la suite. Le droit d’aînesse est une faveur depuis longtemps abolie. Quinze minutes, c’est ce que mon faux jumeau a vécu de plus que moi, évidement si on commence à compter à partir de la naissance clinique. Mais en absolu nous avons le même âge.Â
Je suis le plus à même donc de parler de l’auteur, étant le premier à l’avoir connu avant tout le monde. Safi n’a jamais été un littéraire et s’il avait tenu un journal intime, composé des poèmes pour sa bien aimée ou fredonné des chansons je l’aurais su, non ! il a toujours été un scientifique. Rien ne le prédisposait à signer un roman, peut être une enquête, une contre-enquête, un article scientifique (et il en a produit plusieurs), mais un roman !!! Un ouvrage qui sera sur le même rayon que les Å“uvres de Barthes (Roland) et Boileau (Nicolas), pour rester dans l’ordre alphabétique ?Â
Faux-roman avec un drôle de titreÂ
Le titre de l’ouvrage de Safieddine Bouali, «Terre promise texane, sur les traces de Columbia », vous invite à un voyage extraordinaire. Le ton est déjà donné par ce titre ambigu. La première préposition – terre promise texane – sonne faux puisque l’on sait que Terre promise est une marque biblique – presque déposée – et n’est pas située au Texas mais en Palestine. La seconde partie du titre est plus terre à terre, c’est le cas de le dire, puisque Columbia s’est crashée. Cette dualité n’est pas un antagonisme pour l’auteur et il la cultive tout le long de ses cinq cents pages.Â
Rien n’empêche le vrai d’être incroyable. A commencer par les conclusions de l’enquête menée par la N.A.S.A. sur l’accident de la Navette spatiale qui sont, pour l’auteur, ridicules. D’autre part la fiction – lorsqu’elle est correctement construite – pourrait être prise pour de l’actualité. La narration part en trombe, tout comme une Navette depuis sa rampe de lancement. Mais, le roman se révèle encore plus faux par les niveaux de détails fournis par l’auteur. Adapté à l’informatique, il pourrait donner un fichier à consulter en hypertexte…une formidable application des fractales qu’il a abondamment étudié. Les fractales : une figure géométrique abyssale : à mesure que l’on s’approche de ses contours, on découvre encore des nouveaux détails. Du moins c’est ce que mon esprit littéraire a saisi. Presque à chaque phrase, l’auteur aurait pu insérer une incise où il aurait fourni davantage de détails au lecteur. Le lecteur se sentira Alice, découvrant un monde insolite où des personnes réelles, à commencer par l’auteur lui-même, côtoieront des personnages inventés de toute pièce. Dès les premières lignes l’auteur en personne rencontre, devant la Zitouna, la grande mosquée de la Médina de Tunis, Kobi Tumanski, un touriste perdu cherchant la bonne oreille pour confier un secret. Impossible de lâcher le bouquin avec une entrée en la matière aussi astucieuse.Â
I want to believe
Mais qu’est ce qu’un romancier ? Peut-on le réduire à quelqu’un qui raconte une histoire ? Alors nous le sommes tous ! Notre quotidien n’est-il pas fait d’histoires que l’on rapporte, d’anecdotes enjolivées et de souvenirs idéalisés ? Effectivement nous avons tous, avec plus ou moins d’habilité, la faculté de reformuler, de chercher des synonymes pour nous approprier les sujets d’autrui. En chacun de nous il existe une part du fdawi. Mais être écrivain c’est plus que la faculté de raconter une histoire…un écrivain doit produire du romanesque.
J’ai souvent trouvé la série X-files d’une grande justesse sur la nature humaine. Dans cette série les deux principaux personnages incarnent les deux parts indissociables de chacun d’entre nous, le rationnel et l’irrationnel.Â
Je suppose que cette part est encore plus pertinente chez l’auteur de ce roman. La narration semble le fruit d’une Scully ; tout est là : dates, lieux, protagonistes, puis en tournant la page c’est Mulder qui prend la relève pour donner libre court à des suppositions, des digressions et des ouvertures inattendues sur d’autres sujets. Ce roman alterne les pages purement documentaires ; le lecteur saura tout à propos des avions de l’armée de l’air israélienne, du vol de la Navette spatiale, de Christophe Colomb, du bombardement de Hammam- Echatt, du mécanisme du lobbying à Washington…pages qui pourraient être citées en référence dans n’importe quelle étude scientifique. Au recto de ses pages suivent les spéculations d’un passionné, les suppositions d’un romancier bien inspiré et d’un auteur qui ne s’interdit aucun sujet de dissertation.
Vrais événements et fausses théories
Nés au début des années soixante, nous avons grandis avec des mythes et les insolites théories y afférentes. Effectivement tout mythe est indissociable d’une part de mystère. Kennedy et son assassinat, Marilyn et son étrange suicide, Robert Kennedy et Martin Luther King exécutés à quelques mois d’intervalles, l’Homme sur la Lune et les preuves qu’il n’y a jamais mis les pieds, l’attentat contre Jean-Paul II par l’illuminé Ali Akça, et puis l’accident de Diana et le 11 septembre. Et puis citons pêle-mêle ; le triangle des Bermudes, les statues géantes de l’île de Pâques…les inscriptions géantes des Incas…Tous ces évènements et les histoires qui les relatent ont occupé nos esprits sans discontinuité.Â
Abreuvé de lectures dès nôtre jeune âge, comme tous les membres de la famille Bouali, par un père historien-archiviste-bibliothécaire-éphéméridiste, les livres furent des imagiers, des aides à l’apprentissage, des appoints pour la scolarité, des approfondissements au cursus universitaire et un occupe-temps. Le livre fut un septième frère. Nous avons grandis avec des dates, des noms propres de personnalités et de lieux, des connexions et des liens entre des faits historiques. C’est le rôle de l’historien que de construire une machine à remonter le temps permettant le passage d’une époque à une autre…sur des passerelles qu’il a lui-même établies. Â
Pour un esprit curieux, baigné depuis sa tendre enfance par des faits majeurs, une tentative d’explication n’est rien d’autre que la volonté de faire comme les auteurs qui nous ont influencés dans notre jeunesse…
La tentative de mettre de l’ordre dans ce qui parait impossible à ordonnancer. D’ailleurs faut-il tout expliquer ? Tout savoir ? Relier des faits apparemment sans liens apparents ? Â
La théorie du chaos appliquée à l’actualité
Le chaos, un désordre que l’on espère comprendre puis calculer pour enfin le prévoir. La forme d’un nuage (d’ailleurs le mot chaos veut dire en latin gaz !), la morphologie d’une foule sortant d’un stade, la tache d’une fiente de pigeon sur le pare-brise…oui rien ne doit nous échapper ! Mettre de l’ordre, ranger, étiqueter alors pourquoi cela ne devrait-il pas être appliqué aux événements politiques, aux faits divers ? Avoir du temps libre pour un scientifique c’est encore et toujours utiliser les outils à disposition pour comprendre le monde.Â
Depuis un vaisseau spatial, une navette par exemple, les événements qui secouent la terre doivent paraître bien disparates. Le conflit interminable au Moyen-Orient, Columbia qui crashe, un officier israélien, le bombardement de Hammam-Echatt, une liste de livre précieux, une rencontre au Vatican, Le Nom de la Rose…peut-on lier ces événements entre eux ? Pour Safieddine Bouali rien n’est impossible, un ordinateur, de la documentation à la pelle pour donner du ressort à ce qu’il avance, quelques nuits blanches et hop il vous livrera tout cela dans quelques centaines de pages bien ficelées. Rapide le bonhomme (pour employer son inimitable style de narration).Â
Essayer de tout comprendre puis de tout lier, chercher les causes qui ont engendré les effets que nous lisons dans les Unes des journaux. Chaque moyen d’information est sensé nous rapporter tous ce qui a eu lieu. Depuis les faits divers sur des chiens écrasés jusqu’aux événements qui peuvent changer, plus directement, la face de la terre. On pense à la citation : « Si un papillon battait les ailes à Rio tout le climat de la terre en sera influencé ». Dans ce roman, les faits divers, les faits de sociétés, l’horoscope, les pages politiques, l’éditorial ont été, intelligemment reliés, à la Une : La destruction d’une Navette spatiale.Â
Il se pourrait que son roman fasse figure de tremplin ou d’analogie pour une théorie des groupes, une formulation d’une étude statistique…il ne sera pas le premier à avoir introduit une nouveauté scientifique à l’aide d’une branche des sciences humaines. Maxwell n’avait-il pas conçu la théorie cinétique des gaz grâce à une analogie avec les phénomènes révélés par la statistique sociale ? il est allé même jusqu’à comparer «les lois des gaz et de la diffusion de la chaleur avec les distributions uniformes constatées dans les crimes et les suicides».
Vrai plaisir et réel danger
L’auteur est machiavélique, il s’est lui-même impliqué dans ce qu’il écrit, sauvant sa tête d’une rafale d’interrogations, qui sans ce subterfuge, l’aurait mis dans l’embarras. Croit-il vraiment à l’histoire qu’il nous invite à lire ? Si lui, économiste pragmatique et cartésien, prétend non seulement croire à ces coïncidences mais les considère comme une manifestation de La Colère Divine, comment devrait penser le lecteur lambda ? Comment va-t-il se comporter demain avec des coïncidences qu’il va tenter, à son tour, de relever ? Ce bouquin est dangereux, il pourrait engendrer un syndrome. Dans le « Nom de la Rose », les malheureux lecteurs qui ont feuilleté le tant convoité « Poétique d’Aristote » se sont empoisonnés. En humectant leur index, à la seconde fois, ils ont contracté le poison imprégné dans le coin de la page. Safieddine Bouali a fait pire. Chaque lecteur de son livre ne pourra plus lire un quotidien ou suivre un journal télévisé sans se sentir obligé, malgré lui, d’abattre les cloisons séparant les sujets, les thèmes et les lieux.Â
On voudra imiter sa démarche, plagier sa performance, copier sa méthode. Mais encore faut-il posséder son savoir et être capable d’une telle narration.Â
Son champ d’action s’étale sur 3000 ans, ses héros se baladent sur la terre et dans l’espace, comment a-t-il réussi à faire entrer tout cela dans un ouvrage d’un peu plus de cinq cents pages alors qu’il aurait été plus logique de le voir éditer en plusieurs tomes avec des mois de lectures à la clef ?Â
Pour les oliviers de Palestine, rien n’est de trop et celui qui aime n’a jamais compté.Â
 Â
Au fait, pourquoi vous en parler dans ce blog ? C’est que mon frère a dédié un passage – un morceau d’anthologie – pour nous autres photographes. Il s’est penché avec une superbe ironie sur nos manies. Extrait (pages 412-414):
« ….
Rimaldi sourit. La confirmation qu’il attendait lui est délivrée par son ami Edward.Â
Personne n’est plus rapide que le détective privé Edward North pour déclencher ! se dit-il.
*
Lorsqu’il pointe son reflex Nikon muni du zoom 50-250 mm, il coupe sa respiration, ne bouge plus, enfonce jusqu’à mi-course le déclencheur, cadre et attend le bon moment.Â
4 mn 30 s. d’apnée pour un déclic. Une photo nette et parfaite.Â
Ça sert, dit-il d’avoir fait de la plongée sous-marine avec un tuba. Mais, il n’a jamais avoué à ses collègues qu’il fait aussi du yoga pour ne pas trembler lorsqu’il chasse des images.Â
Les petits muscles des phalanges qui enfoncent l’index dans le déclencheur de l’appareil ne doivent surtout pas faire trembler l’appareil qui ferait flouter l’image. Plongée sous-marine et yoga sont la parfaite combinaison pour réussir des photos sans trépied. Aucune n’est ratée.Â
Il réussit des prises, appareil en mains, jusqu’à des temps de pose de 5 secondes alors que la performance moyenne est de 1/60 s. Â
Toute la procédure pour photographier en longue focale très sensible au bougé, Ed. la maîtrise. Même lorsque la lumière est faible. Sans flash.
Mais aujourd’hui il a d’autres contraintes. Il est assis dans sa voiture dans un parking et n’a que 5 secondes pour se préparer à photographier les suspects amenés dans les voitures du FBI de Dallas ; une dizaine de Cadillac, qu’il a répertoriées.Â
Ed. North doit réussir toutes ses photos.Â
Parce qu’il sait qu’il n’aura pas d’autres occasions pour refaire une autre prise de vue lorsqu’il traque les hors-la-loi capturés par les fédéraux, il a branché, sous son Nikon, un moteur pour prendre plusieurs photos en rafale. Comme ses collègues, il trimballe un sac rempli d’objectifs, de flashs, de moteurs de rechange, de filtres, de films de toutes les sensibilités, de piles au lithium, de mini-trépieds, de mini-brosses à soufflets pour chasser la poussière de leurs optiques, et de bizarreries genre corne de bison pour attirer la chance.Â
Les détectives privés ? Des fétichistes pour la plupart.Â
Ils savent qu’ils font partie d’une profession singulière et ne confient leurs petits secrets à aucun étranger.Â
Chacun a ses petites ficelles du métier.Â
Pour faire une photo, Ed. garde toujours ouverts ses deux yeux. Lorsqu’il porte le viseur du Nikon vers son Å“il droit, son Å“il gauche surveille les alentours et cherche sa cible. Son cerveau est alors en mode veille et lorsque la cible rentre dans le champ de visée de l’appareil, son cerveau passe en mode tir avec l’Å“il droit activé. Un fonctionnement similaire à une batterie de missiles anti-aériens. Après un long apprentissage, son cerveau est arrivé à identifier des sujets différents sur chaque rétine.
Un traitement en temps réel de l’information presque en parallèle, leur explique-t-il. Â
Ils lui ont avoué qu’ils s’attendent à ce qu’il puisse très prochainement commander d’une manière indépendante les muscles de chaque globe oculaire, gardant son Å“il droit fixe dans le viseur alors que son Å“il gauche fait un mouvement de 180° de droite vers la gauche pour inspecter les alentours tant son self-control est total. D’ailleurs, il méritera pleinement le surnom de Caméléon qu’ils lui ont trouvé. L’animal, lui, a une aptitude innée à contrôler le mouvement de chaque Å“il.Â
Mais l’un de ses collègues l’a mis en garde.
-Un après-midi d’automne, ta langue se détendra d’environ 60 cm pour attraper une mouche qui a eu l’audace de s’attarder 2 secondes sur le rétroviseur de ta voiture. Une attaque fulgurante qui ne dure pas plus d’1/10 de seconde, lui dit Ray Saunders, l’air sérieux.
Un de mes jaloux de concurrents, pensa Ed. North. ».
*
Si vous désirez connaître toute l’histoire visitez son site :
Terre promise texane puis offrez-vous son livre chez tout les bons libraires de Tunis.
5 septembre 2008
Hamideddine Bouali
September 5th, 2008 Posted in Christophe Colomb, Davinci code, Hamideddine Bouali, Le Nom de la Roses, Mahmoud Bouali, Nasa, Safieddine Bouali, Terre Promise texane sur les traces de Columbia, X-files Tagged 2008, amateur photographer, animal, car, cat, champ, chat, cité, coin, cola, color, con, ct, cul, ds, el, elf, enfance, est, ete, eurs, Famille, family, fer, feu, film, gros, Hamideddine Bouali, hammam, hand, histoire, hot, ice, image, interdit, iron, jeu, king, la, la presse, lac, land, Le Monde, lever, long, longue, lumière, machine, main, man, march, marche, me, men, mosquée, Nature, nikon, north, nuage, nuit, ol, olivier, outils, palestine, papillon, parc, parents, park, parking, passage, pet, petit, photo, Photographie, photos, pictures, pie, pigeon, play, port, porte, pot, pub, q, rain, ran, red, rest, roman, Rome, rose, sale, sea, sens, sign, Social, son, Souvenirs, spot, station, Sujet, tabl, tag, time, tissage, tour, tourist, train, trap, Tunis, tunisie, tunisien, universitaire, up, us, vert, vie, xt, zitouna, zoo, zoom

Who is Slim Gomri?
…Born August 7, 1969, in Tunis, Gomri obtained a diploma in life and earth sciences and worked as a high school teacher in Tunis.
Involved in various projects from the beginning of his JCI career, Gomri became JCI Rades President in 1996…
Why is Gomri Involved in photography?
“My father was an amateur photographer,†says the past JCI Vice President. “As a child, I used to ‘play’ with his black and white pictures. Since then, I loved this ‘magical machine’ and started using it later. I also welcomed and adapted to the arrival of digital photography.â€
Gomri considers photography a passion. “It’s a way to express thoughts, ideas, and opinions,†he says. “It’s a wonderful tool that lets you share unique and unforgettable moments, places and situations with others.â€
He also considers photography a means to promote social progress. “Photography is a very powerful tool,†says Gomri. “As an intern in a Non Governmental Organization (NGO) in Washington, D.C., I was amazed to see projects involving youth and photography to deal with issues like corruption and conflict resolution.â€
When asked for advice on how to succeed in photography, Gomri said, “There is no mystery with photography. Just like anything in life, to succeed you have to love what you’re doing and be yourself.â€
Why the Exhibit in Washington, D.C.?
Gomri loves Tunisia. “I live in a nice country, small but diverse and full of colors and light,†he says. “I wanted to share this diversity with Americans, interest them in my country, and make them curious and willing to discover Tunisia. I will also try to deliver my view of my country to the visitors of the exhibition.â€
“My humble goal is to contribute, through photography, to building cultural bridges and enhancing understanding and dialogue between citizens of the United States and Tunisia,†explains Gomri. “More dialogue and more exchanges remove fear, misunderstanding and seeds of conflicts, and contribute to a better world. I also hope to break many stereotypes on both sides and contribute to dialogue through photography.â€
Via [JCI news]
[Slim Flickr Galleries]
[Slim Official site]
February 19th, 2008 Posted in 2007, photo blogs, Tunis Tagged 2007, amateur photographer, black, black and white, blur, building, car, cat, chil, child, color, colors, con, cover, ct, cul, ds, el, elf, est, father, flickr, full, get, home, hope, hot, ice, image, la, lac, life, light, love, machine, man, me, men, mer, nb, ol, opinion, photo, photographer, photography, photos, pictures, place, play, pot, q, rades, red, rest, said, slim gomri, Social, spot, sun, tabl, tarte, tour, Tourism, Tunis, Tunisia, tunisian photographer, up, us, vie, view, way, white, work, world
Subzero Blue posted a photo:

January 4th, 2008 Posted in blue, photo blogs, yellow Tagged blue, con, construction, crane, ct, flickr, hot, machine, mechanical, mechanics, people, photo, photos