AquÃÂ un perrito de la pradera tomando la merienda en el Zoo de San Francisco.
Yasmine Ouazzani journaliste au magazine Le Courrier de l’Atlas, paraissant à Paris, me contacte au début du mois de mars pour un jeu de question-réponse à -propos de la photographie Orientaliste en général et de Lehnert en particulier. Par manque de place cet entretien n’a pas paru dans le magazine en question (N° 25 daté avril 2009) et Yasmine s’en désole autant que moi puisqu’elle fut obligé de ne citer que quelques extrais (en bleu dans le texte).
Ci-après l’entretien complet…d’où l’utilité d’un blog.

Carte postale N° 897 intitulée “Dans l’Oasis “d’après une photographie de Rudolf Lehnert (circa 1914)
Je trouve par ailleurs la citation de Victor Hugo – qui trouve en 1829 que l’Orient est devenu « Une préoccupation générale »- d’une rare acuité… Bien que la Campagne d’Egypte était depuis longtemps finie, la France, qui demeurait encore sous le charme de cette civilisation décrite, analysée et déchiffrée par ses scientifiques, se préparait à – précisément – occuper quelques pays d’Orient ou considéré en tant que tels. Tout cela me revient à l’esprit dès que je me trouve en présence d’une photographie orientaliste ou à caractère orientaliste ; formulation que j’estime plus appropriée.
Yasmine Ouazzani : Une galerie parisienne, Galerie au Bonheur du Jour, a récemment exposé des photos de Lehnert et Landrock, prises en Tunisie et en Algérie entre 1904 et 1910. On y voit entre autres des nus d’enfants. Que vous inspire l’exposition de telles photos en 2009 ?
Hamideddine Bouali : Le nu est une thématique particulière, alors que dire quand il s’agit d’enfants et de surcroit en photographie ? L’exposition « Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie» organisée à Lausanne l’année dernière et actuellement à Paris évoque plusieurs cas de photographies de nus d’enfants réalisées dans le passé ou aujourd’hui en Occident qui ont fait scandale. Alors le fait que je prenne des gants dès qu’il s’agit de telles images n’a rien à voir avec le fait que je sois né de ce coté-ci de la Méditerranée.
Cela dit, en tant qu’enseignant, je m’oppose à toute interdiction puisque je demeure convaincu que montrer ces photographies, ainsi que toutes autres photos qui pourraient faire polémique (photos de guerre, de propagande, outrageante, attentatoire…) est essentiel puisque didactique. Le travail pédagogique s’inscrit alors dans la recherche des circonstances, des raisons et surtout des utilisations de ces images. C’est un minutieux travail de lecture que d’autres photographies n’exigent pas. En conséquence de ce que je viens d’avancer, je suis convaincu que si toute photographie est à voir dans le cadre d’une exposition, certaines devraient être suivies d’une attention particulière par devoir de précaution vis à vis d’un public en ignorance de cause de l’Histoire et de celle de la photographie en particulier. Dans ce cas précis, il est question d’une différence d’appréciation de la notion de pudeur. L’histoire des mentalités nous apprend que la nudité a été différemment considérée ; sublimation du corps ou son humiliation.
Carte postale N° 742 portant le titre “Types d’Orient esclave” d’après une photographie de Rudolf Lehnert (circa 1914)
Pour vous faire une idée précise à propos de l’Å“uvre de Rudolf Lehnert ne manquez pas de visiter le site de mon ami Michel Megnin : http://michel.megnin.free.fr/
Robert Mitchum dans une célèbre scène de la nuit du chasseur de Charles Laughton (1955)Temps d’écouter
J’ai reçu un e-mail m’invitant à une visite guidée de l’exposition « Distance et proximité» organisée par le Goethe Institut de Tunis(1). Mais, je me suis trouvé dans une situation surréaliste puisque j’ai dû écouter une phrase dans la langue de Schiller puis sa traduction dans celle de Rabelais pour pouvoir la comprendre en arabe (je le suppose ! En fait, a-t-on tranché cette question existentialiste de savoir dans quelle langue saisissons-nous les choses… !). Entendre une phrase du genre: « Thomas Ruff photographie les détails des intérieurs de maisons et en a fait un style… » ou encore : « Cette photographie qui parait ne mettre en scène qu’une salle vide est en fait celle qui a connu un grand événement historique : la division de l’Allemagne lors de l’Accord de Postdam ». Et pour finir, entendre : « Gurski est un des photographes les plus connus et les plus côtés [sans aucune autre justification]…il photographie les gens dans des espaces immenses car encore enfant et habitant la campagne il avait peur d’être rejeté » sont des commentaires qui ne valaient pas le déplacement. Je ne dirais pas « fin de citation » puisque il pourrait y avoir dans ces immenses salles du Palais Keireddine des échos maléfiques qui auront dénaturé les paroles de cette jeunes allemande venue spécialement de Germanie pour nous expliquer, soit ce qui était devant nos yeux soit de justifier maladroitement ce qui n’avait pas lieu de l’être. C’est ce que l’on inflige souvent à l’art contemporain : un discours essayant de lui faire dire ce qu’il n’a jamais prétendu revendiquer… L’art contemporain se contente d’affirmer qu’il est là …Tout simplement.
Temps de faire
Dans ma dernière chronique(2), j’évoquais le grand photographe Avedon à travers une description du portrait qu’il avait réalisé du sénateur Obama, aujourd’hui, je viens vous parler d’une autre image signée aussi Avedon.
Dovima et les éléphants. Richard Avedon. 1955
Cette photographie révèle une grande maîtrise, aussi bien de la technique que du langage photographique. D’abord, rares sont les personnes qui remarquent que ce cliché est en noir et blanc tant la force qui en émane bouscule notre quiétude bien avant que nos cônes et nos bâtonnets de notre rétine ne s’en rendent compte ! Le contraste poussé à outrance dans le choix des éléments de composition est si intense que la palette chromatique est devenue comme par magie une question secondaire. Le modèle est d’une grâce féerique. Profil hautain et snob, cou interminable, décolleté audacieux, corps enveloppé dans un fourreau sombre, Dovima, mannequin de chez Dior, semble charmer (étymologiquement cela s’entend ensorceler) que ce soit ceux qui regardent son dos ou ceux qui contemplent sa face.
Certains ont vu dans cette image une évocation du conte de Jeanne-Marie Leprince : La belle et la bête…ils se sont trompés. Ou alors nous les avons mal compris…qui est la bête et qui est la belle ? Ces éléphants sont-ils furieux ou pris de panique ? N’avez-vous pas l’impression que nous autres spectateurs sommes en fait de part et d’autre de Dovima…nous aussi, sommes enchainés, démunis, incapables de faire quoi que ce soit devant cette créature mi-ange mi-démon. Les allusions mythologiques ou érotiques que suscite cette photographie sont innombrables…
Avedon, contrairement au portrait d’Obama qu’il nous livrait tel quel, se faisant passer pour un Photomaton de hall de gare, se place ici dans le fauteuil du metteur en scène ; disposant les composantes de son image à sa guise pour nous en faire voir de toute les couleurs…
Temps de crise
Claude Perez revient occuper les cimaises de l’Aire Libre d’el Teatro(3). Je l’ai déjà dit et je le répète, ses récentes photographies n’ont rien à voir avec ses œuvres antérieures. Une raie de lumière se réfléchissant dans la mer, un personnage passe, à pas lent, en course ou nous offrant son profil et hop une photo…c’est dans la boite coco. Le photographe « s’amuse », après, à les multiplier à l’endroit à l’envers…à satiété. Permettez-moi cette analogie, de loin cela fait une série de motifs donnant un certain effet papier peint.
Personnellement je n’ai ressenti aucune émotion devant ces photographies-puzzle que l’on accole tète bèche, ou en frère siamois !!! Tout cela est une question de goût, mais quand on lit la liste des œuvres exposées on est surpris (moi en tout cas) de lire que vous pouvez devenir possesseur de cette œuvre pour 3500 dinars. Là , nous sortons du domaine des opinions et des préférences pour entrer de plein pied dans celui de l’économie. Nous n’allons pas faire la somme du prix du tirage, du cadre, de l’amortissement de l’appareil photo, des frais de déplacements, du pourcentage à concéder à la galerie en cas de vente…Non cela serait déplacé ! Puisque en fin de compte nous pourrons trouver, par simple soustraction, la valeur du travail artistique.
Mais, jetons un coup d’œil à la cote de quelques photographies vendues aujourd’hui en France. Avec 3500 dinars, un peu plus de 2000 €, vous pouvez vous offrir (pour les fêtes de fin d’année) ou vous permettre d’accrocher dans votre séjour un Portrait d’un enfant déguisé en arlequin réalisé par Lucien Clergue (tirage argentique signé par le photographe de format 22 X 28,5) à 280 €, pour 300 € vous serez l’heureux acquéreur d’un superbe Nu académique de Jean François Jonvelle ( tirage de format 30 X 40 cm avec cachet à sec officiel du photographe) ajoutons dans le caddy une œuvre de Mario Giacomelli intitulée La Buona Terra (tirage au platine signé, de format 15 X 10 cm) à 130 €, allez ! Ajoutons de la fantaisie ! Un magnifique tirage couleur, d’époque, en superbe état de format 20 X 25 cm d’Apollo 10 en orbite autour de la Lune au prix de 130 € (un tirage similaire fut adjugé précédemment à 1000 €). Le restant de la monnaie servira à s’acquitter des frais de port !
Temps d’envoyer vos photos au World Press
Il y a un mois, je découvre une info bizarre sur le site de l’Arab Press Network. « La majorité des images les plus fortes aujourd’hui viennent du conflit qui déchire la région arabe, mais ce sont souvent des photographes non arabes qui prennent ces clichés. « World Press Photo est conscient de l’importance d’encourager et de soutenir les photojournalistes dans leur propre région », assure Michiel Munneke, directeur de la fondation organisatrice du World Press, qui explique que la fondation est actuellement engagée dans des programmes de formation pour les photographes en Égypte et au Maroc, et a pour projet de mettre en place des sessions de formation au Moyen-Orient.…Les inscriptions au concours World Press Photo sont ouvertes et, cette année, les photojournalistes arabes sont fortement encouragés à participer et à exposer leurs talents…Pour l’édition 2008 du concours World Press Photo, nous avons vu une augmentation de 28 % du nombre de participants du monde arabe, mais nous restons néanmoins convaincus qu’un plus grand nombre de photographes de la région ont la capacité d’entrer dans la compétition », déclare Munneke.
Que cache cette insistante invitation ? Est-ce une des conséquences de la polémique née de la consécration de la photo de Spencer Platt réalisée à Beyrouth en Août 2006 ? J’ai déjà évoqué dans une de mes chroniques que si le prix était mérité, le fait d’inviter à la cérémonie de remise des prix du World Press Photo ceux qui figuraient dans la photo était étrange pour ne pas dire compromettant (4). Aujourd’hui, cette invitation vient confirmer mes suspicions. Le jury allait-il avoir comme consigne de favoriser les participants d’origine arabe ? Y’a-t-il volonté d’inverser les rôles…en lieu et place d’un photographe venu d’Occident pour couvrir un événement, le plus souvent sanglant, en pays arabe, le jury va-t-il consacrer un photographe libanais ou irakien (ou autre) auteur d’un reportage sur les élections américaines ou le crash de Wall Street ? Après le temps de l’orientalisme voilà venu le temps de l’occidentalisme. Si vous êtes photographe de presse envoyez sans plus tarder vos œuvres au World Press Photo, peut-être seriez-vous l’heureuse victime de cette discrimination positive. Edward Saïd n’avait pas prévu cela.
D’ici la date de la parution du palmarès 2008 en février prochain, Mach (Mahmoud Chelbi) me confirme que l’expo du WPP, édition 2007, sera parmi nous en janvier prochain…à suivre.
Temps des bague(ettes) magiques
La rédaction du journal Le Figaro a supprimé de la photo de Rachida Dati, la Garde des Sceaux, une bague de grande valeur. Baptisée « Liens » de chez Chaumet, le bijou est en or gris pavé de diamants, avec deux liens pavés de diamants, ce joyau a été évalué à 15600 €. Information glanée du site Rue89. Débora Altman, responsable de la Une du Figaro a indiqué: “La “Une” parlait du malaise entre Rachida Dati et les magistrats. On a trouvé que la bague se voyait trop et on l’a enlevé pour ne pas que les gens se focalisent sur ça et que ça créé une polémique sur le côté bling-bling. Ça a été fait dans l’urgence, il était 20h29 et on devait boucler à 20h30″. Les forums de discussion ont été juste après la parution de l’information pris d’assaut.

La Une du Figaro du 19 novembre et la photo originale réalisée par François Bouchon le 17 juin 2008
Effectivement, montre en main, cela m’a pris moins d’une demi-minute, avec le logiciel CorelPhoto Paint (TM), pour débarrasser l’annulaire en question de son lourd fardeau. Mais, toute une vie ne suffirait pas pour prendre la lourde décision de retoucher une photographie de presse, censée fournir une information correcte autant que l’article qui l’accompagne. Un acte d’une grande gravité. Je n’ai peut-être pas assez cherché celui, (ou celle !!!) possédant un sens de l’observation et une mémoire photographique aussi précise, ayant découvert la supercherie. Il (ou elle) mérite un satisfecit.
A croire qu’ils sont fous ces Gaulois, pour parodier la bande dessinée Astérix. Un ministre qui ne peut pas s’offrir, ou se fait offrir une bague de grande valeur, sans que le ciel ne lui tombe sur la tête, un responsable de rédaction qui joue à la baguette magique (outil de retouche de Photoshop), un inconnu qui découvre le tour de passe-passe, des internautes qui cherchent dans les catalogues des joailliers le nom du bijou et sa valeur, d’autres qui le comparent aux boucles d’oreilles de Ségolène Royal, alors que quotidiennement – à l’heure du passage des éboueurs – on ramasse des SDF morts de froid…Mais où va la France par Toutatis !!!
Temps de lire
Un grand nombre de personnes se plaignent de la longueur de mes chroniques. S’il est vrai que contrairement aux autres blogs celui-ci se singularise par des textes d’une certaine étendue, il faudrait préciser que la fréquence de publication n’est pas la même. Certains bloggeurs publient un post par jour, d’autres le font sans périodicité particulière alors que du-photographique conserve un rythme d’un texte par dizaine de jours…Amplement le temps de lire et de réagir s’il y a lieu de le faire. La lecture du portrait d’Obama (2) ayant été, dans l’ensemble, agréablement accueillis, je réserverais dans mes prochaines chroniques un chapitre pour lire une photo qui m’a marqué et donc influencé ma pratique photographique.
Hamideddine Bouali
10 décembre 2008
(1) (Ana)Chronique XXXVI ; « Le surmoi de la Photo !!! » du lundi 10 novembre 2008
(2) Chronique XXXVII ; « Ecce Homo » du vendredi 21 novembre 2008
(3) Chronique XXI ; « Une brève histoire du temps » du mercredi 21 mai 2008
(4) Critique V « Image presque parfaite d’un monde qui ne l’est pas ! » du vendredi 21 décembre 2007
N.B. : Vous trouvez que ce blog a du mérite ? Votez pour lui dans la catégorie Meilleure Blog en Français du challenge en cliquant sur ce lien : Tunisia Blog Awards 2008…merci d’avance.

Le Carthage au port autonome de Marseille en partance pour Tunis.Photo Hamideddine Bouali.
Le 30 octobre 2008 Ã 13h45. Montage de 3 photos avec un petit Powershot de Canon
Petit inventaire à la Prévert
J’estime avoir emprunté un panel de moyens de transports assez disparate : avions de transport civil pour de fréquents voyages en Europe, avion privé de quatre places pour un petit saut de puce de l’aéroport de Tunis Carthage au centre de vol à voile de Djebel Ressas, là de nombreux vols sur avion- école et une seule fois en planeur, deux baptêmes de l’air sur hélicoptère et puis de nombreux trajets en téléphérique à Alger, un long voyage en train de Tunis à Casablanca, quelques traversées en bac pour aller de Sfax aux Iles Kerkennah ou pour arriver à Djerba. N’oublions pas le parcours quotidien en bus, en métro ou en taxi et d’inoubliables trajets en trains de banlieue. Quelques mètres à dos de chameau ou à dos d’âne, une mémorable cavalcade à cheval et des sorties en mer dans des voiliers d’initiation à la navigation dans un club de vacances à Hammamet. Ah j’allais oublier deux moyens de transports hors normes !!! Le Concorde et la jeep lunaire…effectivement j’ai visité l’avion supersonique français en statique à Orly alors que pour le véhicule lunaire, une copie fut offerte à l’Association Jeunes Science de Tunisie par la N.A.S.A. dans les années soixante-dix, elle y est toujours à son siège à Cité Jardin, Tunis.
Faites le compte de votre part ! Vous allez trouver sûrement cela pittoresque.
Mais, c’est la première fois que j’effectue un voyage en paquebot. Le Carthage est plutôt un Car-ferry, une petite ville flottante, neuf ponts, plus de deux mille passagers, six cents voitures embarquées…malgré les signalétiques de nombreux voyageurs, se trompent d’étages, de couloirs et de chambres.
Je rédige cette chronique en étant confortablement installé au salon du pont supérieur.
A part un léger tremblement, Le Carthage offre un réel confort malgré une mer légèrement turbulente. Ceux qui veulent s’endormir, la berceuse est donc offerte par la compagnie.
Les Bouali ont le pied marin
Les voyages en mer évoquent évidement toute la production littéraire et cinématographique que tout le monde connaît. Comment ne pas penser à l’Odyssée d’Homère ? D’ailleurs, il faudrait l’évoquer encore une fois car un ferry avec ce qu’il transporte dans ses cales est une belle réactualisation du célèbre mythe du Cheval de Troie !!! Comment ne pas avoir à l’esprit la tragédie du Titanic et son inoubliable film réalisé par James Cameron ? Aux Naufragés du Poséidon (projeté l’année dernière dans une salle de cinéma de Tunis)? À La Croisière du Navigateur avec l’imperturbable Buster Keaton ? A la dernière scène de La Ruée vers l’or ? Aux milles millions de milles sabords du colérique Capitaine Haddock ou aux extravagances de Némo ? A Moby Dick de Melville ? Si mon jumeau était à ma place il ajouterait le long chapitre de son roman Terre promise texane, consacré à Santa Maria le vaisseau amiral de Christophe Colomb.
Il parait qu’un lointain parent entretenait un commerce florissant – par voix maritime – avec les Indes au point qu’il porta le surnom d’el Hendi (l’indou) ? Alors que de lointains aïeux avaient amassé une petite fortune en exportant du sel et en important des produits manufacturés avec justement Marseille.
Alors sans avoir lu et vu les livres et les films cités plus haut, je fais un peu partie des gens de la mer puisque j’ai hérité du coté de la famille de mon père – à part une plume (ou clavier) facile (à ce que l’on dit), le pied marin. En attendant de découvrir d’autres qualités cachées.
D’autres transports
Emprunter un aéronef n’est en rien valorisant, mais le transport dans le sens figuré du terme cela pourrait vous mener très loin !!! Là , pas besoin de titres de transport, réservations, ou visas et l’excédent de poids n’est même pas taxé. Sans bouger, vous vous retrouvez emporté par vos sentiments, ballotté par vos sensations, et s’il survient un certain mal il est souvent beaucoup plus désagréable que le celui ressentie en mer ou en l’air. Que de corps partis dans des longs voyages en laissant leurs âmes ancrées profondément dans un port d’attache bien sécurisants !
C’est la civilisation judéo-chrétienne qui a voulu attacher au corps, avec ses inévitables faiblesses, l’âme et ses soubresauts. Vers l’Orient (tiens, encore une fois les Indes) tous ceci n’a aucun sens, car pour ces peuples sentir, aimer, souffrir, méditer n’a presque pas de lien avec se nourrir, travailler ou même mourir. J’arrête ici cette chronique. Suis-je victime non pas du mal de mer mais de celui des hauteurs – à l’instar des alpinistes – il est vrai qui je suis juché au Pont neuf (les cinéphiles se rappelleront le film du très rare Léo Carax) euphorie et panique peuvent se manifester à tout moment ou pire s’alterner.
Une heure et demie à Marseille
Au moment où j’écris ces lignes Le Carthage est à quelques miles du Golfe de Tunis. La traversée allée fut mouvementée, une mer démontée et un vent assez fort. J’ai consulté mon encyclopédie embarquée à propos de l’échelle de Beaufort. J’estime que cela atteignit l’indice 7 sur une échelle plafonnée à 12. Des vagues hautes ont malmené le bateau, malgré sa masse le roulis et le tangage ont obligé plus d’un à se confiner dans sa cabine. A part le faite qu’il fallait tenir la balustrade pour ne pas glisser, ce qui était plus amusant que désagréable, le mouvement du bateau n’avait aucune influence sur moi.
Le personnel naviguant fut au petit soin, serviable et la plus-part du temps souriant. Ils ont contribué à rendre la croisière – malgré l’exécrable météo – convenable. Le comandant du bateau a même mis gracieusement à la disposition de certains voyageurs des cabines afin de se reposer. Il est vrai que la salle des fauteuils n’était pas indiquée pour ceux qui étaient sensibles au mal de mer. Situé juste à la proue du bateau, elle subissait des amplitudes plus importantes qu’à l’arrière.
Arrivée en rade de Marseille à midi et demi et en prévision d’un ré-embarquement vers Tunis à 14h, il ne me resta qu’une heure pour faire quelques emplettes dans la ville phocéenne, surtout des coups de cœurs désirés depuis un certain temps et ce petit voyage m’avait permit d’en réaliser quelques uns !!!
Le 31 au soir, j’étais déjà à Tunis, je retrouve mon cher blog avec la symbolique barre des 10000 connectés dépassée. Merci d’être aussi nombreux à lire mes textes.

Tour du Circuit du Belvédère en Bugatti 37 pilotée magistralement par Dominique Baldi.
Mon père corrigeant cette chronique. Photo Hamideddine Bouali. 26 octobre 2008 à 19h30
Une correction méritée !!!
Habituellement je donne à mon père mes textes à corriger. Il s’y attelait à l’instant où je lui tends les feuilles imprimées, jamais de manuscrits à cause de mon écriture parfois illisible. J’ai tendance à croire qu’un texte tapé à la machine et a fortiori produit par une imprimante moderne donnait l’impression que c’est un travail sérieux, ne comportant pas de fautes minables : celles concernant l’orthographe. Ce préjuge n’en est pas un en réalité. Un texte écrit sur un ordinateur permet effectivement d’éviter de commettre ces fautes, le correcteur orthographique intégré les souligne en rouge, il suffit alors de lui demander, sans gentillesse particulière, de les rectifier.
Mon père me donnait l’impression qu’il attendait cet instant avec impatience…il m’avait un jour fait entendre qu’il trouvait un plaisir à me lire et je considérais cela comme une marque d’affection paternelle plutôt qu’un éloge à peine voilé de mes compétences littéraires. Et s’il m’interpelle pour me dire : « quand est ce que tu vas me donner un texte à corriger ? » je ne retiens que le dernier mot et je ne peux pas esquiver l’idée qu’il est un (ancien) instituteur et moi (toujours) un élève. Bref , dès que les feuilles sont en sa possession, il s’empresse d’aller chercher son stylo, n’importe lequel fait l’affaire, met ses lunettes ; monture noire à la Kissinger qui font très années soixante et lecteur qui, à force de lire devient myope, puis incline le buste. Mon père lit en corrigeant simultanément, un vrai reflexe de correcteur. N’importe quel texte sur n’importe quel sujet : il y va sans une humeur particulière ou une curiosité de lecteur. Au même moment, je feins de ne pas le voir à l’œuvre…comme si j’étais résigné à empocher la sentence que je mérite.
Parfois quand une phrase s’étire en longueur, comme celle-ci, il la suit du bout du stylo comme s’il suivait un sentier ne sachant pas où il pouvait bien mener, à ce moment précis, moi, j’ai le cœur qui bat de peur de le voir raturer, biffer ou comble de malheur le voir se tournant vers moi pour me dire : « cette phrase est à reformuler ». Dois-je consulter un spécialiste, ophtalmologue ou psy, si je vous confie que je n’ai toujours vu dans le terme littérature que les trois dernières syllabes ?
Ma mère, longtemps à ses côtés, s’enquérait avec impatience de l’état d’avancement de la correction et il lui arrivait de demander : « alors !». Mon père, imperturbable, répondait presque machinalement : « il a un style particulier et des trouvailles intéressantes, et les fautes sont surtout des coquilles tout à fait bénignes ». Je prenais toujours, la question comme l’interrogation d’une jeune mère à -propos d’un bambin qui commence ses premiers pas et la réponse ; celle d’un pédiatre rassurant : « évidement qu’il marchera correctement, après ces titubations, ces tangages incontrôlés…un jour il marchera comme tout le monde », c’est difficile de recevoir des compliments d’un parent.
Instituteur de la vieille école et journaliste prolifique, il se contente de souligner, raturer, noter dans la marge. Il ne fut presque jamais question de styles, de niveaux de langues ou de champ lexical. Il cessa de répéter que mon français s’apparentait à celui pratiqué par les francophones hors métropole (Canada, Belgique et Suisse). Ainsi mon père parlait en général jamais d’un texte en particulier…Il corrige… point barre.
Histoire d’une chronique abandonnée
Très rarement j’envoie mes chronique à d’autres personnes dont mon frère-jumeau (celui qui vient de se lancer dans l’écriture des romans : « Safieddine Bouali : Sur les traces de Columbia… »).
La chronique XXXIII intitulée : « L’édifice immense du souvenir » que je lui ai envoyée il y a une semaine m’a été renvoyée avec ce commentaire : « Je ne retrouve pas l’artiste dans cette chronique. Où est ta verve ? Très en dessous de tes performances…Lourde, trop longue, cette digression. Ennuyeuse sans aucun doute. Même ton souvenir d’enfance n’a pas réussi à m’attendrir (sic). On comprend vite que le vrai sujet se trouve dans le dernier paragraphe, tout ce qui précède n’étant qu’une trop longue introduction…Mérite une vraie réécriture. Brutale ma critique ? Non. Seulement sincère ».
Brutale ? Non ! Mais voila !!! Un membre de mon comité de lecture a brandi son veto. C’est que mon jumeau se penche sur un texte avec un regard différent et complémentaire à celui du paternel. L’âme d’un papier, son équilibre, ses justes proportions, sa cohérence, il les scrute en un jet… Il les scanne ! Mais je me suis senti comme arrêté intempestivement par un feu rouge alors que je roulais hautainement dans une Rolls ! Cela était inattendu !
Alors je me suis demandé si le puits s’est tari ? Me-suis éloigné de mon sujet de prédilection – la photographie – pour atterrir je ne sais pourquoi sur la surface de la Lune (chronique XXXII), pour commenter un cent mètres même s’il s’agit d’un record du monde (Chronique XXVII) ou pour évoquer la citronnade de Ghar el Melh, aussi succulente fut-elle (les trois Chroniques publiées après les Rencontres) ?
Pour ma défense, à part la rentrée photographique fêtée symboliquement à Beit el Bennani et l’hommage rendu à Kahia, rien ne se passe (encore)…Mais soyons optimiste.
Objection votre honneur !!! Les événements photographiques ne manquent pas. Le Mois de la Photo de Paris, la rétrospective Richard Avedon à Arles, la Photokina à Cologne…susciteraient de longs commentaires pour un chroniqueur même légèrement inspiré. Alors qu’est ce qui se passe docteur ? Est ce que c’est grave ?
Heureux événement
Il se peut que l’arrivée imminente d’un appareil photo dans le foyer a bouleversé – non pas les habitudes on n’est pas encore là mais cela va venir – mon appréciations des choses. Peut-être que je suis redevenu visuel et beaucoup moins littéraire. Je sais que je vais devoir m’expliquer sur ce point. Je pense que ceux qui sont pourvus d’une certaine sensibilité peuvent facilement changer de moyens pour exprimer cette émotivité. Que de poète-photographes, de peintres-écrivains, de cinéastes-dramaturges ont alternativement composé, écrit, réalisé ou peint sans efforts particuliers. Il suffit d’une technique à apprendre puisque l’essentiel – le désir irrépressible d’en parler – est là . Ces individus ont utilisé des vecteurs différents pour incarner des émotions. J’ai lu Zola et vu ses photographies…la même minutie et une semblable volonté d’exhaustivité dans les Rougon-Maquart ou dans ses photographies de Paris. Tiens ! Une belle étude comparative à mener.
Sachons raison garder ! Ni mes chroniques, ni ma photographie ne sont en rien comparable à celles du chef de file des auteurs naturalistes. Bien que l’appareil de la photographie d’aujourd’hui est plus proche d’un clavier et d’un écran d’ordinateur, au point qu’il est considéré comme un de ses nombreux périphériques, que du télescope et du microscope comme ce fut le cas jusqu’à récemment, il est hasardeux de faire ressembler l’acte d’écrire avec celui de photographier. Chacun ayant sa propre logique de fonctionnement, son mode opératoire et surtout sa gestion du temps.
Même s’il est possible de faire le parallèle entre une planche-contact dont on ne garde qu’un photogramme et la liasse de brouillons dont on ne conserve qu’une belle page pas trop gribouillée, il est par contre exagéré de n’y voir autre chose qu’une simple analogie. Les rushs jetés à la poubelle après le montage d’un film, les répétitions au théâtre sont aussi le côté coulisse invisible aux profanes. Chaque moyen d’expression possède ses rites, ses habitudes et ses particularités. Les comparaisons ne sont qu’un raccourci cahoteux. La photographie, l’écriture, le cinéma, la poésie, le théâtre sont des mondes à part et ceux qui excellent aussi bien là qu’ailleurs sont de vrais virtuoses.
Il se peut qu’à mesure que je photographie je perde le plaisir d’écrire. Où bien que j’associe modestement le bonheur de photographier avec la joie d’écrire ! Qui sait de quoi demain sera fait ? Nous autres humains sommes à la merci d’une envie instantanée ou d’un coup de cœur infini ! Mais n’anticipons pas, je suis encore à taper sur mon clavier ce 26 octobre. Il est temps de revenir à l’heure d’hiver, c’est l’adieu définitif à l’été 2008. Vivement une exposition à critiquer, un photographe à encourager, une tendance à encenser et un fait à commenter.
Si vous êtes curieux de lire la chronique XXXIII où j’évoque Blanche-Neige, Charles Trenet, Jean-Paul Gaultier et Proust vite e-maillez-moi avant que je ne la jette à la poubelle de mon pc !!!
À propos de Ramadan
À la veille de chaque Ramadan ou d’Aïd el Fitr, nous sommes témoins de l’habituel débat à -propos de la visibilité du croissant lunaire. Les tenants de chaque bord, les traditionalistes adeptes de la visibilité à l’œil nu et les amateurs d’astronomie n’arrêtent pas de défendre leurs positions respectives. Semble-t-on ignorer que la question n’est pas là ? L’important n’est-il pas de s’interroger sur la nature de la Lune et par delà , l’immensité du cosmos et donc notre statut dans l’univers.
Croissant lunaire du 24 ème jour de Ramadan 1406 (2 juin 1986).Jeûner un jour de plus ou de moins n’est-il pas futile par rapport aux interrogations existentialistes que ce mois saints nous dicte de nous poser en levant – tout simplement – notre tête vers le ciel ?
Belle soirée ramadanesque
Notre ambition était de réunir le plus grand nombre de photographes à l’occasion d’une soirée où seront évoqués aussi bien l’œuvre d’Abdelhamid Kahia que celles des photographes – toutes catégories confondues à supposer qu’il en existe- en exercice aujourd’hui. En un peu moins d’une semaine, dix-huit photographes de Tunisie et trois de l’étranger ont répondu à notre appel. En faisant jouer l’audience de ce blog, quelques appels téléphoniques et un entretien donné à notre amie Marianne Catzaras – belle et efficace signature du quotidien tunisien Le Temps – un beau monde fut réuni ce 25 septembre dans le coquet patio de Dar el Bennani. Notre appréhension – Mohamed Bennani propriétaire des lieux et moi-même en maître de cérémonie – était grande tout le long de la journée à propos des conditions météo – les patios sont toujours à la merci d’un capricieux nuage – et nous avons trouvé une belle formule afin de parer à toutes éventualités. S’il pleuvait, on dira que cette symbolique ouverture de l’année photographique porte le signe de la fertilité, et au cas contraire, la chance serait avec nous puisque la soirée ne serait pas perturbée. La soirée commença sous d’excellents auspices puisque le patio fut exigu pour contenir le public qui s’est déplacé pour la circonstance.
La Tunisie de Kahia
Sonia el Euch, nièce d’Abdelhamid Kahia – évoqua avec une réelle émotion le souvenir de son oncle et le lègs d’un grand photographe. Zohra, sÅ“ur du photographe, qui fut un certain moment sa collaboratrice, contenait difficilement ses larmes.
Ma contribution à cette soirée fut une lecture visuelle de son prestigieux ouvrage “Tunisie” édité aux éditions Kahia, préfacé par Jean Duvignaud. Même s’il n’est pas permis d’affirmer que c’est Abdelhamid Kahia lui-même qui a procédé à la mise en page de cet ouvrage, il est par contre utile de rappeler qu’un ouvrage illustré de cette valeur n’a pu se faire que grâce à une photothèque d’une grande qualité. Les prises de vues de Kahia sont d’une rigueur exemplaire, elles ressemblent à des schémas : il n’y a que ce qu’il est utile de voir. Alternant les cadrages rectangulaires avec d’autres carrés, le photographe, ainsi que le maquettiste, ont conçu un livre d’une grande fluidité de lecture. L’humour, les clins d’œil et un soupçon de volupté donnent à ce “Tunisie” une fraicheur très en avance à l’époque de sa parution.
Association de bonnes volontés
Un diaporama de pas moins de deux cents photographies signés d’une belle brochette de photographes de Tunisie et d’ailleurs a permis à l’assistance de prendre le pouls d’un moyen d’expression qui ne cesse d’année en année de drainer de nouveaux talents. Pour répondre à certains qui ont vu dans ce diaporama un mélange de genres mal venu et de qualités disparates, il est nécessaire de rappeler que cette soirée fut ouverte à toutes les participations d’où qu’elles venaient. Ce diaporama est un peu le Marathon de Paris (ou de Comar) : aucune présélection ni critères d’admission. C’est l’occasion de découvrir de nouveaux noms et de saluer les habitués. L’intérêt même de cette soirée était de réunir les photographes , de débattre de l’état actuel de la photo et de se souhaiter une bonne rentrée.
Le diaporama permit de passer en revue les œuvres de ; Ons Abis, Rania Aoun, Brahim Bahloul, Kais Ben Farhat, Lilia Benzid, Hamideddine Bouali, Bochra Bouneb, Kais Boussen, Marianne Catzaras, Mahmoud Chelbi, Djibril Drame, Sami Frikha, Chafik Gaies, Karim Kaddour, Abderrazak Khéchine, Mounir Mabkhout, André Marzuk, Claude Pérez, Riadh Sifaoui, Douraid Souissi, Marwane Trabelsi. (les œuvres de Xavier DeLuca arrivées le lendemain de la projection n’ont pu être vues).
Le débat qui s’en suivit montra encore une fois la nécessité de se remettre aux conseils d’un directeur artistique ou curateur, le photographe n’étant pas capable seul de choisir, mettre en scène ou publier ses photographies sans l’aide d’un bon conseil. Celui-ci devrait connaître aussi bien les aspirations du photographe qu’il parraine, l’histoire de la photographie ainsi que le monde de l’art.
Je côtoie depuis trois ans Natalia Jaskula, photographe polonaise résidant à Paris. En sa compagnie, j’ai énormément appris lors de la mise en place des expositions des Rencontres Internationales de la Photographie de Ghar el Melh. Elle m’a donné le goût d’approfondir la réflexion à propos de la photographie engendrée par un photographe. Que cherche-t-il à montrer ? Comment et où le situer dans le parcours de la photographie ? Puis comment montrer de la meilleure façon possible ses œuvres. Une enrichissante leçon de bon goût et un réjouissant exercice de réflexion.
Le débat se poursuivit avec l’idée de constituer une association. Depuis les années quatre vingt, on ne s’est jamais arrêté de demander la mise en place d’un cadre légal d’activité photographiques. Les éventuelles possibilités : association, union ou société ? Regroupant les photographes de Tunisie ou tunisiens ? faut-il y ajouter le terme art photographique ou expression photographique ? Reflétera son statu, les objectifs ainsi que le public ciblé. Juste après la première heure du lendemain, on s’est promis de nous retrouver, cette fois-ci chez Mach (Mahmoud Chelbi) à L’Aire Libre du Teatro pour continuer le débat.
P.S. Il n’avait pas plu…
Recherche appareil photo désespérément
Depuis une dizaine d’années j’ai abandonné le suivi de l’évolution des appareils photos. Je n’avais qu’une vague idée, je ne connaissais plus rien aux petites options mais demeurais au courant des grandes innovations. Aujourd’hui je me suis remis à jour. L’occasion – celle de chercher l’appareil qui convient – ne crée-elle pas le larron ?
Sur le créneau des réflexes numériques la concurrence fait rage entre les grandes marques : Nikon, Canon, Pentax, Sony et quelques autres se démènent comme des fous pour offrir au public des appareils perfectionnés. Mais justement que cherche le client Lambda ? Les services marketing de ces grosses firmes disposent de plusieurs archétypes – profil ou portrait robot – tel la célèbre Ménagère de moins de cinquante ans ? C’est elle qui commande l’état du marché, elle regarde la pub, gère le budget de la famille et décide des achats à faire, il était naturel de faire d’elle le public ciblé en priorité.
Dans le monde de la photo, il n’y a pas un seul client possible. Les laboratoires d’études créant un boitier pour une frange donnée d’utilisateurs : l’amateur occasionnel, l’amateur averti, le professionnel et l’expert. Il est logique de penser que ces types d’utilisateurs réservent un budget proportionnel à leur savoir-faire ou du moins à leur potentialité. Il n’est pas aussi erroné de penser que certains clients achètent des appareils dont les possibilités sont au-delà de ce qu’ils peuvent en tirer.
Après avoir jeté un coup d’œil sur l’état actuel du matériel, je me suis interrogé sur le futur des appareils photos. A quelles autres avancées allons-nous être témoins ? Anticipons !!!
Le Mammouth est plus gros appareil photographique jamais construit jusqu’à aujourd’hui. Échelle de sensibilité
Il s’agit ici non pas de la sensibilité du film ou du capteur mais de l’opérateur lui-même : cela pourrait s’appeler aussi échelle d’émotion ; terme qui englobe peur, joie, dégoût, horreur, bonheur… cette échelle graduée aussi bien en positif qu’en négatif servira à conserver une trace de l’état d’esprit du photographe au moment de la prise de vue. Vous vous êtes surement interrogé sur la manière d’obtenir cette mesure !!! Vous ne trouvez pas que j’ai trouvé l’idée (il parait que c’est le plus difficile à faire) c’est aux techniciens de Nikon ou de Canon de prendre la suite ? Je ne prendrai qu’un dollar par appareil construit de royalties sur les ventes !!!
Capteur Multigrade
Avec ce dispositif les capteurs n’auront pas une sensibilité constante, mais variable. Pour un paysage par exemple : les capteurs situés en haut seront moins sensibles puisque situés en face d’une plage lumineuse : le ciel. Alors que ceux situés en bas devront être davantage plus sensibles puisque devant une plage sombre. Cette innovation permettra une restitution plus fine des détails dans les ombres profondes en même temps qu’une fidélité pour les zones claires. En somme une Zone system numérique…si Ansel Adams était là il aurait sûrement approuvé (en m’envoyant un mail de félicitation !!!).
َAprès le GPS le gyroscope
Aujourd’hui plusieurs boîtiers sont équipés de la géolocalisation. Avec cette option, l’opérateur aura automatiquement avec chaque photo, données EXIF, les coordonnées géométriques, le lieu sera nommé au cas où le GPS serait muni d’une carte géographique précise. Il sera aussi intéressant d’ajouter la hauteur, l’inclinaison, la direction, la date et l’heure de la prise de vue. Ces données seront codées dans un métafichier insécable et indestructible puisque la moindre intervention le détruira inéluctablement. Ce fichier garantira à l’operateur – en plus de la signature digitale – son incontestable paternité.
Magistral moment décisif
Contrairement à ce qui pourrait paraître, Je n’ai jamais établi un plan pour rédiger un texte. Je ne me place devant mon écran d’ordinateur que si des idées se sont déjà présentées. Devant une page blanche, je tape frénétiquement sur le clavier, puis dans un second temps je remédie aux répétitions, je peaufine l’introduction et je fignole la fin. Ce qui explique, en partie, la longueur de mes textes…et leur faible fréquence.Â
Mais aujourd’hui je ferai une exception. Les chapitres suivants sont liés, l’un au suivant, par une attache logique. Ce sont les événements qui ont voulu cela.Â
Qu’est ce qui pourrait relier Cartier Bresson, le dernier appareil photo de la marque Sony, les jeux de Pékin, la pleine Lune et moi ?
Le siècle de Cartier-Bresson
Que de photographes, le sont devenus en rencontrant l’œuvre d’Henri Cartier Bresson ? Il mérite largement le titre de photographe pour photographes. Aujourd’hui, le 22 aout 2008, la fondation qui porte son nom et le monde de la photo auquel il a rendu d’éminents services fêteront le centenaire de sa naissance. En 1947, il fonde l’agence Magnum avec Robert Capa, George Rodger, David « Chim» Seymour et William Vandivert. L’esprit agence naquit avec cette coopérative de photographes. Le respect de la mention complète (nom, agence, date, lieu) et de l’intégrité physique d’une photographie ont été la marque de fabrique de cette agence.
HCB est incontestablement le photographe le plus cité dans les histoires de la photographie, celui auquel on a dédié le plus de monographies, celui qui fut le plus imité. Quand on ne peut nommer qu’un seul dramaturge on cite Shakespeare et si aucun nom de photographes ne vous vient à l’esprit il est rare que celui de Cartier Bresson ne soit pas l’exception.Â
Première photo de Henri Cartier-Bresson/Magnum Photos. Gare Saint Lazare 1932Un moment décisifÂ
Souriez ! Keep smiling ! Cheeeese ! Aya adh’hak ! Chaque pays avait sa formule pour signifier au sujet de présenter un visage jovial à l’objectif. Sony (Les Cyber-shot T2, T70 et T300) est allé au-delà de cela. Il suffit que vous souriiez en face du détecteur, qui porte évidement ce nom, pour que l’appareil se déclenche automatiquement. La captation de ce moment décisif n’est plus l’apanage du photographe ni à la merci de sa dextérité. Non ! Dorénavant l’appareil photo équipé de ce dispositif le fera pour vous. Un senseur en forme de rectangle allongé disposé en bas du viseur – au niveau du visage – attend que la lumière réfléchie de cette zone augmente. Les dents, renvoyant beaucoup plus la lumière que la peau, asservissent ainsi le déclencheur.Â
Les gens de Sony ont-ils oublié qu’il ne suffit pas que les dents soient visibles pour que l’on soit content. D’ailleurs « montrer ses dents » c’est être en colère. Bref cet automatisme le «Smile Shutter» vous permettra d’attraper les moments fugaces, même si vous souffrez de tremblote, de distraction maladive ou d’un manque inné d’attention. Â
Les jeux olympiques de Pékin
Au début du mois de mai, j’ai acquis chez un bouquiniste un livre à propos de la chronophotographie. Cet ouvrage édité sous les auspices du CIO est un petit trésor d’information. Il évoque les manières de chronométrer les épreuves sportives. Une technique photographique au service du sport. Â
Je regarde comme tout le monde les J.O. de Pékin et étant viscéralement anti-violent – peut-être parce que je suis né et j’habite à la rue Gandhi !!! – je préfère les sports sans adversaires mais avec concurrents. Le surpassement de soi n’est-il pas plus sain que le désir de gagner au dépend d’un vis-à -vis ? Tient ! Qui a eu l’idée de désigner la boxe « Noble art » ?
La natation, la gymnastique et surtout l’athlétisme retiennent particulièrement mon attention. L’épreuve reine demeure le 100 mètres. Plusieurs photographes ont, eux aussi, trouvé ce sprint photogénique. D’abord quand on est bien situé on brasse des yeux facilement la totalité du parcours. Le fait de se mettre en face vous donne une vue tout aussi intéressante. Au stade c’est l’unique course plate se déroulant entièrement en ligne droite. En plus le cent mètre ne dure qu’une poignée de secondes et se joue au 100e de secondes…Tout cela est spectaculaire.
“Runners at Millrose Games” de Ralph Morse.1954. The LIFE Picture Collection
Usain Bolt a un centième de seconde de la ligne d’arrivée.Super Ali, Anissa joli cÅ“ur et Système imeD
Ali, coiffeur de son état, est là depuis les premières éditions. Affable, prévoyant…il te tend un café avant même de l’avoir demandé, une poignée de clous d’accrochage alors que les photos n’ont pas encore été encadrées, il est l’archétype du bénévole : il est là avant tout le monde et attend que l’on soit tous rentré pour quitter les lieux. Que ferions-nous sans notre super Mario ?
Elle est venue spécialement de Paris, pour être de la partie et soutenir son cher papa. Anissa Jabeur possède de son père l’art de la négociation, et de sa mère le sourire. Effectivement ces Rencontres sont en quelque sorte une affaire de famille, sinon cela ne marche pas. Anissa venait souvent me voir, et quand elle est à un mètre de moi je n’ai jamais deviné si elle va m’annoncer une bonne nouvelle ou alors l’imminence d’une catastrophe. Chaque manifestation a besoin d’une Anissa pour tempérer, atténuer et sauver une situation soit par un sourire dévastateur ou une diversion très diplomatique.
On lui a confié la responsabilité la plus courte en durée mais la plus difficile. Imed Belhassen s’est occupé de la restauration et du logement.
C’est la seule fois où le resto n’a pas eu de problème d’approvisionnement. Imed prévenait le cuistot : « aujourd’hui nous seront 36 à déjeuner et 41 à dîner », il ne se trompait que rarement et même si le compte n’était pas bon c’est que quelques uns ont mangé pour deux ! Populaire la soupe !
Le soir venu, le voir errer d’un bungalow à l’autre – avec sous le bras matelas et oreillers – essayant de loger tout le monde bien que le temps de sommeil pour la majorité d’entre nous se comptait non pas en heures mais en minutes, me faisait de la peine. Certain jour cela tiendrait du casse-tête d’une souris de laboratoire dans un machiavélique labyrinthe. Il s’en est sorti avec brio.
Astronomes ! À vos yeux
Aucune journée de travail n’était possible sans l’idée que cela finirait les pieds dans l’eau à Sidi Ali el Mekki. Ce moment de repos était nécessaire, après avoir tant discuté, marché, accroché des cadres, tapé sur le clavier, résolu des problèmes. Couché sur le dos – à même le sable – le spectacle, gratuit et d’une rare beauté, s’offrait à qui voulait le voir. Mon neveu, Mohamed Ali, féru d’astronomie, ne trouvait pas ses mots le premier soir. A Tunis ; La Grande Ourse, l’Étoile polaire, Alpha du Centaure étaient bien visibles mais ici à part les stars, les figurants aussi furent invités sur scène. Ils étaient – presque tous là – à se pavaner devant ce fabuleux décor, jouant au funambule sur la Voie Lactée…certaines ont perdu l’équilibre…vite un vÅ“u !!!
Le clair de lune éblouissant dans cette obscurité totale, donnait à la plage un éclairage féerique. Les couleurs n’étaient plus colorées, une agréable sensation de présence des êtres et des choses avait pris leur place. La meilleure preuve de cette impression, c’est la difficulté de se rappeler ces images là , il n’en reste que des émotions. Je me souviens avoir dit – alors que notre astre de la nuit était à son premier quartier : « tant que la photographie ne peut pas restituer cette atmosphère, il y aura toujours des moments à vivre et non à photographier ».
Parler et s’enrichir ou se taire et méditer
Dans ces nuits-là chacun avait son rituel. Certains étaient assoiffés de parler : je fus témoin d’une grande discussion à propos du pluriel de ciel. Ciels ou cieux ? Trente cinq minutes d’échanges d’idées lumineuses…dommage personne n’a pris note.
D’autres ont retroussé leur pantalon, trempant leur corps jusqu’au mollets et se sont dit : « je suis…ici » à l’instar de Hela ou de Hejer. Rabaa prit l’habitude de cheminer en longeant puérilement les premières vagues, Rania regardait l’horizon sans voir ni le ciel ni la mer…l’horizon comme simple ligne, l’horizon comme trait. Aux premières heures de la journée, Natalia noyait sa fatigue dans cette mer paisible, accueillante et régénératrice.
Fatal Erratum
C’est la première fois que l’on me confie la conception du catalogue des Rencontres. Le mois de mai fut intense en échanges – par e-mail – avec d’abord les membres du comité puis avec les photographes. La dernière semaine fut particulièrement chargée au point qu’il fallut communiquer plus rapidement par téléphone portable. Le catalogue fut prêt à temps et dès sa distribution on vint me voir pour les réclamations d’usage, la perfection n’est ni humaine ni de ce monde. Natalia Jaskula fut, de l’avis de tous, celle qui fut la plus lésée. Il aurait fallu bien évidement reconnaître son travail de prospection, de contact, de collecte et de transport des expositions des photographes polonais ainsi que celle de Susana Paiva. Son travail de scénographie – qui a donné aux Rencontres de l’année dernière et de cette année une très haute facture – aurait dû être particulièrement applaudi et noté sur la page de garde de cet ouvrage.
Dans le texte : « Déclarons la photographie d’utilité publique…et le photographe bienfaiteur de l’humanité », il fallait lire « il est temps de reconnaître l’incontournable rôle des commissaires d’exposition » et non « il est temps de reconnaître l’incontrôlable rôle des commissaires d’exposition ».
Autre malencontreuse coquille, dans la double page consacrée à Amine Messadi, un moment d’inattention a fait que dans sa biographie c’est le nom de Karim Maamri qui apparait. Qu’il nous excuse.
Peut-être un caprice de Marianne !
Marianne Catzaras s’est toujours réservé la rédaction du troisième texte de présentation du catalogue. Cette année, dans la précipitation des derniers jours avant le bouclage, Marianne m’envoie son texte par E-mail et oublie de le titrer. Après mes sollicitations, à la limite du harcèlement, elle m’envoie un texto ainsi libellé (je respecte l’exacte graphie) : « peut-être le courrier de marathon ». Avec l’innocence des enfants j’ai cru que tout le contenu du sms était le titre de son texte alors qu’en réalité elle hésitait encore et demandait mon avis !
Des lauriers pour Lilia
Lilia Benzid, membre du comité des Rencontres, n’a pas été présente autant qu’elle l’aurait voulu. Sa fille Salma passait son bac au moment des derniers préparatifs et attendait le résultat alors que les animations avaient commencé. Salma fut reçue avec une exceptionnelle « Mention très bien », et cela valait la peine de sécher les 6e Rencontres pour une aussi noble raison.
Effet Ghar el Melh !
Quant on lit les manchettes des quotidiens ou les Unes des journaux télévisés à propos des guerres qui se préparent, des haines qui se montent et du pseudo choc des cultures, il m’arrive de me demander qu’est ce qui se passe à Ghar el Melh pour que des individus venus de pays et de cultures différents, parlant différemment et ayant des croyances diverse arrivent à ce point à s’entendre ? Parce que – Polonais, Portugais, Libyens, Français, Tunisiens – on s’est d’abord aimé dès les présentations…alors naturellement on s’est compris. Est-ce bien cela l’effet Ghar el Melh ? C’est peut-être le ciel (de Ghar el Melh) qui nous unis, couvre et nous protège qui en est responsable…je l’ai déjà dit dans un texte paru dans le blog : nous sommes minuscules mais nous sommes là pour nous en rendre compte. Notre supériorité se situe dans cette conscience de soi (je plagie Blaise Pascal). Entre la pratique de la photographie, activité tout compte fait égocentrique et focalisante (certain vont me critiquer pour la formulation et le néologisme) et regarder l’immensité du ciel, nous nous sommes remis à notre vraie place.
Amarcord
Gaël Coto se rappelle sûrement la discussion que l’on a eu à -propos du cinéma de Fellini, lui préférant Fellini-Roma, moi Amarcord (io mi riccordo = je me souviens), l’un est l’autre sont une suite de souvenirs, d’anecdotes et d’histoires…avec le temps les uns sont enjolivés d’autres défigurés. Tous ce qui nous arrive depuis leur vécu – jusqu’à leur évocation aujourd’hui – les détient d’une certaine manière. Alors les Rencontres ont-elles étaient telles que je viens de les raconter ? Se sont-elles passées ainsi pour tous ceux qui y étaient présents.
Contrairement aux autres années, je n’ai fait aucune photo d’ambiance, préférant le faire avec mes yeux puis les enregistrant dans mon cœur. Si vous avez des instantanées des Rencontres en fichiers numériques – ou comme moi en fichiers émotions – n’hésitez pas à me les envoyer afin de constituer l’album de cette inoubliable réunion de famille.
Senior
Jacques Pérez, fidèle lecteur me signale l’utilisation inopportune, dans ma dernière chronique, du terme senior. Ce terme n’est pas, bien évidement, utilisé dans le sens de « vieux » mais dans celui de personnalité ayant une grande expérience dans son domaine. En photographie, la pratique soutenue, l’autocritique, l’échange d’idées avec les autres accélèrent le processus de maturation. C’est donc tout à fait normal que cette « sagesse » survienne avec les cheveux blancs. On a assez de recul pour comprendre la vie et donc on est à même de mieux la restituer dans ses œuvres. D’où d’ailleurs le grand nombre d’artistes d’un certain âge ou d’un âge certain (comme l’avait dit Charles Aznavour) qui renient leurs œuvres dites de «jeunesse». N’est ce pas un argument de plus pour justifier l’utilisation du terme senior ?
Jeunesse savait
J’ai eu l’honneur d’être membre du jury du concours organisé par Canon-Tunisie et d’avoir été surpris par le nombre de participants. En une semaine seulement, plus d’une trentaine de jeunes, pas encore des séniors, se sont précipités pour déposer leur photo et attendre avec une anxiété, compréhensible, le jour de la proclamation des résultats. L’équipe de Canon Tunisie, a bien fait les choses, les tirages envoyés ont été encadrés et accrochés dans la galerie Bel’Art, attenante à l’espace commercial. Un cocktail a permis de réunir tous ce beau monde, qui a insufflé de la spontanéité et de la bonne humeur parmi des représentants de la maison Canon en costume et cravate. Espérons que cette première ne sera pas la dernière et que ce challenge Canon de jeune sera reconduit l’année prochaine. Certain de ces photographes seront probablement des seniors bien avant d’avoir atteint la limite d’âge imposée par les organisateurs. Mais on se demande pourquoi les prix annoncés n’ont pas été remis aux lauréats ? En lieu et place des appareils photos numériques promis, ils se sont vus offrir des caméscopes !
Lauréats Canon-Tunis 2008
1e Adel Ben Yacoub (Club Tahar Haddad)
2e Kais Ben Farhat (étudiant à l’Académie d’Art de Carthage)
3e Ahmed Jelassi
Prix d’encouragement : Nesrine Belaïd
La règle du jeu
Un mail bizarre est venu bousculer une ribambelle d’autres, envoyé par des futurs exposants des Rencontres de Ghar El Melh. Comme je l’ai toujours affirmé, cette manifestations est unique en son genre, et tous ceux qui déposent leur dossier savent que Jabeur, Catzaras, Benzid, Belhassen et moi-même sommes à la fois membres du comité d’organisation et exposants potentiels. Personne ne pourra donc nous accuser d’être juge et parti, puisque la règle du jeu est connu d’avance. Le crier après coups c’est faire preuve au mieux d’amnésie au pire de mauvaise foi. Le nombre de plus en plus important de dossiers de candidature démontre que notre réputation ne souffre d’aucune tache.
Le membre d’un comité de sélection, ou d’un jury de concours, est d’abord un être humain, sensible davantage à des tendances, à des styles, à des thèmes plutôt qu’à d’autres. Peut-on le taxer de partialité s’il croit à des concepts précis de la photographie, s’il espère par ces choix offrir au public, pour qui la manifestation s’adresse, une certaine vision du monde, celle qu’il croit la meilleure. Croire le contraire c’est affirmer que tout est art, n’importe quelle œuvre peut mériter l’étiquette de Photographie et qu’il suffit d’accrocher quelques tableaux sur un mur pour mériter le label « Exposition photo ». Lors de la sélection Canon, les noms des auteurs des photos étaient bien visibles et il fallait un grand effort de justice pour donner sa voie à une bonne photo d’un inconnu qu’à celle réalisée par une connaissance. C’est un réflexe humain que de vouloir faire plaisir à quelqu’un mais c’est faire acte de justice que de se montrer loyal. Un jour ou l’autre je me retrouverai, moi ou une de mes œuvres, dans cette même situation à la merci d’un jury et je souhaiterai que justice soi faite.
CritiquePhoto. Version 01a
S’il était possible d’être parfaitement neutre, de connaître tout l’art photographique, de se déshumaniser…alors il y a bien longtemps que l’on aurait délégué cette lourde mission à un scanner, un ordinateur et un logiciel. Imaginez le processus ; on scanne une œuvre, le logiciel « CritiquePhoto. Version 01a » passera celle-ci par un premier test, dit de plagiat. Le logiciel emmagasinant une quantité impressionnante d’œuvres ultérieures, et connecté en permanence à internet, cherchera les points communs entre l’œuvre scannée et les milliards d’autres. Si l’œuvre réussie ce premier teste, elle devra passer par des grilles, de différentes constitutions, afin de juger sa composition et son cadrage, puis un histogramme analysera son contraste et le dosage de sa luminosité. Enfin si l’œuvre a pu parvenir à vaincre tous ces obstacles, un dernier examen dit « de subjectivité » estimera si cette photographie est digne de mériter le nom d’ «œuvre photographique originale». Ce critère, que chaque critique photographe dresse selon ses propres inclinaisons ne sera jamais défini. Cet examen humain, fait que des œuvres rejetées sont par la suite encensées, Atget en est le meilleur exemple passant de l’anonymat à l’adulation. D’autre part qui se rappelle encore de la photographie d’August Sander, d’Eric Salomon, de Maurice Tabard, d’Edwards Curtis ou de Jean Loup Sieff jadis très connus, aujourd’hui ignoré ? Dans quel monde vivons-nous ?
J’ai visité à la galerie Tahar Haddad, ex-écuries de Dar Lasram reconfigurés en espace culturel, et au palais Khereiddine, aujourd’hui majestueux lieu d’exposition, deux manifestations antinomiques. L’une revendique l’universalité de l’homme et l’autre la spécificité de la communauté des arabes d’Amérique Latine. Là idéal d’universalité alors qu’à quelques pas on touche à la ghettoïsation. Dans ces deux expositions des interférences sont venues altérer la bonne vision.
À la Galerie Tahar Haddad, des tissus jetés ça et là , les préparatifs d’un défilé de mode lors du vernissage et un je ne sais quoi d’inhabituel ne m’a pas laissé contempler sereinement les photographies. Encore une fois beaucoup de photos qui se ressemblent et malgré leur dispersion dans ce magnifique espace, la sensation du déjà vu vous laisse perplexe. Des portraits habillés, les mêmes personnages mais à chaque fois un nouvel accoutrement…on dirait les pages d’un magazine de mode sans plus. Appeler cela Universalité c’est affirmer que la djellaba fait l’arabe !
Au Palais Khereiddine, des rosaces imposantes, plus coréennes qu’arabes, ornent, gratuitement, les murs. Ceci est à l’image du catalogue dont la couverture déconcerte par son graphisme fait de modules plastiques. Inviter une quinzaine de photographes, de styles et de compétences différentes, autour d’un sujet, produit une exposition où se côtoie ; images documentaires, photographies artistiques, documents historiques et feuillets d’un album de famille…inclassable fouillis. Aux spectateurs de trouver dans ces somptueuses salles ce qu’ils cherchent. A moins que ce soi le titre – “Exposition photographique” et non “Exposition de photographie” – qui cache les intentions des curateurs. Voir ces deux expositions l’une à la suite de l’autre vous donne l’impression que la photographie ne se suffit pas à elle-même. Il lui faut pour s’accomplir l’apport de la musique, d’une décoration ou d’une certaine ambiance. La photographie, la vraie, est une plénitude du regard, le moindre détail superflu afflige le spectateur d’un inconvenant strabisme.
Pique-nique printanier
Si vous avez manqué la saison photographique en cours, Mach nous invite à un pot pourris des expositions qui ont eu lieu tout le long de l’année avec quelques inédits. Aujourd’hui au Printemps des Arts de la Marsa, tout comme en début de juillet à la seconde édition de l’Exposition Internationale de Photographie organisée par le photographe Zouhair Ben Amor à Yasmine Hammamet (publicité gratuite) (2), on se retrouve devant le même phénomène. Inviter les uns et pas d’autres, alors que l’on expose soi-même ses Å“uvres, n’est-ce pas – pour les mauvaises langues – un flagrant délit de partialité ? La séance de rattrapage à La Marsa est à l’image de cette année particulière ; de rares expositions inoubliables, quelques unes qui se laisse apprécier et certaines que l’on se serait passé de rencontrer de nouveau. La récolte est abondante avec des primeurs juteuses, des fruits qui ont bien mûries mais que d’ivraies. Bientôt il faudrait bien se rencontrer, faire le point, dresser le constat et tirer les conclusions nécessaire sur la situation de la photographie en Tunisie.
(1) Pendulum : film Policier de 1968 réalisé par George Schaeffer, avec George Peppard, Richard Kiley et Jean Seberg. Accusé à tord d’avoir tué son épouse infidèle, un officier de police doit livrer une course contre la montre pour prouver son innocence. Déboires et péripéties pour un homme qui jusqu’alors critiquait certaines lois permettant à un suspect de rester en liberté. La moralité de l’histoire est évidente, on ne comprends l’esprit des lois que lorsqu’on se place aussi bien du coté des juges que des justiciables.
(2) La deuxième édition de l’exposition internationale de photographie de Yasmine Hammamet aura lieu au complexe touristique la Médina du premier au 16 juillet 2008.
Cette année, c’est Adel Megdich qui nous offre sa vision des Rencontres en leur dédiant un visuel de toute beauté. Une affiche qui vous fixe droit dans les yeux.
Regard sensuel ou interrogateur, sombre de profondeur ou clair de sens, visage devant lequel une lentille, lunette ou trou de serrure semble résumer l’acte de photographier. Qui se cache derrière l’autre ? Les photographes-metteurs-en scène en savent quelque chose. On a envie de baptiser les deux personnages que Adel Megdich a imaginés. Elle pourrait s’appeler Melha (sel), pour rappeler le village où elle demeure…grain de sel, un seul pour le goût. Lui ? Akhal (noir) comme poivre, pour donner le ton. Le temps. Sacrés personnages, duo inséparable ; personnification du négatif et du positif en argentique, incarnation du le Zéro et du Un en numérique. Anima-animus, l’envers et l’endroit, le photographe et le spectateur, le jour et la nuit, le bien et le mal, le masculin et le féminin, l’Orient et l’Occident, la lumière et l’obscurité, le tout et le rien…interminable liste d’entités, non pas contraire ou opposé, mais viscéralement complémentaire. Si Shahrâzâd est à la merci de Shâhriyâr, celui-ci mourrait d’ennui sans ses contes…Alors là aussi c’est l’égalité. Melha tient-elle une boule de cristal ? Voyons, voyons photographe ! Moi seul te révélerait de quoi tu es capable ? L’exposition en est l’épreuve de vérité.
L’index levé, mignon clin d’œil aux enfants de Ghar El Melh pour qui le début des Rencontres coïncide avec la fin des classes, affirme la présence plus que jamais nécessaire de la photographie dans un monde de bruts. Il indique aussi que les Rencontres sont un déclencheur engendrant de la photographie.
Malicieuse idée que de suggérer, par la disposition de la date des rencontres, un voyageur, sac sur le dos escaladant un versant. Le voyage et l’évasion seront présent par des paysages de Sibérie ou du désert libyen, des vues souterraines de Paris ou de Mongolie depuis une montgolfière, reportage en équilibriste sur une frontière à Chypre ou entre la cuisine et le séjour d’un appartement à Tunis.
Et que penser alors de ce reptile torsadé ? Anneau ; symbole d’une passionnelle union. Pécher originel, pécher original ? La photographie n’est-elle pas une tentation, une envie, un caprice, un désir, portait de Dorian Gray, comme Narcisse et à la manière de Leonard. Le Portrait, thème majeure de cette sixième édition, est considéré comme étant le sujet le plus difficile de la photographie. Certain s’y sont adonné avec délectation.
Malheureusement les Rencontres ce n’est que quatre jours et autant de soirées, mais ne vous en faites pas les milles et une nuit c’est assurément dans les images… Akhal en arrière plan, semble le chuchoter.
rached_miladi_tunisie has added a photo to the pool:
Le ciel nuageux rend la mer refléter cette couleur verdâtre.
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Petit dejeuner au bord de la mer au café Sidi Bouhdid à Hammamet, un peu froid mais ça vaux la peine d’y aller ![]()
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Petit dejeuner au bord de la mer au café Sidi Bouhdid à Hammamet, un peu froid mais ça vaux la peine d’y aller ![]()
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