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La gestion des conflits expliquée à ma fille


Premier échange (Jenaïna et Hamideddine Bouali)
Photographie Hamideddine Bouali-Mars 1995
Chronique des chroniques
Beaucoup de commentaires et d’interrogations à propos de la dernière chronique mais je n’en retiens qu’un seul : Anonyme a dit… « Bien vu Hamideddine il y a beaucoup d’humanité dans ce que tu écris, je suis d’accord avec toi sur la jouissance morbide du spectacle de la mort dans les télés, et les décomptes de morts qui se font chaque jour, même sur Facebook. Et la question que tu poses à la fin est très importante, alors je te demande : tu dis quoi à tes enfants sur la situation de la Palestine et plus particulièrement à Gaza en ce moment ? ça c’est intéressant parce que je suppose que beaucoup de parents se posent cette question ?? ».


J’ai déjà évoqué dans la dernière chronique le cas de l’affaire de Suez, à travers le livre de Marc Ferro : « Suez 1956, Naissance d’un tiers-monde » paru en 2006. Je disais que les décideurs, eux-mêmes, n’avez pas une vue globale de la situation, alors que dire de ceux qui, à l’époque, suivaient ces événements à travers les articles des journaux, la rumeur populaire et la propagande de la partie adverse ? D’autre part, aujourd’hui, nous connaissons les raisons, le déroulement et le dénouement de la Seconde Guerre Mondiale mais seulement du point de vue des vainqueurs. Après plus d’un demi siècle de recul on se pose la question de savoir si ce sanglant conflit s’est réellement passé ainsi ? Le brouillard du doute est moins dense à mesure que l’on s’en éloigne, et les événements ne deviennent compréhensibles dans leur globalité que lorsqu’ils quittent la Une des journaux pour rejoindre les chapitres des livres d’histoire.
Le sommaire des revues d’histoire font la part belle aux nouvelles lectures des faits, petites anecdotes ou évènements planétaires, dont notre terre fut le théâtre. Ces nouveaux décryptages seront à leur tour mis à contribution dans d’autres dossiers. L’ouverture de nouvelles archives ne donne-t-elle pas souvent lieu à des découvertes sensationnelles ? Ne suffit-il pas, par exemple, de reconsidérer la manière et la raison pour laquelle les Etats-Unis sont entrés en guerre en 1941 pour que toute l’histoire mondiale postérieure s’en trouve périmée et donc dans l’urgence d’être réétudier ? 
Alors bien malin celui qui puisse aujourd’hui, après seulement quelques semaines de la fin de la bataille de Gaza, expliquer son pourquoi et son comment, que dire alors de le faire comprendre à ses enfants
!!!

Comment expliquer la guerre à mes filles ?
Je ne me rappelle pas avoir un jour expliqué un quelconque conflit à mes deux jeunes filles (Fatma 12 et Jenaïna 14 ans). Je crois que le sujet est d’une complexité inextricable. Comment leur exposer avec des termes simples les enjeux économiques, les stratégies militaires, les subtilités de la diplomatie, l’influence des réseaux occultes, le pouvoir des médias, la malignité de la propagande… ? Par contre il est aisé de leur expliciter les rapports humains, la notion de propriété, le sens de la justice, l’objectivité, la neutralité…

La guerre des boutons 
En allant récupérer mes deux filles de la garderie scolaire, il y a de cela cinq ans, je fus confronter à un conflit significatif. En me voyant arriver, Jenaïna courut vers moi pour me débiter un discours incompréhensible puisque étranglé par la colère…

Moi :
« S’il te plait calme-toi et raconte moi ce qui s’est passé »
Jenaïna :
« Papa ! tu dois prendre mon partie »
Moi : « Non ! bien avant cela il faudrait que je sache de quoi il s’agit en me racontant exactement ce qui s’est passé ».
Jenaïna : « Ce garçon, en mettant volontairement son pied sur mon chemin, a failli me précipiter dans l’escalier ».
Moi : « Non ! tu dois me raconter tout, depuis le début ».
Jenaïna : « On a commencé à se chamailler depuis la récrée de 10 heures, puis tout à l’heure après le déjeuner il m’a dis un gros mot, je lui es dis qu’il n’a pas été bien élevé par ses parents. Avant que tu ne sois là de quelques minutes et alors que je passais devant lui, il a mis son pied volontairement pour que je trébuche et tombe dans l’escalier ».
Moi : « Très bien, tu as raconté les faits correctement ce qui est le début de la solution. Ce qui s’est passé est typique d’une dispute. Cela commence avec des faits sans aucune importance, d’ailleurs le point de départ est souvent oublié, mais cela grandit par action/réaction et il est normal que la seconde soit supérieure en violence à la première »
Jenaïna : « Mais moi j’ai seulement parlé, alors que lui, il a agit avec une violence physique »
Moi : « Tu oublies que tu es une fille et lui, un garçon. Depuis toujours les filles réagissent par des paroles et n’en viennent au mains que rarement, alors que les garçons sont plus portés par l’échange de coups de poing ».
Jenaïna : « Mais je suis perdante, puisque c’est lui qui a commis le dernier acte ».
Moi : « Celui qui ne réagit pas à une action violente n’est pas forcément le plus faible des deux, cela démontre au contraire qu’il possède la force de se maîtriser…et cela n’est pas à la portée de n’importe qui !!! ».
Jenaïna : « Mais papa les autres parents, ne se comportent pas ainsi, ils soutiennent d’une manière inconditionnelle leur progéniture et parfois je suis victime de leur subjectivité ».
Moi : « Effectivement je ne suis pas comme la majorité des parents et c’est à toi de choisir aussi si tu veux être comme tous les autres enfants; hypersensible à la moindre provocation et te voir emmener dans une escalade qui te fait oublier que cette dépense d’énergie ne valait pas la peine d’être perdue, ou bien d’être maîtresse de tes actes et de survoler les détails sans importance pour ne te concentrer que sur ce qui vaut la peine d’être vécu ».
Sur ces mots nous étions arrivés chez-nous…Depuis, Jenaïna a inévitablement été en situation de conflit, elle s’en sort seule et apparement sans trop de mal.

Ne trouvez-vous pas que ce mini conflit, qui à l’échelle des enfants est vital, est presque en tout point semblable aux guerres que mènent des pays ? Toutes proportions gardées, ne s’agit-il pas presque toujours d’un alibi, de part ou d’autre, pour que l’infernal mécanisme de l’escalade se mette en branle ? L’origine qui est sans commune mesure avec l’énergie dépensée par la suite, l’inégalité des armes conduit inéluctablement à un déséquilibre des pertes, la propagande dans la présentation des faits…tout y est.

Je ne veux pas jouer au moralisateur, mais depuis un certain temps je médite à propos du progrès de l’humanité. Toutes les facettes de la vie ont évolué ; la mode vestimentaire, les moyens de communications et de transports, la relation parents/enfants, les méthodes de l’enseignement, notre relation avec la nature, la pratique des loisirs…Cela a permis au genre humain, en deux siècles, de beaucoup mieux être. Mais pour gérer les conflits, nous n’avons pas progressé et dans certains cas nous avons même régressé. Aujourd’hui nous nous faisons la guerre avec autant de hargne, de violence et jusqu’au-boutisme que les peuples barbares des temps obscures. 

De l’expo du « World Press Photo » à celle « A l’épreuve du Monde »
Il fallait de l’audace pour illustrer les 20 articles de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme par des photographies. Cette exposition qui se tient actuellement dans les jardins de la médiathèque Charles de Gaulle de Tunis a été réalisé par le Ministère Français des Affaires étrangères et européennes, La Mission de coordination pour les droits de l’Homme et les photographes de l’Agence VII, James Natchwey, Alexandra Boulat et John Stanmeyer. 
Une initiative à applaudir d’une seule main car cette didactique exposition aurait du être accrochée à l’extérieur d’autant plus que le support (en vinyle) à été conçu dans ce sens…dommage que seuls les abonnés de la médiathèque ont en profité. 
Au même moment se tenait pour la seconde année consécutive l’exposition des photographies lauréates du World Press
Photo à l’initiative de l’ambassade de Hollande en Tunisie et surtout de Mahmoud Chelbi, qu’on ne remerciera jamais assez de tenir un rôle de premier ordre dans le paysage photographique local. J’ai déjà évoqué à plusieurs reprises la cuvée 2007 (*) de ce challenge, je ne vais pas revenir sur le sujet. 

Les photographes passent, les sujets restent !!!
Visiter, le même jour, les deux expositions l’une à la suite de l’autre vous incite à penser que les articles de la Déclarations Universelles des Droits de l’Homme auront pu, tout aussi bien, être illustrés par quelques photographies du WWP 2007. La photo de presse, tout compte fait, est une preuve que l’on nous dresse en face des yeux : après 60 ans de sa ratification par 140 pays, la déclaration demeure lettre morte. Guerres meurtrières, tortures physiques et mentales, persécution des minorités et des individus hors-norme, dégradation inconsidérées de l’environnement, sadiques massacres d’espèces protégées…je ne suis pas pessimiste, mais je suis sûre que l’année prochaine d’autres photographies seront primées au WWP néanmoins elles porteront sur ces mêmes sujets !!! 

 Hamideddine Bouali
7 février 2009


(*) Lire les chroniques suivantes sur ce même blog
Et si j’étais membre du Jury du World Press Photo ?! Mercredi 30 janvier 2008
Dernière minute : Annonce du World Press Photo 2007. Vendredi 8 février 2008
Chronique II : …du temps qui passe. Mardi 12 février 2008
Chronique III : Ai-je eu raison d’avoir voulu en savoir davantage ? Vendredi 15 février 2008

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« En route vers les jardins du paradis »

J’écris cette chronique le 1er janvier 2009 et l’horloge de mon PC indique 3h’45 du matin. La fête est finie, la trêve aussi, la vie reprend ses droits avec ses larmes et ses rires. On oublie souvent qu’il n y a pas de bonheur sans tristesse…sinon comment le savoir qu’on est heureux !!! (Cette citation est de moi). Mais il est fort possible qu’il est une quiétude sans animosité et celui qui a dit : “Si vis pacem, para bellum”, (si tu veux la paix, prépare la guerre) est sûrement soudoyé par des marchands d’armes !!! 
Certains m’ont voulu d’avoir écrit la dernière chronique. Mais que croyaient-ils ? Que je ne voulais pas protester. L’unique manière efficace de le faire est, à mon avis, de travailler davantage, sauf bien évidemment pour les ouvriers des usines d’armement qui, eux, devraient non pas faire grève mais chercher un autre boulot. 
Oui je proteste…La preuve ! Je suis à ma troisième chronique en l’espace d’une semaine alors que la moyenne était d’une publication par quinzaine. Faites-en de même et vous verrez que votre rage, votre douleur et votre envie de crier seront canalisées et surtout utiles. J’ai écrit d’un seul trait ma chronique à propos de Gaza, dans un accès de colère en ne faisant pas attention au style…en me lisant tout de suite après j’ai éclaté en sanglots.
Ce jour-là, le record des connectés par jour fut atteint (83).Plusieurs d’entres-vous m’ont appelé pour me dire comment et combien ils ont été touchés à leur tour par ce texte et par la remise en liberté, même si cela n’est que symbolique de la Palestine, par le biais de ma photographie que j’ai déposée dans le domaine public. Il aurait fallu attendre 25 ans après ma mort pour qu’elle le soit. Beaucoup l’ont téléchargée pour la mettre en fond d’écran de leur ordinateur d’autres l’ont compressée pour l’envoyer par sms à leurs amis…merci de contribuer à l’émancipation de cette photographie. Un ami, fou d’oiseaux dont le pseudo est Chardono-Tunis, et qui tient un forum, indique dans son forum où la photo en question – intitulée Palestine ! – pourrait être vue et téléchargée. Je lui rends la pareille. Si vous voulez tout connaitre à propos du chardonneret – qui pourrait être ce petit oiseau qui sort de l’objectif seulement en présence d’enfants remuants – allez sur le site : http://chant-chardonneret.activebb.net.

Jacques Pochart, fidèle lecteur de Belgique, réagit à la chronique intitulée : « Il n y a pas de mains pour me caresser le visage » par ces mots : « Vous êtes un vrai magicien…….je suis abonné au web depuis des années, la photo me passionne…et ce n’est qu’aujourd’hui et grâce au magicien Bouali que je suis allé visiter la toile pour y faire plus ample connaissance avec Giacomelli, merci mille fois pour cette invitation muette. Quelle découverte, quel homme, quelle simplicité, quelle poésie, quel amour du prochain et de l’humanité…Merci aussi pour votre chronique familiale qui chaque fois nous oblige à plonger dans nos propres souvenirs et à faire le tour de notre propre famille et des relations et des souvenirs…». 
Je continu à vous faire partager les photographies qui ont influencé ma pratique…mon seul mérite est de ne pas les avoir oublié.

Eugene Smith (1918-1978)
Photographe de guerre ayant porté la profession à un niveau de conscience et d’éthique sans précédent, Eugene Smith pratiquait la photographie beaucoup plus qu’une mission, un véritable sacerdoce. Son père qui s’est suicidé après avoir fait faillite fut scandaleusement évoqué dans la presse, Eugene se fit la promesse qu’il fera du métier de photographe une profession propre. Sévèrement blessé à Okinawa le 22 mai 1945 par un tir de mortier qui lui déchira la joue et la bouche, il gardera des séquelles à la main gauche. Encore convalescent, Eugene Smith s’empare de son appareil photo et s’en va dans le jardin de l’hôpital – là où il se fait soigner – pour réaliser cette simple et magnifique image. Sa démobilisation fut salutaire. Il abandonna la photographie de guerre pour se consacrer à la photographie humanitaire. Une photographie militante, mise au profit des laissés pour comptes, des victimes et des missionnaires, avec comme forme l’essai photographique; un genre qu’il a inventé. La vie d’un médecin de compagne, le quotidien d’une sage femme, la mission du Dr Schweitzer en Afrique sont avec Minimita (que nous évoqueront bientôt) ses plus célèbres témoignages. 
«A Walk to Paradise Garden» (En route vers les jardins du paradis). PHOTO Eugene Smith 1946
Il est difficile de ne pas sentir l’effet tunnel de lumière auquel font allusion tous ceux qui ont failli passer de vie à trépas en revenant avant le point de non-retour en regardant « A Walk to Paradise Garden » (En route vers les jardins du paradis). Il parait que l’on se sent attiré par une lumière aveuglante et une sensation de plénitude – jamais ressentie auparavant- vous envahit. Ce couloir, dernier chemin de vie et d’où on commencerait à entrevoir l’au-delà n’est qu’une hallucination due au profond état d’inconscience atteint. Il me semble qu’au moment où la vie finit, on ne se sentirait pas dans un corridor mais dans un toboggan…et il n’est plus, bien évidemment, question de revenir en arrière, la volonté étant défaillante. 

Cette photo pourrait être aussi considérée comme une allégorie du début de la vie. N’avons-nous pas là une incarnation d’Adam et Ève se baladant dans le jardin d’éden ? Ou découvrant pour la première fois la féerie de l’ici-bas ? Quand on sait que ces deux enfants sont les siens, on comprend mieux l’état d’âme du photographe. N’est ce pas à travers notre progéniture que l’on réussit à vaincre notre phobie de la mort ? C’est la seule explication possible, bien que déraisonnable, qu’en temps de guerre ou lors des grands fléaux l’on enregistre le taux de natalité le plus élevé.  
Il est fort probable qu’Eugene Smith a mis totalement en scène cette photographie, cela n’empêche qu’il nous offre une illustration définitive de la vie ; son incomparable beauté et son inestimable valeur. La trouée, semblable à un arc du triomphe, d’où passent les deux enfants, leur taille relative – le garçon un peu plus grand que la fillette- ainsi que leur démarche déterminée donnent une impression de majesté mais aussi de stabilité. 
Avec deux enfants, un jardin et un immense et profond amour de la vie, Eugene Smith a tout résumé. 

Cette photo connote que chaque instant pourrait être le dernier vécu…mais aussi que ce monde où nous vivons est fabuleux, malgré tout. Il y a encore tant de gens à connaître, de choses à voir et de moments à vivre comme si nous étions des nouveau-nés. A Walk to Paradise Garden » n’est-ce pas où nous étions avant d’être là et là où nous espérons (pour ceux qui croient) y aller quand tout sera fini ? 
Voyager I, la sonde envoyée il y a une trentaine d’année à la rencontre d’éventuelles civilisations extraterrestres, emporta le meilleur de l’humanité ; des symphonies, des textes littéraires, des photos de paysages terrestres, des portraits, des sons gravés sur un cd-rom, 110 images et 1h30 d’enregistrements analogiques. “A Walk to Paradise Garden” aurait pu très bien illustrer la pochette : car cette photographie est à la fois une admirable invitation à visiter la terre mais aussi une preuve du génie de ses habitants.

Ce texte est dédié aux enfants de Gaza qui nous ont quitté trop vite…privés de connaitre – davantage – cette terre qui ne manque pas d’attraits.


Hamideddine Bouali
6 janvier 2009
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Le surmoi de la Photo !!!
Autoportrait pendant la traversée Tunis-Marseille. le 29 Octobre 2008. Powershot de Canon


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Pourquoi un blog ?
Certains d’entres nous, en tous cas les plus chanceux, disposent d’une conscience incarnée dans une personne à qui ils vouent une totale confiance et un profond respect. Cette âme-sÅ“ur vous chuchote à l’oreille – avec un réel désintéressement – des vérités aveuglantes, des conseils en or massif et quelques fois des interrogations faussement candides.
Il y a quelques jours lors d’un déjeuner dans un restaurant – qui porte bien son nom – en compagnie de mon alter égo il s’en suivit cet échange :

-Pourquoi tu écris dans ton blog ?

-Je ne sais pas…Je ne me suis jamais posé la question !

-Tu trouves que cela intéresse les gens de te savoir – par exemple – parti en voyage ? ou de leur livrer des épisodes de ta vie privée ?

-Le compteur du blog enregistre à chaque texte publié des centaines d’internautes connectés !!!

Et alors !

-Je pense que celui qui possède un moyen d’expression (photo, peinture, théâtre, cinéma, littérature…) ne peut faire la différence entre sa vie publique et sa vie privée. Un enseignant, un plombier ou un pilote de ligne ne le sont que lors de l’exercice de leur fonction, mais un cinéaste, un poète ou un dramaturge le sont toujours. D’ailleurs a-t-on vu un comédien ou un écrivain à la retraire ? L’œuvre de Picasso (excusez du peu) ne fut-elle pas subdivisée en périodes de couleurs ? Mais aussi selon la compagne qu’il fréquentait !

-Oui je te le concède, mais toi, ton moyen d’expression original ce n’est pas la littérature, c’est la photo et l’écriture cela t’avait servi pour communiquer ta critique, en tous cas ce que tu penses, à propos de la photographie. De là tu t’es trouvé en train d’évoquer des souvenirs d’enfance !!!

-Quand je recommencerai à faire de la photo il se peut que j’écrirai moins…

Puis nous avons repris la dégustation de ce que nous avions commandé.

Distance et Proximité…avec le Mois de la Photo
La 15e édition du Mois de la Photo de Paris se déroule actuellement jusqu’au 30 novembre 2008 et propose – parmi 90 expositions et une centaine en off – les Å“uvres de l’Ecole de Düsseldorf. L’Institut Goethe qui fête ses cinquante années d’activité en Tunisie nous en propose un volet.
Cet après-midi du samedi 8 novembre, j’étais seul dans l’immense et majestueux rez-de-chaussée du Palais Kheireddine qui fut à deux reprises le cÅ“ur des deux éditions du Mois de la Photo de Tunis. Jusqu’au 6 décembre 2008 on peut voir une exposition photo – du couple Becher et de quelques uns de leurs élèves – qui fera date. Notez bien que la locution « faire date » n’est pas un superlatif ! Oui ! Toujours mes manière tordues de signifier les choses…je n’y peux rien, c’est à prendre ou à l’essai (en français dans le texte…à lire et pas à écouter).

Le mardi 22 juillet 2008 dans la vingt-sixième Chronique intitulée « Chère photographie » je disais : « A la question de savoir quelle est la plus haute cote atteinte par une photographie dans une vente aux enchères, la majorité donnera sa langue au chat. Si le montant de la transaction n’est pas très important à connaitre, il en est autrement de son auteur et surtout de son contenu.
Vous vous rendez compte dépenser 3 346,456 de $ (presque 6 milliards de millimes) ! Pour une œuvre qui n’a nécessité que l’action d’un petit doigt sur un minuscule bouton ! ». Après mes classiques élucubration je concluais mon article par : « Le nom d’Andreas Gursky vous dit-il quelque chose ? Sincèrement avant de commencer à chercher les éléments pour rédiger cet article, j’ignorai totalement ce monsieur, heureux élu et signataire de la plus chère photographie…jusqu’à maintenant. Sa photographie fut réalisée dans un super marché !».

Si vous êtes curieux de voir d’autres œuvres de Gursky – mais pas la photo intitulée « 99 cent » qui detient le record – allez visiter l’exposition du Palais Kheireddine. Vous allez vous rendre compte que ce n’est ni les Nymphéas ni Ronde de nuit ! Non ce n’est pas le sempiternelle complexe des photographes par rapport aux peintres qui se manifeste ici (l’en deçà de Freud), mais tout simplement une réaction tout à fait compréhensible à propos de la surcote, ou surestimation, de quelques photographies par rapport à l’humiliante dévalorisation de tant d’autres ! Le marché de la photographie demeure frileux et incohérent.

Perfection technique Vs. sens artistique
Les photos de Gurski sont à n’en point douter intéressantes, d’immense tirages où ni la granulation, ni les pixels ou de traces de trainée d’encre d’une imprimante matricielle ne vient stopper la vue. Vous êtes dans la réalité toute crue. A dire que la directrice des lieux avait permis le sacrilège de perforer les murs pour qu’il nous soit donné à voir un extérieur ; hall de gare, quai de port ou anonyme espace de restauration quelque part en Allemagne. Même si Gurski maitrise à la perfection la technique photographique celle-ci reste tributaire d’un discours sans qu’il soit nécessaire d’être porteur d’un message. Oui effectivement, je reste sur ce point assez rigide car quelle différence pourrait-il y avoir entre une image de Gurski et une autre réalisée par un novice, dans le même lieu, depuis le même angle, même si elle manque de définition ? La photographie ne peut se réduire à une performance technique dénuée d’« humanité ».

Dans le texte traduit du très beau catalogue de l’exposition on peut lire à propos des photos de Gurski : « La perspective rappelle celle qu’utilisaient les peintres hollandais du 17e siècle. Mais l’horizon est obstrué : le regard est ample, puis brusquement arrêté, comme sur la photo (intitulée) « Gêne », où bateaux et containers bouchent l’horizon. Le regard se fixe alors sur les innombrables voitures des voyageurs ». J’ai envie de dire : « et alors » !!! Combien de photographies possèdent le même schéma que « Gêne » ? Des milliers mais malheureusement elles ne sont pas signées Gruski.

Une archéologie du temps
Gurski fut le disciple du couple Becher, Bernd et Hilla, dont on peut voir les Å“uvres à la même manifestation. Leurs photos sont d’une toute autre nature. Elles sont dans toutes les anthologies et les dictionnaires et pas un historien ne pense rédiger l’histoire de la photo contemporaine sans les aborder. Ils furent maintes fois copiés, suivis, plagiés…leurs prises de vues frontales, avec une précision chirurgicale, dans un noir et blanc d’une grande pureté, avaient fait école. Que de photographes ont capté des stations-services aux États-Unis, des épiceries en Tunisie, des jardins ou des fontaines à Paris furent sous leurs influences directes pour ne pas dire sous leur emprise. Il y va même de portraitistes qui ont calqué leur manière de procéder ainsi que des paysagistes réputés. Les Becher, précédés de peu par August Sander et son “Antlitz der Zeit” (Face au temps), ont inventé la photographie systématique.

Dans un monde voué à deux fléaux imparables : la mondialisation qui gomme les différences et la disparition de paysages longtemps inchangés (urbanistiques, naturels ou industriels), la topologie permet d’abord de rendre compte d’une façon documentaire, loin du sentimentalisme, puis de conserver l’image de l’état du monde à un moment donné. La photographie demeure pour ces deux rôles le seul outil à notre disposition.
Précieux fossiles à conserver jalousement, c’est donc pour des raisons purement anthologiques que cette exposition fera date dans le calendrier des expositions visibles en Tunisie. Aimer ces photographies ou ne pas les apprécier est vraiment secondaire.

Bienvenue au club
Comme je l’ai noté plus haut, les cinq photographes qui exposent au palais Kheireddine sont tous disciples du couple Bernd et Hilla Becher. N’y voyez aucune allusion si je vous annonce que L’Académie d’Art de Carthage située à quelques pas du parc du Belvédère inaugure une nouvelle formule de club photo. Aujourd’hui il n’est plus opportun de procéder comme ce fut le cas dans les années 80. Le temps de l’animateur et des adhérents de la vieille école est révolu.
La nouvelle formule se veut un échange d’idées, de connaissances et d’expériences au sein d’un groupe dont l’objectif est l’acquisition d’un savoir photographique multidisciplinaire. On traitera de la technique, de l’histoire, de la théorie et la critique. Ensemble on ira visiter des expositions, on réalisera des reportages, on se conseillera pour participer à des concours, on se soutiendra pour monter une exposition, on échangera des documents techniques…le club est ouvert à toutes les propositions que le groupe jugera ensemble susceptibles de donner, ou non, un bonus à cette activité.

Le club sera conseillé par Rania, Imed, Karim et moi-même. C’est un club self service !!! Au lieu de devoir imposer un rythme de progression à l’ensemble des adhérents, il sera question ici d’une formation sur mesure. Le surmoi de chacun sera sauf !!!


L’inscription vous donne droit à :

L’utilisation d’un poste Mac avec écran large
L’utilisation d’un studio de prise de vue équipé

Et le conseil de connaisseurs en :

Logiciels graphiques (Photoshop, Corel Photopaint…)
Photographie numérique (prise en main et utilisation des appareils photo)
Lecture et analyse de photographie et commissariat d’exposition
Prise de vue en intérieur et en extérieur.

Adresse : 16 rue Tejfine par l’Avenue des États-Unis d’Amérique

A partir du samedi 15 novembre 2008
Horaires : samedi de 10h à 18h
Frais d’inscription : 5 Dt
Frais mensuel : 30 Dt Pour plus d’infos contactez Karim : 20516423 ou Hamideddine : 99 590 578

Hamideddine Bouali
10 novembre 2008

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