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En marge de l’exposition "DEGAGE" Ã la galerie Itinerrance jusqu’au 30 avril 2011.
Artocratie où quand l’art veut prendre le pouvoir
Dans le site de l’artiste JR (2) on peut lire en guise de carte de visite : « JR possède la plus grande galerie d’art au monde. Il expose librement dans les rues du monde entier, attirant ainsi l’attention de ceux qui ne fréquentent pas les musées habituellement. Son travail mêle l’art et l’action et traite d’engagement, de liberté, d’identité et de limite ».
On sait que la photographie souffre d’une relative faiblesse, celle de son manque de spectaculaire. Une photographie est faite pour être regardée dans une galerie d’exposition ou dans un livre, elle nous accule alors à la passivité, au calme et à la rétrospection. Conscient de cela, JR a développé, que ce soit à Paris, en Amérique Latine ou en Palestine, des idées nouvelles, « fouettées », audacieuses qui déplacent et reconfigurent l’acte d’exposer. Au lieu d’être l’aboutissement d’un travail d’artiste, elle devient la clé de démarrage mettant en branle un processus dynamique, dont on ne contrôle plus les ressorts.
Ceux qui ont mon âge se rappellent le feuilleton Dallas et forcément du méchant le plus détestable jamais créé dans une fiction. JR Ewing fils aîné d’une famille de milliardaires texans possédant puits de pétrole et biens immobiliers, qui s’ingénie à torturer tous les membres de sa famille. L’acteur Larry Hagman, qui joua le rôle de JR, était si bon acteur que l’on tenta de l’assassiner !
Intentions artistiques
Le projet de JR intitulé « Artocratie » est argumenté en ces termes : « Les évènements qui ont secoué la Tunisie début 2011 expriment un profond désir de changement de la part de la population tunisienne. Depuis cinquante ans, les portraits affichés dans les rues étaient ceux du président (Bourguiba, puis Ben Ali). Depuis cinquante ans, les villes les plus importantes étaient la capitale, et la ville d’origine du président. Depuis cinquante ans, la population avait peur du Ministère de l’Intérieur, endroit duquel on ne savait jamais si on allait sortir. Aujourd’hui, les Tunisiens veulent recouvrir le Ministère de l’Intérieur avec des portraits de citoyens de toute la Tunisie. Le peuple reprend le contrôle de son destin, la parole, et le droit à son image. La révolution tunisienne a pris de l’ampleur grâce aux milliers de photos transmises et partagées sur Internet et les réseaux sociaux, ce qui souligne plus que jamais l’importance des images. Artocratie offre à tous les Tunisiens une manière originale d’afficher leur désir de changement, par le biais de l’art contemporain, et invite toutes les composantes de la population à formuler cette volonté de renouveau, en répondant à une question simple sur leur avenir. Cette question n’est pas politique mais plutôt personnelle. Par exemple, « qu’est-ce que tu désires pour tes enfants ? », «qu’est-ce que tu aimerais que les gens pensent de toi ? », « comment imagines-tu ton pays en 2030 ? », «comment tu définis la liberté ? », « qu’est-ce qui te rend heureux ? ».
Formulé ainsi le projet est alléchant, ambitieux et prometteur. L’audace du projet se situe à plusieurs niveaux, et surtout par le choix de la date : maintenant alors que la Tunisie n’est pas encore complètement stabilisée. On signale encore quelques scènes de rue échappant, pendant un temps plus ou moins long à tout contrôle, des manifestations à caractères politiques et surtout un comportement incohérent ; voitures mal garées ou roulant à contre sens, étalages sauvages sur la voie publique, affichage et tag sur les murs d’enceinte d’institutions officielles. Il me semble que tout cela avait été pris en compte par l’équipe de JR et considéré comme étant un tremplin pour la réussite du projet.
Les faits
L’équipe de collage d’Aristocratie a entrepris, aux premières heures de la journée du 18 mars 2011, de placarder sur Bab Bhar (la Porte de France) des portraits géants de personnes qui ne sont pas connues du grand public. Les passants ; enfants, jeunes et adultes, ont, sans violence ni précipitation décollé toutes les images. A 8h07 rien ne restait de ce qui a été collé, les fichiers-images numériques ont cet avantage de contenir ce détail qui s’avère utile pour ce cas de figure qui s’apparente à un procès-verbal. La veille, au Kram, le même phénomène a été constaté mais avec une certaine violence verbale, et ce, malgré les explications de l’équipe de collage encore sur les lieux.
Réactions
J’ai publié un album-reportage intitulé « Artonyme »(3), à propos de ce qui s’est passé, qui a été abondamment commenté, ce qui est déjà un signe de bonne santé, une démonstration de la réactivité des internautes. Parmi des dizaines de réflexions de toutes natures(4) je retiendrais un échange qui me semble emblématique :
Youssef El Behi : « Pour quelle raison ont-ils enlevé les portraits ? »
Marimen Mimi : « Pour quelle raison les ont-ils mis ? »
Ces deux commentaires m’ont éclairé davantage sur les raisons profondes du projet de JR, qui me semble axé sur l’interrogation, le questionnement, il est à l’opposé de ce qui était courant de voir ou de lire dans la rue. On n’a longtemps rencontré que des affirmations que personne ne pouvait remettre en question ; des images géantes des présidents, des affiches de spectacles et des banderoles à caractères politiques…ces placardages étaient des réponses aux questions : Qui est le président ? Où et quant aura lieu tel spectacle ? Qui commande le pays et avec quels credos déclarés ? Aujourd’hui le tunisien ne veut plus de réponses tombés du ciel ! Il veut que tout passe par lui, aussi bien les interrogations que les réponses.
Concordia civium murus urbium (**)
La rue est devenus depuis janvier une propriété privée de chaque Tunisien, une dépendance de leur maison…La Révolution est née et s’est développée non pas dans les locaux des partis, ni dans les salles de réunions des syndicats, ni depuis les bureaux d’exilés à l’étranger mais sur l’asphalte des artères de Tunisie – citons Kasserine, Thala, Sidi Bouzid et Tunis – encore tachés de sangs et sentant le lacrymogène. Pas un jour ne passe sans qu’il y ait une manifestation, pour la laïcité, contre un gouvernement ou pour « dégager » un ambassadeur ; revendications et protestations ne se sont pas interrompues. Le degré le plus élevé de la manifestation est le Sit-in, et la Place du Gouvernement à la Kasbah en a vu deux d’une ampleur populaire impressionnante et d’une efficacité redoutable au point que les demandes ont été, dans leur principe, toutes écoutées et mises en application. Si on ajoute à cela le fait que les Tunisiens ont été appelés à la mi-janvier pour suppléer aux forces de l’ordre, afin de garder leur famille et leurs biens pendant le jour comme de nuit et ce, au péril de leur vie et pendant le couvre-feu, on peut alors comprendre avec quelle force ils considèrent que la rue, qu’ils ont occupée puis défendue, deviennent si importante à « posséder ». Cette légitimité est, aujourd’hui, encore d’actualité… chaque Tunisien semble dire « touche pas à ma rue ».
Une idée aussi à creuser serait celle de la perception des images dans une société arabo-musulmane. Les images brutes, sans légende et sans titre, sont d’une force inouïe. Promenons-nous à Tunis, ou ailleurs, les affiches de spectacles, les « Unes » des journaux et les réclames publicitaires sont toujours accompagnées par de la littérature. Les seules photos muettes sont celles des dictateurs. Elles jouent sur la persistance rétinienne, le matraquage et le gigantisme. Pas besoin de savoir lire pour les assimiler, les bébés comprendront aussi. Dans les dictatures, l’apologie d’un individu, le culte d’une personnalité est arrivé à un point tel qu’il est semblable à de l’adoration commandée. Les photos géantes de personnes sont donc de triste mémoire…Il est encore trop tôt pour en accepter de nouvelles, même si les intentions sont différentes et manifestement louables. Témoin de ce qui s’est passé, je peux sans trop me tromper, juger que les protagonistes ont sans violence, ni écart de langage, avec minutie et concentration décollé toutes ces images. Aucun n’a essayé de se dérober à mes prises de vues. L’effort dépensé a été fait comme un geste citoyen, révolutionnaire, et donc sûrement, à leurs yeux, valorisant, à l’opposé même d’un acte de vandalisme ou de détérioration de biens publics. La présence de médias, une équipe télé et moi-même, a sans aucun doute, non pas encouragé les hésitants, mais permis une théâtralité des gestes !
Depuis le 14 janvier 2011, le Tunisien est conscient que l’histoire se fera avec l’actualité de son quotidien. Une question fréquemment posées ces derniers temps est : « Mais où étiez-vous le 14 janvier ? ». Elle sous-entend que l’interrogateur était devant le Ministère de l’Intérieur. Cette concentration inhabituelle d’évènements a déclenché une course à la figuration, chacun voudrait être là où l’Histoire se fait. Et l’Histoire se fait en présence des Médias.
Le Tunisien qui fut ignoré par les médias locaux, lesquels étaient soumis à une pression monstre par l’ancien régime, a pris le contrôle de sa part de l’opinion public, il est conscient, pour la première fois, que sa voix fait partie réellement de la « Vox populi ». Dans plusieurs micros-trottoirs certains Tunisien justifient leur mécontentement par le fait qu’ils n’ont pas été consultés préalablement avant la nomination d’un responsable ou la prise d’une décision. Le tunisien est conscient qu’il est le un dix-millionième des tunisiens et qu’il compte beaucoup plus dans la totalité des habitants qu’une autre personne habitant un pays plus peuplé. Les prochaines élections verront un taux de participation incroyablement élevé.
Aujourd’hui, après que l’on ait choisi pour eux, voté à leur place, forcé à applaudir, le Tunisien refuse le consensus, ne veut pas entendre parler de majorité, qui sent le coup monté, ce qui le pousse par réflexe à dire « Non », parfois bien avant d’avoir eu connaissance des détails. Des centaines de responsables fraîchement nommés ont été chassés de leur bureau, des politiques ont été, eux aussi, accueillis par le mot « dégage ». Le « Non » en attendant d’y voir plus clairs semble préférable au « Oui » ouvrant la porte à tous les excès. Le peuple n’acceptant plus un acte imposé, aussi esthétique soit-il, il ne veut plus que l’on l’invite à regarder seulement, il veut prendre part, il veut voter, il veut choisir, il veut décider, ce comportement est tout à fait compréhensible après qu’il fut, pendant un demi siècle, ignoré et écarté de la vie publique !
Le projet aurait pu se dérouler autrement si les photos avaient été accrochées plus haut. Elles seraient encore là , mais je n’aurais pas pu effectuer un reportage particulier, il n’y aurait pas eu ce flot important de commentaires sur Facebook, ni l’analyse pertinente d’Adeline Chenon Ramlat(5) ni celle-ci. Nous aurions surtout manqué d’assister à l’affirmation de l’appartenance, de la citoyenneté et du « Moi révolutionnaire » d’une trentaine d’individus, sortis des dédales de la Médina et repartis dans le labyrinthe de la ville moderne, sans avoir signé leur œuvre.
JR de Dallas et JR de Tunis ont une seule chose en commun, l’un comme l’autre suscite un vif débat. Dans les fictions, il est toujours plus aisé de jouer le « Gentil », généralement ennuyeux et fade que les « Méchant », baroque et imprévisible…
…Aujourd’hui les scénaristes trouvent que cette division manichéenne entre méchant/gentil, qui fait très conte de fée, est dépassée. Ils ont donc inventé un nouveau profil de personnage : ce sont les « bons méchants » et encore une fois ils ont visé juste à l’instar du succès planétaire du « Dr House ». Ce médecin réussi par des méthodes déplaisantes, pénibles pour les patients autant que pour leur famille, à guérir les cas les plus complexes.
(*) « La voix du peuple est la voix de Dieu »
(**) « La concorde entre les citoyens, voilà la muraille des villes »
Artocratie où quand l’art veut prendre le pouvoir
Dans le site de l’artiste JR (2) on peut lire en guise de carte de visite : « JR possède la plus grande galerie d’art au monde. Il expose librement dans les rues du monde entier, attirant ainsi l’attention de ceux qui ne fréquentent pas les musées habituellement. Son travail mêle l’art et l’action et traite d’engagement, de liberté, d’identité et de limite ».
On sait que la photographie souffre d’une relative faiblesse, celle de son manque de spectaculaire. Une photographie est faite pour être regardée dans une galerie d’exposition ou dans un livre, elle nous accule alors à la passivité, au calme et à la rétrospection. Conscient de cela, JR a développé, que ce soit à Paris, en Amérique Latine ou en Palestine, des idées nouvelles, « fouettées », audacieuses qui déplacent et reconfigurent l’acte d’exposer. Au lieu d’être l’aboutissement d’un travail d’artiste, elle devient la clé de démarrage mettant en branle un processus dynamique, dont on ne contrôle plus les ressorts.
Ceux qui ont mon âge se rappellent le feuilleton Dallas et forcément du méchant le plus détestable jamais créé dans une fiction. JR Ewing fils aîné d’une famille de milliardaires texans possédant puits de pétrole et biens immobiliers, qui s’ingénie à torturer tous les membres de sa famille. L’acteur Larry Hagman, qui joua le rôle de JR, était si bon acteur que l’on tenta de l’assassiner !
Intentions artistiques
Le projet de JR intitulé « Artocratie » est argumenté en ces termes : « Les évènements qui ont secoué la Tunisie début 2011 expriment un profond désir de changement de la part de la population tunisienne. Depuis cinquante ans, les portraits affichés dans les rues étaient ceux du président (Bourguiba, puis Ben Ali). Depuis cinquante ans, les villes les plus importantes étaient la capitale, et la ville d’origine du président. Depuis cinquante ans, la population avait peur du Ministère de l’Intérieur, endroit duquel on ne savait jamais si on allait sortir. Aujourd’hui, les Tunisiens veulent recouvrir le Ministère de l’Intérieur avec des portraits de citoyens de toute la Tunisie. Le peuple reprend le contrôle de son destin, la parole, et le droit à son image. La révolution tunisienne a pris de l’ampleur grâce aux milliers de photos transmises et partagées sur Internet et les réseaux sociaux, ce qui souligne plus que jamais l’importance des images. Artocratie offre à tous les Tunisiens une manière originale d’afficher leur désir de changement, par le biais de l’art contemporain, et invite toutes les composantes de la population à formuler cette volonté de renouveau, en répondant à une question simple sur leur avenir. Cette question n’est pas politique mais plutôt personnelle. Par exemple, « qu’est-ce que tu désires pour tes enfants ? », «qu’est-ce que tu aimerais que les gens pensent de toi ? », « comment imagines-tu ton pays en 2030 ? », «comment tu définis la liberté ? », « qu’est-ce qui te rend heureux ? ».
Formulé ainsi le projet est alléchant, ambitieux et prometteur. L’audace du projet se situe à plusieurs niveaux, et surtout par le choix de la date : maintenant alors que la Tunisie n’est pas encore complètement stabilisée. On signale encore quelques scènes de rue échappant, pendant un temps plus ou moins long à tout contrôle, des manifestations à caractères politiques et surtout un comportement incohérent ; voitures mal garées ou roulant à contre sens, étalages sauvages sur la voie publique, affichage et tag sur les murs d’enceinte d’institutions officielles. Il me semble que tout cela avait été pris en compte par l’équipe de JR et considéré comme étant un tremplin pour la réussite du projet.
Les faits
L’équipe de collage d’Aristocratie a entrepris, aux premières heures de la journée du 18 mars 2011, de placarder sur Bab Bhar (la Porte de France) des portraits géants de personnes qui ne sont pas connues du grand public. Les passants ; enfants, jeunes et adultes, ont, sans violence ni précipitation décollé toutes les images. A 8h07 rien ne restait de ce qui a été collé, les fichiers-images numériques ont cet avantage de contenir ce détail qui s’avère utile pour ce cas de figure qui s’apparente à un procès-verbal. La veille, au Kram, le même phénomène a été constaté mais avec une certaine violence verbale, et ce, malgré les explications de l’équipe de collage encore sur les lieux.
Réactions
J’ai publié un album-reportage intitulé « Artonyme »(3), à propos de ce qui s’est passé, qui a été abondamment commenté, ce qui est déjà un signe de bonne santé, une démonstration de la réactivité des internautes. Parmi des dizaines de réflexions de toutes natures(4) je retiendrais un échange qui me semble emblématique :
Youssef El Behi : « Pour quelle raison ont-ils enlevé les portraits ? »
Marimen Mimi : « Pour quelle raison les ont-ils mis ? »
Ces deux commentaires m’ont éclairé davantage sur les raisons profondes du projet de JR, qui me semble axé sur l’interrogation, le questionnement, il est à l’opposé de ce qui était courant de voir ou de lire dans la rue. On n’a longtemps rencontré que des affirmations que personne ne pouvait remettre en question ; des images géantes des présidents, des affiches de spectacles et des banderoles à caractères politiques…ces placardages étaient des réponses aux questions : Qui est le président ? Où et quant aura lieu tel spectacle ? Qui commande le pays et avec quels credos déclarés ? Aujourd’hui le tunisien ne veut plus de réponses tombés du ciel ! Il veut que tout passe par lui, aussi bien les interrogations que les réponses.
Concordia civium murus urbium (**)
La rue est devenus depuis janvier une propriété privée de chaque Tunisien, une dépendance de leur maison…La Révolution est née et s’est développée non pas dans les locaux des partis, ni dans les salles de réunions des syndicats, ni depuis les bureaux d’exilés à l’étranger mais sur l’asphalte des artères de Tunisie – citons Kasserine, Thala, Sidi Bouzid et Tunis – encore tachés de sangs et sentant le lacrymogène. Pas un jour ne passe sans qu’il y ait une manifestation, pour la laïcité, contre un gouvernement ou pour « dégager » un ambassadeur ; revendications et protestations ne se sont pas interrompues. Le degré le plus élevé de la manifestation est le Sit-in, et la Place du Gouvernement à la Kasbah en a vu deux d’une ampleur populaire impressionnante et d’une efficacité redoutable au point que les demandes ont été, dans leur principe, toutes écoutées et mises en application. Si on ajoute à cela le fait que les Tunisiens ont été appelés à la mi-janvier pour suppléer aux forces de l’ordre, afin de garder leur famille et leurs biens pendant le jour comme de nuit et ce, au péril de leur vie et pendant le couvre-feu, on peut alors comprendre avec quelle force ils considèrent que la rue, qu’ils ont occupée puis défendue, deviennent si importante à « posséder ». Cette légitimité est, aujourd’hui, encore d’actualité… chaque Tunisien semble dire « touche pas à ma rue ».
Une idée aussi à creuser serait celle de la perception des images dans une société arabo-musulmane. Les images brutes, sans légende et sans titre, sont d’une force inouïe. Promenons-nous à Tunis, ou ailleurs, les affiches de spectacles, les « Unes » des journaux et les réclames publicitaires sont toujours accompagnées par de la littérature. Les seules photos muettes sont celles des dictateurs. Elles jouent sur la persistance rétinienne, le matraquage et le gigantisme. Pas besoin de savoir lire pour les assimiler, les bébés comprendront aussi. Dans les dictatures, l’apologie d’un individu, le culte d’une personnalité est arrivé à un point tel qu’il est semblable à de l’adoration commandée. Les photos géantes de personnes sont donc de triste mémoire…Il est encore trop tôt pour en accepter de nouvelles, même si les intentions sont différentes et manifestement louables. Témoin de ce qui s’est passé, je peux sans trop me tromper, juger que les protagonistes ont sans violence, ni écart de langage, avec minutie et concentration décollé toutes ces images. Aucun n’a essayé de se dérober à mes prises de vues. L’effort dépensé a été fait comme un geste citoyen, révolutionnaire, et donc sûrement, à leurs yeux, valorisant, à l’opposé même d’un acte de vandalisme ou de détérioration de biens publics. La présence de médias, une équipe télé et moi-même, a sans aucun doute, non pas encouragé les hésitants, mais permis une théâtralité des gestes !
Depuis le 14 janvier 2011, le Tunisien est conscient que l’histoire se fera avec l’actualité de son quotidien. Une question fréquemment posées ces derniers temps est : « Mais où étiez-vous le 14 janvier ? ». Elle sous-entend que l’interrogateur était devant le Ministère de l’Intérieur. Cette concentration inhabituelle d’évènements a déclenché une course à la figuration, chacun voudrait être là où l’Histoire se fait. Et l’Histoire se fait en présence des Médias.
Le Tunisien qui fut ignoré par les médias locaux, lesquels étaient soumis à une pression monstre par l’ancien régime, a pris le contrôle de sa part de l’opinion public, il est conscient, pour la première fois, que sa voix fait partie réellement de la « Vox populi ». Dans plusieurs micros-trottoirs certains Tunisien justifient leur mécontentement par le fait qu’ils n’ont pas été consultés préalablement avant la nomination d’un responsable ou la prise d’une décision. Le tunisien est conscient qu’il est le un dix-millionième des tunisiens et qu’il compte beaucoup plus dans la totalité des habitants qu’une autre personne habitant un pays plus peuplé. Les prochaines élections verront un taux de participation incroyablement élevé.
Aujourd’hui, après que l’on ait choisi pour eux, voté à leur place, forcé à applaudir, le Tunisien refuse le consensus, ne veut pas entendre parler de majorité, qui sent le coup monté, ce qui le pousse par réflexe à dire « Non », parfois bien avant d’avoir eu connaissance des détails. Des centaines de responsables fraîchement nommés ont été chassés de leur bureau, des politiques ont été, eux aussi, accueillis par le mot « dégage ». Le « Non » en attendant d’y voir plus clairs semble préférable au « Oui » ouvrant la porte à tous les excès. Le peuple n’acceptant plus un acte imposé, aussi esthétique soit-il, il ne veut plus que l’on l’invite à regarder seulement, il veut prendre part, il veut voter, il veut choisir, il veut décider, ce comportement est tout à fait compréhensible après qu’il fut, pendant un demi siècle, ignoré et écarté de la vie publique !
Le projet aurait pu se dérouler autrement si les photos avaient été accrochées plus haut. Elles seraient encore là , mais je n’aurais pas pu effectuer un reportage particulier, il n’y aurait pas eu ce flot important de commentaires sur Facebook, ni l’analyse pertinente d’Adeline Chenon Ramlat(5) ni celle-ci. Nous aurions surtout manqué d’assister à l’affirmation de l’appartenance, de la citoyenneté et du « Moi révolutionnaire » d’une trentaine d’individus, sortis des dédales de la Médina et repartis dans le labyrinthe de la ville moderne, sans avoir signé leur œuvre.
JR de Dallas et JR de Tunis ont une seule chose en commun, l’un comme l’autre suscite un vif débat. Dans les fictions, il est toujours plus aisé de jouer le « Gentil », généralement ennuyeux et fade que les « Méchant », baroque et imprévisible…
…Aujourd’hui les scénaristes trouvent que cette division manichéenne entre méchant/gentil, qui fait très conte de fée, est dépassée. Ils ont donc inventé un nouveau profil de personnage : ce sont les « bons méchants » et encore une fois ils ont visé juste à l’instar du succès planétaire du « Dr House ». Ce médecin réussi par des méthodes déplaisantes, pénibles pour les patients autant que pour leur famille, à guérir les cas les plus complexes.
(*) « La voix du peuple est la voix de Dieu »
(**) « La concorde entre les citoyens, voilà la muraille des villes »
Artocratie où quand l’art veut prendre le pouvoir
Dans le site de l’artiste JR (2) on peut lire en guise de carte de visite : « JR possède la plus grande galerie d’art au monde. Il expose librement dans les rues du monde entier, attirant ainsi l’attention de ceux qui ne fréquentent pas les musées habituellement. Son travail mêle l’art et l’action et traite d’engagement, de liberté, d’identité et de limite ».
On sait que la photographie souffre d’une relative faiblesse, celle de son manque de spectaculaire. Une photographie est faite pour être regardée dans une galerie d’exposition ou dans un livre, elle nous accule alors à la passivité, au calme et à la rétrospection. Conscient de cela, JR a développé, que ce soit à Paris, en Amérique Latine ou en Palestine, des idées nouvelles, « fouettées », audacieuses qui déplacent et reconfigurent l’acte d’exposer. Au lieu d’être l’aboutissement d’un travail d’artiste, elle devient la clé de démarrage mettant en branle un processus dynamique, dont on ne contrôle plus les ressorts.
Ceux qui ont mon âge se rappellent le feuilleton Dallas et forcément du méchant le plus détestable jamais créé dans une fiction. JR Ewing fils aîné d’une famille de milliardaires texans possédant puits de pétrole et biens immobiliers, qui s’ingénie à torturer tous les membres de sa famille. L’acteur Larry Hagman, qui joua le rôle de JR, était si bon acteur que l’on tenta de l’assassiner !
Intentions artistiques
Le projet de JR intitulé « Artocratie » est argumenté en ces termes : « Les évènements qui ont secoué la Tunisie début 2011 expriment un profond désir de changement de la part de la population tunisienne. Depuis cinquante ans, les portraits affichés dans les rues étaient ceux du président (Bourguiba, puis Ben Ali). Depuis cinquante ans, les villes les plus importantes étaient la capitale, et la ville d’origine du président. Depuis cinquante ans, la population avait peur du Ministère de l’Intérieur, endroit duquel on ne savait jamais si on allait sortir. Aujourd’hui, les Tunisiens veulent recouvrir le Ministère de l’Intérieur avec des portraits de citoyens de toute la Tunisie. Le peuple reprend le contrôle de son destin, la parole, et le droit à son image. La révolution tunisienne a pris de l’ampleur grâce aux milliers de photos transmises et partagées sur Internet et les réseaux sociaux, ce qui souligne plus que jamais l’importance des images. Artocratie offre à tous les Tunisiens une manière originale d’afficher leur désir de changement, par le biais de l’art contemporain, et invite toutes les composantes de la population à formuler cette volonté de renouveau, en répondant à une question simple sur leur avenir. Cette question n’est pas politique mais plutôt personnelle. Par exemple, « qu’est-ce que tu désires pour tes enfants ? », «qu’est-ce que tu aimerais que les gens pensent de toi ? », « comment imagines-tu ton pays en 2030 ? », «comment tu définis la liberté ? », « qu’est-ce qui te rend heureux ? ».
Formulé ainsi le projet est alléchant, ambitieux et prometteur. L’audace du projet se situe à plusieurs niveaux, et surtout par le choix de la date : maintenant alors que la Tunisie n’est pas encore complètement stabilisée. On signale encore quelques scènes de rue échappant, pendant un temps plus ou moins long à tout contrôle, des manifestations à caractères politiques et surtout un comportement incohérent ; voitures mal garées ou roulant à contre sens, étalages sauvages sur la voie publique, affichage et tag sur les murs d’enceinte d’institutions officielles. Il me semble que tout cela avait été pris en compte par l’équipe de JR et considéré comme étant un tremplin pour la réussite du projet.
Les faits
L’équipe de collage d’Aristocratie a entrepris, aux premières heures de la journée du 18 mars 2011, de placarder sur Bab Bhar (la Porte de France) des portraits géants de personnes qui ne sont pas connues du grand public. Les passants ; enfants, jeunes et adultes, ont, sans violence ni précipitation décollé toutes les images. A 8h07 rien ne restait de ce qui a été collé, les fichiers-images numériques ont cet avantage de contenir ce détail qui s’avère utile pour ce cas de figure qui s’apparente à un procès-verbal. La veille, au Kram, le même phénomène a été constaté mais avec une certaine violence verbale, et ce, malgré les explications de l’équipe de collage encore sur les lieux.
Réactions
J’ai publié un album-reportage intitulé « Artonyme »(3), à propos de ce qui s’est passé, qui a été abondamment commenté, ce qui est déjà un signe de bonne santé, une démonstration de la réactivité des internautes. Parmi des dizaines de réflexions de toutes natures(4) je retiendrais un échange qui me semble emblématique :
Youssef El Behi : « Pour quelle raison ont-ils enlevé les portraits ? »
Marimen Mimi : « Pour quelle raison les ont-ils mis ? »
Ces deux commentaires m’ont éclairé davantage sur les raisons profondes du projet de JR, qui me semble axé sur l’interrogation, le questionnement, il est à l’opposé de ce qui était courant de voir ou de lire dans la rue. On n’a longtemps rencontré que des affirmations que personne ne pouvait remettre en question ; des images géantes des présidents, des affiches de spectacles et des banderoles à caractères politiques…ces placardages étaient des réponses aux questions : Qui est le président ? Où et quant aura lieu tel spectacle ? Qui commande le pays et avec quels credos déclarés ? Aujourd’hui le tunisien ne veut plus de réponses tombés du ciel ! Il veut que tout passe par lui, aussi bien les interrogations que les réponses.
Concordia civium murus urbium (**)
La rue est devenus depuis janvier une propriété privée de chaque Tunisien, une dépendance de leur maison…La Révolution est née et s’est développée non pas dans les locaux des partis, ni dans les salles de réunions des syndicats, ni depuis les bureaux d’exilés à l’étranger mais sur l’asphalte des artères de Tunisie – citons Kasserine, Thala, Sidi Bouzid et Tunis – encore tachés de sangs et sentant le lacrymogène. Pas un jour ne passe sans qu’il y ait une manifestation, pour la laïcité, contre un gouvernement ou pour « dégager » un ambassadeur ; revendications et protestations ne se sont pas interrompues. Le degré le plus élevé de la manifestation est le Sit-in, et la Place du Gouvernement à la Kasbah en a vu deux d’une ampleur populaire impressionnante et d’une efficacité redoutable au point que les demandes ont été, dans leur principe, toutes écoutées et mises en application. Si on ajoute à cela le fait que les Tunisiens ont été appelés à la mi-janvier pour suppléer aux forces de l’ordre, afin de garder leur famille et leurs biens pendant le jour comme de nuit et ce, au péril de leur vie et pendant le couvre-feu, on peut alors comprendre avec quelle force ils considèrent que la rue, qu’ils ont occupée puis défendue, deviennent si importante à « posséder ». Cette légitimité est, aujourd’hui, encore d’actualité… chaque Tunisien semble dire « touche pas à ma rue ».
Une idée aussi à creuser serait celle de la perception des images dans une société arabo-musulmane. Les images brutes, sans légende et sans titre, sont d’une force inouïe. Promenons-nous à Tunis, ou ailleurs, les affiches de spectacles, les « Unes » des journaux et les réclames publicitaires sont toujours accompagnées par de la littérature. Les seules photos muettes sont celles des dictateurs. Elles jouent sur la persistance rétinienne, le matraquage et le gigantisme. Pas besoin de savoir lire pour les assimiler, les bébés comprendront aussi. Dans les dictatures, l’apologie d’un individu, le culte d’une personnalité est arrivé à un point tel qu’il est semblable à de l’adoration commandée. Les photos géantes de personnes sont donc de triste mémoire…Il est encore trop tôt pour en accepter de nouvelles, même si les intentions sont différentes et manifestement louables. Témoin de ce qui s’est passé, je peux sans trop me tromper, juger que les protagonistes ont sans violence, ni écart de langage, avec minutie et concentration décollé toutes ces images. Aucun n’a essayé de se dérober à mes prises de vues. L’effort dépensé a été fait comme un geste citoyen, révolutionnaire, et donc sûrement, à leurs yeux, valorisant, à l’opposé même d’un acte de vandalisme ou de détérioration de biens publics. La présence de médias, une équipe télé et moi-même, a sans aucun doute, non pas encouragé les hésitants, mais permis une théâtralité des gestes !
Depuis le 14 janvier 2011, le Tunisien est conscient que l’histoire se fera avec l’actualité de son quotidien. Une question fréquemment posées ces derniers temps est : « Mais où étiez-vous le 14 janvier ? ». Elle sous-entend que l’interrogateur était devant le Ministère de l’Intérieur. Cette concentration inhabituelle d’évènements a déclenché une course à la figuration, chacun voudrait être là où l’Histoire se fait. Et l’Histoire se fait en présence des Médias.
Le Tunisien qui fut ignoré par les médias locaux, lesquels étaient soumis à une pression monstre par l’ancien régime, a pris le contrôle de sa part de l’opinion public, il est conscient, pour la première fois, que sa voix fait partie réellement de la « Vox populi ». Dans plusieurs micros-trottoirs certains Tunisien justifient leur mécontentement par le fait qu’ils n’ont pas été consultés préalablement avant la nomination d’un responsable ou la prise d’une décision. Le tunisien est conscient qu’il est le un dix-millionième des tunisiens et qu’il compte beaucoup plus dans la totalité des habitants qu’une autre personne habitant un pays plus peuplé. Les prochaines élections verront un taux de participation incroyablement élevé.
Aujourd’hui, après que l’on ait choisi pour eux, voté à leur place, forcé à applaudir, le Tunisien refuse le consensus, ne veut pas entendre parler de majorité, qui sent le coup monté, ce qui le pousse par réflexe à dire « Non », parfois bien avant d’avoir eu connaissance des détails. Des centaines de responsables fraîchement nommés ont été chassés de leur bureau, des politiques ont été, eux aussi, accueillis par le mot « dégage ». Le « Non » en attendant d’y voir plus clairs semble préférable au « Oui » ouvrant la porte à tous les excès. Le peuple n’acceptant plus un acte imposé, aussi esthétique soit-il, il ne veut plus que l’on l’invite à regarder seulement, il veut prendre part, il veut voter, il veut choisir, il veut décider, ce comportement est tout à fait compréhensible après qu’il fut, pendant un demi siècle, ignoré et écarté de la vie publique !
Le projet aurait pu se dérouler autrement si les photos avaient été accrochées plus haut. Elles seraient encore là , mais je n’aurais pas pu effectuer un reportage particulier, il n’y aurait pas eu ce flot important de commentaires sur Facebook, ni l’analyse pertinente d’Adeline Chenon Ramlat(5) ni celle-ci. Nous aurions surtout manqué d’assister à l’affirmation de l’appartenance, de la citoyenneté et du « Moi révolutionnaire » d’une trentaine d’individus, sortis des dédales de la Médina et repartis dans le labyrinthe de la ville moderne, sans avoir signé leur œuvre.
JR de Dallas et JR de Tunis ont une seule chose en commun, l’un comme l’autre suscite un vif débat. Dans les fictions, il est toujours plus aisé de jouer le « Gentil », généralement ennuyeux et fade que les « Méchant », baroque et imprévisible…
…Aujourd’hui les scénaristes trouvent que cette division manichéenne entre méchant/gentil, qui fait très conte de fée, est dépassée. Ils ont donc inventé un nouveau profil de personnage : ce sont les « bons méchants » et encore une fois ils ont visé juste à l’instar du succès planétaire du « Dr House ». Ce médecin réussi par des méthodes déplaisantes, pénibles pour les patients autant que pour leur famille, à guérir les cas les plus complexes.
(*) « La voix du peuple est la voix de Dieu »
(**) « La concorde entre les citoyens, voilà la muraille des villes »
Entre chance et hasard
Mettons, uniquement, sur le compte du simple hasard le fait que j’ai longuement évoqué dernièrement le pourcentage, double de la moyenne mondiale, des Tunisiens ayant un compte Facebook (1), qui a tenu et qui tient encore un rôle majeur dans la Révolution de Tunisie.
J’ai aussi, longuement, parlé de mes peurs à l’approche de l’année 2011, qui coïncidera avec mes 50 ans (2). Mezzo camino à la Dante Alighieri ! Que pourrait mieux souhaiter un photographe comme cadeau d’anniversaire pour ces 50 ans, qu’un événement planétaire à portée de main, j’allais dire sur le pas de la porte ? Aux lendemains de la date de mon anniversaire, je me suis trouvé nez à nez avec un sujet de photographie dont je n’ai décidé ni de l’heure ni de l’endroit ! Il fallait être témoin, rendre compte de ce que je voyais…
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Wikileaks vient pour donner le coup de grâce, bien que tout le monde savait par ouï-dire de ce qu’il en était du régime, que des livres interdits de vente furent distribués et lus plus que s’ils étaient vendus légalement, mais le fait que l’ambassadeur de l’allié traditionnel du régime utilise le terme « mafieux », qui pour les Américains a une signification bien précise fut, comme les trois coups du marteau du juge : la sentence fut prononcée et sera sans appel.
Les Tunisiens sont désormais libres et rien ne pourra les faire reculer d’un pas. Facebook fut pour eux le télégraphe morse et la radio amateur des guerres et des soulèvements d’avant internet.
Un janvier rouge sang
Je prenais connaissance des dates des manifestations en ce début de janvier par l’intermédiaire de facebook, j’y allais avec mon sac photo et je n’osais pas tirer mon appareil photo, la peur au ventre d’être matraqué et l’inexpérience de ce genre de photographie m’ont empêché de le faire. Facebook était utilisé par les manifestants mais aussi par les renseignements généraux qui transmettaient aux forces de l’ordre le lieu, la date et le nombre estimé de participants. Sur place on pouvait facilement localiser le cantonnement de la police anti émeute faussement installé dans des bus jaunes de la société de transport public, moins visibles que les fourgons bleus de service, mais, qui pourrait deviner l’intention qui se cache derrière les milliers de personnes qui circulaient à Tunis ? Souvent, il me semblait que les agents de l’ordre, tout corps confondus, dépassait de loin la masse des badauds et potentiel manifestant…peut-être à cause de la peur !
Mais le fait de regarder la manière dont les forces de l’ordre quadrillaient les lieux, de visualiser la meilleure manière de quitter les lieux avant que cela ne se gâte ainsi que les meilleurs emplacements pour faire des photos ajouté à ma bonne connaissance de la géographie de Tunis m’ont été d’un grand secours pour les jours suivants.
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Naïveté d’un citoyen paisible
J’avoue que je fus crédule au point de croire le troisième discours de Ben Ali et je m’empressais d’écrire sur Facebook que le peuple à gagné une grande bataille, celle de la liberté d’expression. Le souhait de ne plus revoir les images des carnages d’innocents, le vÅ“u de retrouver mon Tunis reprendre sa vie normale ainsi que la peur de voir une répression encore plus musclée s’abattre sur nos têtes ont été les raisons de mon optimisme. Mais quelques minutes plus tard, on apprenait que les scènes de liesses sur les plateaux télé et même dans l’avenue Habib Bourguiba, malgré le couvre feu en place, étaient montées de toutes pièces…rideau : « E finita la comédia ».
Je m’arrêtais alors, ce jour-là , de faire des commentaires sur Facebook à caractère politique et je me décidais de faire ce que je savais faire avec moins de faute : photographier.
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(2) http://du-photographique.blogspot.com/2010/11/chronique-narcissique.html
(3) http://du-photographique.blogspot.com/2010/12/manifoto-2010.html
(4) http://du-photographique.blogspot.com/2010/12/chronique-actuelle.html
Entre chance et hasard
Mettons, uniquement, sur le compte du simple hasard le fait que j’ai longuement évoqué dernièrement le pourcentage, double de la moyenne mondiale, des Tunisiens ayant un compte Facebook (1), qui a tenu et qui tient encore un rôle majeur dans la Révolution de Tunisie.
J’ai aussi, longuement, parlé de mes peurs à l’approche de l’année 2011, qui coïncidera avec mes 50 ans (2). Mezzo camino à la Dante Alighieri ! Que pourrait mieux souhaiter un photographe comme cadeau d’anniversaire pour ces 50 ans, qu’un événement planétaire à portée de main, j’allais dire sur le pas de la porte ? Aux lendemains de la date de mon anniversaire, je me suis trouvé nez à nez avec un sujet de photographie dont je n’ai décidé ni de l’heure ni de l’endroit ! Il fallait être témoin, rendre compte de ce que je voyais…
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Wikileaks vient pour donner le coup de grâce, bien que tout le monde savait par ouï-dire de ce qu’il en était du régime, que des livres interdits de vente furent distribués et lus plus que s’ils étaient vendus légalement, mais le fait que l’ambassadeur de l’allié traditionnel du régime utilise le terme « mafieux », qui pour les Américains a une signification bien précise fut, comme les trois coups du marteau du juge : la sentence fut prononcée et sera sans appel.
Les Tunisiens sont désormais libres et rien ne pourra les faire reculer d’un pas. Facebook fut pour eux le télégraphe morse et la radio amateur des guerres et des soulèvements d’avant internet.
Un janvier rouge sang
Je prenais connaissance des dates des manifestations en ce début de janvier par l’intermédiaire de facebook, j’y allais avec mon sac photo et je n’osais pas tirer mon appareil photo, la peur au ventre d’être matraqué et l’inexpérience de ce genre de photographie m’ont empêché de le faire. Facebook était utilisé par les manifestants mais aussi par les renseignements généraux qui transmettaient aux forces de l’ordre le lieu, la date et le nombre estimé de participants. Sur place on pouvait facilement localiser le cantonnement de la police anti émeute faussement installé dans des bus jaunes de la société de transport public, moins visibles que les fourgons bleus de service, mais, qui pourrait deviner l’intention qui se cache derrière les milliers de personnes qui circulaient à Tunis ? Souvent, il me semblait que les agents de l’ordre, tout corps confondus, dépassait de loin la masse des badauds et potentiel manifestant…peut-être à cause de la peur !
Mais le fait de regarder la manière dont les forces de l’ordre quadrillaient les lieux, de visualiser la meilleure manière de quitter les lieux avant que cela ne se gâte ainsi que les meilleurs emplacements pour faire des photos ajouté à ma bonne connaissance de la géographie de Tunis m’ont été d’un grand secours pour les jours suivants.
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Naïveté d’un citoyen paisible
J’avoue que je fus crédule au point de croire le troisième discours de Ben Ali et je m’empressais d’écrire sur Facebook que le peuple à gagné une grande bataille, celle de la liberté d’expression. Le souhait de ne plus revoir les images des carnages d’innocents, le vÅ“u de retrouver mon Tunis reprendre sa vie normale ainsi que la peur de voir une répression encore plus musclée s’abattre sur nos têtes ont été les raisons de mon optimisme. Mais quelques minutes plus tard, on apprenait que les scènes de liesses sur les plateaux télé et même dans l’avenue Habib Bourguiba, malgré le couvre feu en place, étaient montées de toutes pièces…rideau : « E finita la comédia ».
Je m’arrêtais alors, ce jour-là , de faire des commentaires sur Facebook à caractère politique et je me décidais de faire ce que je savais faire avec moins de faute : photographier.
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(2) http://du-photographique.blogspot.com/2010/11/chronique-narcissique.html
(3) http://du-photographique.blogspot.com/2010/12/manifoto-2010.html
(4) http://du-photographique.blogspot.com/2010/12/chronique-actuelle.html
Entre chance et hasard
Mettons, uniquement, sur le compte du simple hasard le fait que j’ai longuement évoqué dernièrement le pourcentage, double de la moyenne mondiale, des Tunisiens ayant un compte Facebook (1), qui a tenu et qui tient encore un rôle majeur dans la Révolution de Tunisie.
J’ai aussi, longuement, parlé de mes peurs à l’approche de l’année 2011, qui coïncidera avec mes 50 ans (2). Mezzo camino à la Dante Alighieri ! Que pourrait mieux souhaiter un photographe comme cadeau d’anniversaire pour ces 50 ans, qu’un événement planétaire à portée de main, j’allais dire sur le pas de la porte ? Aux lendemains de la date de mon anniversaire, je me suis trouvé nez à nez avec un sujet de photographie dont je n’ai décidé ni de l’heure ni de l’endroit ! Il fallait être témoin, rendre compte de ce que je voyais…
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Wikileaks vient pour donner le coup de grâce, bien que tout le monde savait par ouï-dire de ce qu’il en était du régime, que des livres interdits de vente furent distribués et lus plus que s’ils étaient vendus légalement, mais le fait que l’ambassadeur de l’allié traditionnel du régime utilise le terme « mafieux », qui pour les Américains a une signification bien précise fut, comme les trois coups du marteau du juge : la sentence fut prononcée et sera sans appel.
Les Tunisiens sont désormais libres et rien ne pourra les faire reculer d’un pas. Facebook fut pour eux le télégraphe morse et la radio amateur des guerres et des soulèvements d’avant internet.
Un janvier rouge sang
Je prenais connaissance des dates des manifestations en ce début de janvier par l’intermédiaire de facebook, j’y allais avec mon sac photo et je n’osais pas tirer mon appareil photo, la peur au ventre d’être matraqué et l’inexpérience de ce genre de photographie m’ont empêché de le faire. Facebook était utilisé par les manifestants mais aussi par les renseignements généraux qui transmettaient aux forces de l’ordre le lieu, la date et le nombre estimé de participants. Sur place on pouvait facilement localiser le cantonnement de la police anti émeute faussement installé dans des bus jaunes de la société de transport public, moins visibles que les fourgons bleus de service, mais, qui pourrait deviner l’intention qui se cache derrière les milliers de personnes qui circulaient à Tunis ? Souvent, il me semblait que les agents de l’ordre, tout corps confondus, dépassait de loin la masse des badauds et potentiel manifestant…peut-être à cause de la peur !
Mais le fait de regarder la manière dont les forces de l’ordre quadrillaient les lieux, de visualiser la meilleure manière de quitter les lieux avant que cela ne se gâte ainsi que les meilleurs emplacements pour faire des photos ajouté à ma bonne connaissance de la géographie de Tunis m’ont été d’un grand secours pour les jours suivants.
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Naïveté d’un citoyen paisible
J’avoue que je fus crédule au point de croire le troisième discours de Ben Ali et je m’empressais d’écrire sur Facebook que le peuple à gagné une grande bataille, celle de la liberté d’expression. Le souhait de ne plus revoir les images des carnages d’innocents, le vÅ“u de retrouver mon Tunis reprendre sa vie normale ainsi que la peur de voir une répression encore plus musclée s’abattre sur nos têtes ont été les raisons de mon optimisme. Mais quelques minutes plus tard, on apprenait que les scènes de liesses sur les plateaux télé et même dans l’avenue Habib Bourguiba, malgré le couvre feu en place, étaient montées de toutes pièces…rideau : « E finita la comédia ».
Je m’arrêtais alors, ce jour-là , de faire des commentaires sur Facebook à caractère politique et je me décidais de faire ce que je savais faire avec moins de faute : photographier.
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(2) http://du-photographique.blogspot.com/2010/11/chronique-narcissique.html
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(4) http://du-photographique.blogspot.com/2010/12/chronique-actuelle.html
J’aime Tunis, et je ne l’échangerais pour rien au monde
En 1982 quand j’ai commencé à apprendre la photographie sous la direction d’un animateur japonais, Mr Hirochika Setsumasa, dont je garde d’impérissables souvenirs, je n’ai jamais cessé de photographier Tunis. Je me rappelle encore de notre première sortie du Club Photo de la Maison de Jeunes du Bardo, Tunis un dimanche matin…avec comme appareil photo ; l’inamovible Zenit de fabrication russe. Tunis restera mon sujet favori. Aujourd’hui avec mon inséparable Lumix je continue de remplir un bien modeste album, tôt ou tard il faudrait le publier, sous ce titre.
Le Club Photo de Tunis
L’aventure commença au lendemain de « La Rentrée symbolique de l’année photographique » organisée pour la seconde année consécutive à Beit el Bennani, où j’ai rencontré un grand nombre de passionnés de photographie qui m’ont fait part de leur difficulté à rencontrer d’autres photographes, à montrer leur travaux et rêvent d’exposer. J’ai lancé un appel sur Facebook pour voir si la fondation d’un club photo était viable. En 24 heures plus de 80 personnes ont adhéré à l’idée. J’ai commencé le lendemain même les démarches…il fallait trouver un local, j’ai voulu m’éloigner de la Médina, le centre historique de Tunis. Je voulais un « lieu » qui n’a pas de connotations traditionnelles. Et c’est la Maison de Culture Maghrébine Ibn Khaldoun qui allait nous accueillir.
Exposé de Melle Rim Lariani à propos des composantes d’un appareil photo lors de la 2e séance du Club Photo de Tunis,
En six séances nous avons accompli un travail de vulgarisation constitué d’exposés multimédias où presque toutes les facettes de la photographie ont été passées en revue, que ce soit l’histoire, la technique, la déontologie… Les membres sont représentatifs de la population tunisienne avec une parité presque parfaite homme/femme, le tiers est constitué de lycéens et d’étudiants, le second tiers est composé de fonctionnaires et de professions libérales, le reste sont des photographes et des sans emplois.
Exposé thématique
« Le Temps des photographies »
« La petite histoire des grandes photos : Portrait de Che par Korda »
« La petite histoire des grandes photos : Portrait de Aldrin par Armstrong »
« Histoire et actualités du portrait »
« Pouvoir de la photo : information ou manipulation ? »
Exposé technique
« Photoshop prise en main 1»
« Photoshop prise en main 2»
« Le photographe en situation »
« Les composantes d’un appareil photo »
« Le réglage du temps de pose et de l’ouverture »
Carte Blanche à …………
Sabrine Belkhouja
Mehdi Zribi
Liste des membres-correspondants (étranger)
Jacques Pochart, Bruxelles. Belgique
Slim Harbi, Berlin. Allemagne
Gaël Coto, Paris. France
Susana Paiva (Portefolio Project), Lisbonne. Portugal.
Bahi Rahhal, Casablanca. Maroc
Xavier DeLuca, Barcelone, Espagne
Club ami
Club Double Déclic (Belgique)
Liste des membres-correspondants (Tunisie)
Mohamed et Asma Alaimi, Redeyef
Afef Khalfaoui, Kairouan
Adib Samoud, Kélibia
Sabrine Belkhouja, Bizerte
Mohamed Njah, Sfax
Un sermon d’Hippocrate tacitement juré
Je ne vais pas nommer la personne à laquelle je fais allusion dans ce qui suit, sinon je serais dans l’obligation morale de le citer dans la liste des mots clefs.
Dans le domaine de la photo, il y a ceux qui travaillent avec acharnement à s’améliorer, maintenant un rythme soutenu de prise de vues, ils lisent des livres spécialisés, ils ne ratent aucune exposition, ils consultent ceux qui sont là bien avant eux, d’années en années ils arrivent à acquérir assez de compétences techniques et une appréciable maitrise de l’esthétique photographique. Lorsqu’ils exposent leurs œuvres, la culture qu’ils ont acquise au fil des années les rend humbles et modestes. Cette sobriété est perceptible dans leur parole, dans le choix des prix de vente et surtout dans le respect des autres, que ce soit celui qui offre son espace ou ceux qui viennent visiter l’exposition. Le respect n’est pas ces mots bien ajustés que l’on profère à répétition mais un état d’esprit sain et sincère. Une certaine considération est de mise vis-à -vis des autres photographes, car on est sensé faire partie d’une corporation où l’éthique n’est pas un vain mot, mais l’écho de chaque déclenchement, le reflexe inné avant de signer une photographie. Le succès ne venant jamais par hasard, il est la résultante de cette somme considérable de qualités.
Certains préfèrent suivre des sentiers incertains ou même emprunter des raccourcis sans aucun balisage…voulant se frayer un chemin plus court afin d’arriver plus vite, oubliant que le temps est un allié pour ceux qui le respectent et un bourreau pour ceux qui veulent l’enjamber. Qui mieux que le photographe, dont la molette des durées pose est constamment sous l’index, est à même de pactiser avec le temps ? Ceux qui ignorent cela ne méritent pas le titre de photographe…La sanction étant sans appel, ils se font décapiter par l’obturateur.
C’est donc Beaucoup de bruit pour rien pour un cas isolé, sans envergure et pour rester dans le répertoire de ce grand connaisseur de la nature humaine que fut William Shakespeare, c’était La Comédie des erreurs.
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