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Category: Tunis

Journal mensuel en images
Janvier 2012

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Chronique de Janvier 2012

February 1st, 2012 Posted in Photographie, Tunis

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Janvier 2012


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Chronique de Janvier 2012

February 1st, 2012 Posted in Janvier 2012, Photographie, Tunis

Tunis – bab Bhar
Tunis – bab Saadoun
Tunis – bab El khadhra
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Les portes de Tunis

November 27th, 2011 Posted in Tunis, tunisie

La Place 7 novembre, dans la capitale, rebaptisée Place 14 janvier 2011…

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Place 14 janvier 2011

November 14th, 2011 Posted in Tunis, tunisie


Préparatifs du match EST-WAC pour la finale de la Ligue des champions d’Afrique – Lafayette-Tunis

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La fête du football

November 12th, 2011 Posted in Lafayette, Tunis, tunisie

tofz4u posted a photo:

DEGAGE by Rero

En marge de l’exposition "DEGAGE" à la galerie Itinerrance jusqu’au 30 avril 2011.

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Vox populi, vox Dei (*)
Lost in Tunis(1)
Il existe des actes manqués qui sont plus réussis que s’ils étaient arrivés à leur aboutissement. Que pourrait-on mieux demander à une Å“uvre de l’esprit que de faire remonter à la surface des faits sociologiques pertinents qu’aucune autre méthode n’aurait permis de révéler ? Il n’est pas courant de rencontrer une situation, qui n’a duré qu’un peu plus d’une heure, si dense en enseignements qu’elle pourrait donner lieu à des thèses, des études et même un livre où aussi bien les raisons de l’acte artistique que les réactions seront analysés.
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“Affiches”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h09. Photographie Hamideddine Bouali

Artocratie où quand l’art veut prendre le pouvoir
Dans le site de l’artiste JR (2) on peut lire en guise de carte de visite : Â« JR possède la plus grande galerie d’art au monde. Il expose librement dans les rues du monde entier, attirant ainsi l’attention de ceux qui ne fréquentent pas les musées habituellement. Son travail mêle l’art et l’action et traite d’engagement, de liberté, d’identité et de limite Â».
On sait que la photographie souffre d’une relative faiblesse, celle de son manque de spectaculaire. Une photographie est faite pour être regardée dans une galerie d’exposition ou dans un livre, elle nous accule alors à la passivité, au calme et à la rétrospection. Conscient de cela, JR a développé, que ce soit à Paris, en Amérique Latine ou en Palestine, des idées nouvelles, « fouettées Â», audacieuses qui déplacent et reconfigurent l’acte d’exposer. Au lieu d’être l’aboutissement d’un travail d’artiste, elle devient la clé de démarrage mettant en branle un processus dynamique, dont on ne contrôle plus les ressorts.   

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“Regards”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h33. Photographie Hamideddine Bouali

Ceux qui ont mon âge se rappellent le feuilleton Dallas et forcément du méchant le plus détestable jamais créé dans une fiction. JR Ewing fils aîné d’une famille de milliardaires texans possédant puits de pétrole et biens immobiliers, qui s’ingénie à torturer tous les membres de sa famille. L’acteur Larry Hagman, qui joua le rôle de JR, était si bon acteur que l’on tenta de l’assassiner !

Intentions artistiques
Le projet de JR intitulé « Artocratie Â» est argumenté en ces termes : « Les évènements qui ont secoué la Tunisie début 2011 expriment un profond désir de changement de la part de la population tunisienne. Depuis cinquante ans, les portraits affichés dans les rues étaient ceux du président (Bourguiba, puis Ben Ali). Depuis cinquante ans, les villes les plus importantes étaient la capitale, et la ville d’origine du président. Depuis cinquante ans, la population avait peur du Ministère de l’Intérieur, endroit duquel on ne savait jamais si on allait sortir. Aujourd’hui, les Tunisiens veulent recouvrir le Ministère de l’Intérieur avec des portraits de citoyens de toute la Tunisie. Le peuple reprend le contrôle de son destin, la parole, et le droit à son image. La révolution tunisienne a pris de l’ampleur grâce aux milliers de photos transmises et partagées sur Internet et les réseaux sociaux, ce qui souligne plus que jamais l’importance des images. Artocratie offre à tous les Tunisiens une manière originale d’afficher leur désir de changement, par le biais de l’art contemporain, et invite toutes les composantes de la population à formuler cette volonté de renouveau, en répondant à une question simple sur leur avenir. Cette question n’est pas politique mais plutôt personnelle. Par exemple, « qu’est-ce que tu désires pour tes enfants ? », «qu’est-ce que tu aimerais que les gens pensent de toi ? », « comment imagines-tu ton pays en 2030 ? », «comment tu définis la liberté ? », « qu’est-ce qui te rend heureux ? ».

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“La photographe Sophia Baraket expliquant l’exposition”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h12. Photographie Hamideddine Bouali

Formulé ainsi le projet est alléchant, ambitieux et prometteur. L’audace du projet se situe à plusieurs niveaux, et surtout par le choix de la date : maintenant alors que la Tunisie n’est pas encore complètement stabilisée. On signale encore quelques scènes de rue échappant, pendant un temps plus ou moins long à tout contrôle, des manifestations à caractères politiques et surtout un comportement incohérent ; voitures mal garées ou roulant à contre sens, étalages sauvages sur la voie publique, affichage et tag sur les murs d’enceinte d’institutions officielles. Il me semble que tout cela avait été pris en compte par l’équipe de JR et considéré comme étant un tremplin pour la réussite du projet.

Les faits
L’équipe de collage d’Aristocratie a entrepris, aux premières heures de la journée du 18 mars 2011, de placarder sur Bab Bhar (la Porte de France) des portraits géants de personnes qui ne sont pas connues du grand public. Les passants ; enfants, jeunes et adultes, ont, sans violence ni précipitation décollé toutes les images. A 8h07 rien ne restait de ce qui a été collé, les fichiers-images numériques ont cet avantage de contenir ce détail qui s’avère utile pour ce cas de figure qui s’apparente à un procès-verbal. La veille, au Kram, le même phénomène a été constaté mais avec une certaine violence verbale, et ce, malgré les explications de l’équipe de collage encore sur les lieux.

Réactions
J’ai publié un album-reportage intitulé « Artonyme Â»(3), à propos de ce qui s’est passé,  qui a été abondamment commenté, ce qui est déjà un signe de bonne santé, une démonstration de la réactivité des internautes. Parmi des dizaines de réflexions de toutes natures(4) je retiendrais un échange qui me semble emblématique :

Youssef El Behi : « Pour quelle raison ont-ils enlevé les portraits ? Â»
Marimen Mimi  : « Pour quelle raison les ont-ils mis ? Â»

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“Poster géant”, Ex-Place 7 Novembre-Tunis. Tunis 7 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

Ces deux commentaires m’ont éclairé davantage sur les raisons profondes du projet de JR, qui me semble axé sur l’interrogation, le questionnement, il est à l’opposé de ce qui était courant de voir ou de lire dans la rue. On n’a longtemps rencontré que des affirmations que personne ne pouvait remettre en question ; des images géantes des présidents, des affiches de spectacles et des banderoles à caractères politiques…ces placardages étaient des réponses aux questions : Qui est le président ? Où et quant aura lieu tel spectacle ? Qui commande le pays et avec quels credos déclarés ? Aujourd’hui le tunisien ne veut plus de réponses tombés du ciel ! Il veut que tout passe par lui, aussi bien les interrogations que les réponses.

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“Face à face”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h21. Photographie Hamideddine Bouali

Concordia civium murus urbium (**)
La rue est devenus depuis janvier une propriété privée de chaque Tunisien, une dépendance de leur maison…La Révolution est née et s’est développée non pas dans les locaux des partis, ni dans les salles de réunions des syndicats, ni depuis les bureaux d’exilés à l’étranger mais sur l’asphalte des artères de Tunisie – citons Kasserine, Thala, Sidi Bouzid et Tunis – encore tachés de sangs et sentant le lacrymogène. Pas un jour ne passe sans qu’il y ait une manifestation, pour la laïcité, contre un gouvernement ou pour « dégager Â» un ambassadeur ; revendications et protestations ne se sont pas interrompues. Le degré le plus élevé de la manifestation est le Sit-in, et la Place du Gouvernement à la Kasbah en a vu deux d’une ampleur populaire impressionnante et d’une efficacité redoutable au point que les demandes ont été, dans leur principe, toutes écoutées et mises en application. Si on ajoute à cela le fait que les Tunisiens ont été appelés à la mi-janvier pour suppléer aux forces de l’ordre, afin de garder leur famille et leurs biens pendant le jour comme de nuit et ce, au péril de leur vie et pendant le couvre-feu, on peut alors comprendre avec quelle force ils considèrent que la rue, qu’ils ont occupée puis défendue, deviennent si importante à « posséder Â». Cette légitimité est, aujourd’hui, encore d’actualité… chaque Tunisien semble dire « touche pas à ma rue Â».

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“Le Petit vaillant patriote”, Le Bardo. Tunis 15 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali

La guerre des images a bien eu lieu

Sortir le matin de la Médina pour se trouver nez à nez avec des visages de cette taille, sans les avoir prévenue…allait forcément pousser les habitants à les décoller.
Je vais tenter une comparaison hasardeuse, en comparant Bab Bhar (Porte de Fance) à un monument sacré, beaucoup plus « intouchable Â» qu’un monument archéologique, sa forme et le fait que l’on peut circuler tout autour peuvent lui donner une immunité, voir des privilèges, qu’une façade d’immeuble n’a pas. Historiquement Bab Bhar, qui fut à l’avènement du protectorat baptisé Porte de France, a vu bien des défis, sinon comment comprendre l’installation en 1925, là à l’entrée de la Médina traditionnelle et musulmane, de la statue du cardinal Lavigerie tenant une immense croix, outrageusement chrétienne ? Les étudiants de l’Université de la Zitouna, située à quelques dizaines de mètres de là, manifestèrent et protestèrent au point que certains furent violemment arrêtés et emprisonnés pour trouble public.
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Statue du cardinal Lavigerie, actuellement Place de la Victoire. Vue coté ville moderne. Début des années cinquante. Photo DR
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Statue du cardinal Lavigerie, ex-Place de la Bourse, actuellement Place de la Victoire. Vue coté Médina. Collection personnelle Bertrand Bouret. Photo DR

Une idée aussi à creuser serait celle de la perception des images dans une société arabo-musulmane. Les images brutes, sans légende et sans titre, sont d’une force inouïe. Promenons-nous à Tunis, ou ailleurs, les affiches de spectacles, les « Unes Â» des journaux et les réclames publicitaires sont toujours accompagnées par de la littérature. Les seules photos muettes sont celles des dictateurs. Elles jouent sur la persistance rétinienne, le matraquage et le gigantisme. Pas besoin de savoir lire pour les assimiler, les bébés comprendront aussi. Dans les dictatures, l’apologie d’un individu, le culte d’une personnalité est arrivé à un point tel qu’il est semblable à de l’adoration commandée. Les photos géantes de personnes sont donc de triste mémoire…Il est encore trop tôt pour en accepter de nouvelles, même si les intentions sont différentes et manifestement louables. Témoin de ce qui s’est passé, je peux sans trop me tromper, juger que les protagonistes ont sans violence, ni écart de langage, avec minutie et concentration décollé toutes ces images. Aucun n’a essayé de se dérober à mes prises de vues. L’effort dépensé a été fait comme un geste citoyen, révolutionnaire, et donc sûrement, à leurs yeux, valorisant, à l’opposé même d’un acte de vandalisme ou de détérioration de biens publics. La présence de médias, une équipe télé et moi-même, a sans aucun doute, non pas encouragé les hésitants, mais permis une théâtralité des gestes !

A portée de main
Mettre ces images à portée de main a inéluctablement invité les passants à s’en approcher, il suffit que l’un d’eux trouve leur affichage inopportun, pour une quelconque raison, il fallait s’attendre que cela aller susciter, encourager et sans aucun doute inviter les autres à faire de même. Deux possibilités s’offraient aux passants, qui sont dans tous les cas des plus-values, soit gribouiller ou dessiner sur les photos soit les déchirer. Il n’y avait pas d’autres alternatives. 
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“Minutie”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h27. Photographie Hamideddine Bouali

Depuis le 14 janvier 2011, le Tunisien est conscient que l’histoire se fera avec l’actualité de son quotidien. Une question fréquemment posées ces derniers temps est : « Mais où étiez-vous le 14 janvier ? Â». Elle sous-entend que l’interrogateur était devant le Ministère de l’Intérieur. Cette concentration inhabituelle d’évènements a déclenché une course à la figuration, chacun voudrait être là où l’Histoire se fait. Et l’Histoire se fait en présence des Médias.
Le Tunisien qui fut ignoré par les médias locaux, lesquels étaient soumis à une pression monstre par l’ancien régime, a pris le contrôle de sa part de l’opinion public, il est conscient, pour la première fois, que sa voix fait partie réellement de la « Vox populi Â». Dans plusieurs micros-trottoirs certains Tunisien justifient leur mécontentement par le fait qu’ils n’ont pas été consultés préalablement avant la nomination d’un responsable ou la prise d’une décision.  Le  tunisien est conscient qu’il est le un dix-millionième des tunisiens et qu’il compte beaucoup plus dans la totalité des habitants qu’une autre personne habitant un pays plus peuplé. Les prochaines élections verront un taux de participation incroyablement élevé.

Aujourd’hui, après que l’on ait choisi pour eux, voté à leur place, forcé à applaudir, le Tunisien refuse le consensus, ne veut pas entendre parler de majorité, qui sent le coup monté, ce qui le pousse par réflexe à dire « Non Â», parfois bien avant d’avoir eu connaissance des détails. Des centaines de responsables fraîchement nommés ont été chassés de leur bureau, des politiques ont été, eux aussi, accueillis par le mot « dégage Â». Le « Non Â» en attendant d’y voir plus clairs semble préférable au « Oui Â» ouvrant la porte à tous les excès. Le peuple n’acceptant plus un acte imposé, aussi esthétique soit-il, il ne veut plus que l’on l’invite à regarder seulement, il veut prendre part, il veut voter, il veut choisir, il veut décider, ce comportement est tout à fait compréhensible après qu’il fut, pendant un demi siècle, ignoré et écarté de la vie publique !

Le projet aurait pu se dérouler autrement si les photos avaient été accrochées plus haut. Elles seraient encore là, mais je n’aurais pas pu effectuer un reportage particulier, il n’y aurait pas eu ce flot important de commentaires sur Facebook, ni l’analyse pertinente d’Adeline Chenon Ramlat(5) ni celle-ci. Nous aurions surtout manqué d’assister à l’affirmation de l’appartenance, de la citoyenneté et du « Moi révolutionnaire Â» d’une trentaine d’individus, sortis des dédales de la Médina et repartis dans le labyrinthe de la ville moderne, sans avoir signé leur Å“uvre.

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“Générations “, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h53. Photographie Hamideddine Bouali

JR de Dallas et JR de Tunis ont une seule chose en commun, l’un comme l’autre suscite un vif débat. Dans les fictions, il est toujours plus aisé de jouer le « Gentil Â», généralement ennuyeux et fade que les « Méchant Â», baroque et imprévisible… 

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“Le reste de la division”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 8h03. Photographie Hamideddine Bouali

…Aujourd’hui les scénaristes trouvent que cette division manichéenne entre méchant/gentil, qui fait très conte de fée, est dépassée. Ils ont donc inventé un nouveau profil de personnage : ce sont les « bons méchants Â» et encore une fois ils ont visé juste à l’instar du succès planétaire du « Dr House Â». Ce médecin réussi par des méthodes déplaisantes, pénibles pour les patients autant que pour leur famille, à guérir les cas les plus complexes.

Hamideddine Bouali
22 mars 2011

(*) « La voix du peuple est la voix de Dieu Â»
(**) « La concorde entre les citoyens, voilà la muraille des villes Â»

(1) Titre qui parodie celui du film “Lost In la Mancha” qui dévoile les coulisses d’un film inachevé, intitulé “L’Homme qui tua Don Quichotte”.
(2) Voir le site officiel de JR : http://www.jr-art.net/
(3) « Artonyme Â», néologisme que j’ai composé pour décrire ce qui s’est passé ce jour-là, ce texte accompagne l’album publié le jour même sur Facebook : “des badauds ont passé des longues minutes à enlever minutieusement les portraits collés tôt le matin par l’équipe InsideOut. “Artocratie en Tunisie” est un projet artistique avec intervention du très célèbre photographe JR. C’est un acte de démocratie aussi bien de la part des photographes que de coller des photos géantes sur la porte Bab Bhar que celui venant de la part des présents en les enlevants. La Performance a eu lieu et c’est l’essentiel à retenir.”.
(4) Lien facebook consultable même sans avoir un compte : http://www.facebook.com/album.php?aid=53308&id=1827421781&l=b124543b67
(5) http://blogs.mediapart.fr/blog/adeline-chenon-ramlat/210311/la-rue-tunisienne-le-photographe-et-jr#comments

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Vox populi, vox Dei (*)
Lost in Tunis(1)
Il existe des actes manqués qui sont plus réussis que s’ils étaient arrivés à leur aboutissement. Que pourrait-on mieux demander à une Å“uvre de l’esprit que de faire remonter à la surface des faits sociologiques pertinents qu’aucune autre méthode n’aurait permis de révéler ? Il n’est pas courant de rencontrer une situation, qui n’a duré qu’un peu plus d’une heure, si dense en enseignements qu’elle pourrait donner lieu à des thèses, des études et même un livre où aussi bien les raisons de l’acte artistique que les réactions seront analysés.
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“Affiches”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h09. Photographie Hamideddine Bouali

Artocratie où quand l’art veut prendre le pouvoir
Dans le site de l’artiste JR (2) on peut lire en guise de carte de visite : Â« JR possède la plus grande galerie d’art au monde. Il expose librement dans les rues du monde entier, attirant ainsi l’attention de ceux qui ne fréquentent pas les musées habituellement. Son travail mêle l’art et l’action et traite d’engagement, de liberté, d’identité et de limite Â».
On sait que la photographie souffre d’une relative faiblesse, celle de son manque de spectaculaire. Une photographie est faite pour être regardée dans une galerie d’exposition ou dans un livre, elle nous accule alors à la passivité, au calme et à la rétrospection. Conscient de cela, JR a développé, que ce soit à Paris, en Amérique Latine ou en Palestine, des idées nouvelles, « fouettées Â», audacieuses qui déplacent et reconfigurent l’acte d’exposer. Au lieu d’être l’aboutissement d’un travail d’artiste, elle devient la clé de démarrage mettant en branle un processus dynamique, dont on ne contrôle plus les ressorts.   

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“Regards”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h33. Photographie Hamideddine Bouali

Ceux qui ont mon âge se rappellent le feuilleton Dallas et forcément du méchant le plus détestable jamais créé dans une fiction. JR Ewing fils aîné d’une famille de milliardaires texans possédant puits de pétrole et biens immobiliers, qui s’ingénie à torturer tous les membres de sa famille. L’acteur Larry Hagman, qui joua le rôle de JR, était si bon acteur que l’on tenta de l’assassiner !

Intentions artistiques
Le projet de JR intitulé « Artocratie Â» est argumenté en ces termes : « Les évènements qui ont secoué la Tunisie début 2011 expriment un profond désir de changement de la part de la population tunisienne. Depuis cinquante ans, les portraits affichés dans les rues étaient ceux du président (Bourguiba, puis Ben Ali). Depuis cinquante ans, les villes les plus importantes étaient la capitale, et la ville d’origine du président. Depuis cinquante ans, la population avait peur du Ministère de l’Intérieur, endroit duquel on ne savait jamais si on allait sortir. Aujourd’hui, les Tunisiens veulent recouvrir le Ministère de l’Intérieur avec des portraits de citoyens de toute la Tunisie. Le peuple reprend le contrôle de son destin, la parole, et le droit à son image. La révolution tunisienne a pris de l’ampleur grâce aux milliers de photos transmises et partagées sur Internet et les réseaux sociaux, ce qui souligne plus que jamais l’importance des images. Artocratie offre à tous les Tunisiens une manière originale d’afficher leur désir de changement, par le biais de l’art contemporain, et invite toutes les composantes de la population à formuler cette volonté de renouveau, en répondant à une question simple sur leur avenir. Cette question n’est pas politique mais plutôt personnelle. Par exemple, « qu’est-ce que tu désires pour tes enfants ? », «qu’est-ce que tu aimerais que les gens pensent de toi ? », « comment imagines-tu ton pays en 2030 ? », «comment tu définis la liberté ? », « qu’est-ce qui te rend heureux ? ».

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“La photographe Sophia Baraket expliquant l’exposition”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h12. Photographie Hamideddine Bouali

Formulé ainsi le projet est alléchant, ambitieux et prometteur. L’audace du projet se situe à plusieurs niveaux, et surtout par le choix de la date : maintenant alors que la Tunisie n’est pas encore complètement stabilisée. On signale encore quelques scènes de rue échappant, pendant un temps plus ou moins long à tout contrôle, des manifestations à caractères politiques et surtout un comportement incohérent ; voitures mal garées ou roulant à contre sens, étalages sauvages sur la voie publique, affichage et tag sur les murs d’enceinte d’institutions officielles. Il me semble que tout cela avait été pris en compte par l’équipe de JR et considéré comme étant un tremplin pour la réussite du projet.

Les faits
L’équipe de collage d’Aristocratie a entrepris, aux premières heures de la journée du 18 mars 2011, de placarder sur Bab Bhar (la Porte de France) des portraits géants de personnes qui ne sont pas connues du grand public. Les passants ; enfants, jeunes et adultes, ont, sans violence ni précipitation décollé toutes les images. A 8h07 rien ne restait de ce qui a été collé, les fichiers-images numériques ont cet avantage de contenir ce détail qui s’avère utile pour ce cas de figure qui s’apparente à un procès-verbal. La veille, au Kram, le même phénomène a été constaté mais avec une certaine violence verbale, et ce, malgré les explications de l’équipe de collage encore sur les lieux.

Réactions
J’ai publié un album-reportage intitulé « Artonyme Â»(3), à propos de ce qui s’est passé,  qui a été abondamment commenté, ce qui est déjà un signe de bonne santé, une démonstration de la réactivité des internautes. Parmi des dizaines de réflexions de toutes natures(4) je retiendrais un échange qui me semble emblématique :

Youssef El Behi : « Pour quelle raison ont-ils enlevé les portraits ? Â»
Marimen Mimi  : « Pour quelle raison les ont-ils mis ? Â»

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“Poster géant”, Ex-Place 7 Novembre-Tunis. Tunis 7 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

Ces deux commentaires m’ont éclairé davantage sur les raisons profondes du projet de JR, qui me semble axé sur l’interrogation, le questionnement, il est à l’opposé de ce qui était courant de voir ou de lire dans la rue. On n’a longtemps rencontré que des affirmations que personne ne pouvait remettre en question ; des images géantes des présidents, des affiches de spectacles et des banderoles à caractères politiques…ces placardages étaient des réponses aux questions : Qui est le président ? Où et quant aura lieu tel spectacle ? Qui commande le pays et avec quels credos déclarés ? Aujourd’hui le tunisien ne veut plus de réponses tombés du ciel ! Il veut que tout passe par lui, aussi bien les interrogations que les réponses.

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“Face à face”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h21. Photographie Hamideddine Bouali

Concordia civium murus urbium (**)
La rue est devenus depuis janvier une propriété privée de chaque Tunisien, une dépendance de leur maison…La Révolution est née et s’est développée non pas dans les locaux des partis, ni dans les salles de réunions des syndicats, ni depuis les bureaux d’exilés à l’étranger mais sur l’asphalte des artères de Tunisie – citons Kasserine, Thala, Sidi Bouzid et Tunis – encore tachés de sangs et sentant le lacrymogène. Pas un jour ne passe sans qu’il y ait une manifestation, pour la laïcité, contre un gouvernement ou pour « dégager Â» un ambassadeur ; revendications et protestations ne se sont pas interrompues. Le degré le plus élevé de la manifestation est le Sit-in, et la Place du Gouvernement à la Kasbah en a vu deux d’une ampleur populaire impressionnante et d’une efficacité redoutable au point que les demandes ont été, dans leur principe, toutes écoutées et mises en application. Si on ajoute à cela le fait que les Tunisiens ont été appelés à la mi-janvier pour suppléer aux forces de l’ordre, afin de garder leur famille et leurs biens pendant le jour comme de nuit et ce, au péril de leur vie et pendant le couvre-feu, on peut alors comprendre avec quelle force ils considèrent que la rue, qu’ils ont occupée puis défendue, deviennent si importante à « posséder Â». Cette légitimité est, aujourd’hui, encore d’actualité… chaque Tunisien semble dire « touche pas à ma rue Â».

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“Le Petit vaillant patriote”, Le Bardo. Tunis 15 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali

La guerre des images a bien eu lieu

Sortir le matin de la Médina pour se trouver nez à nez avec des visages de cette taille, sans les avoir prévenue…allait forcément pousser les habitants à les décoller.
Je vais tenter une comparaison hasardeuse, en comparant Bab Bhar (Porte de Fance) à un monument sacré, beaucoup plus « intouchable Â» qu’un monument archéologique, sa forme et le fait que l’on peut circuler tout autour peuvent lui donner une immunité, voir des privilèges, qu’une façade d’immeuble n’a pas. Historiquement Bab Bhar, qui fut à l’avènement du protectorat baptisé Porte de France, a vu bien des défis, sinon comment comprendre l’installation en 1925, là à l’entrée de la Médina traditionnelle et musulmane, de la statue du cardinal Lavigerie tenant une immense croix, outrageusement chrétienne ? Les étudiants de l’Université de la Zitouna, située à quelques dizaines de mètres de là, manifestèrent et protestèrent au point que certains furent violemment arrêtés et emprisonnés pour trouble public.
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Statue du cardinal Lavigerie, actuellement Place de la Victoire. Vue coté ville moderne. Début des années cinquante. Photo DR
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Statue du cardinal Lavigerie, ex-Place de la Bourse, actuellement Place de la Victoire. Vue coté Médina. Collection personnelle Bertrand Bouret. Photo DR

Une idée aussi à creuser serait celle de la perception des images dans une société arabo-musulmane. Les images brutes, sans légende et sans titre, sont d’une force inouïe. Promenons-nous à Tunis, ou ailleurs, les affiches de spectacles, les « Unes Â» des journaux et les réclames publicitaires sont toujours accompagnées par de la littérature. Les seules photos muettes sont celles des dictateurs. Elles jouent sur la persistance rétinienne, le matraquage et le gigantisme. Pas besoin de savoir lire pour les assimiler, les bébés comprendront aussi. Dans les dictatures, l’apologie d’un individu, le culte d’une personnalité est arrivé à un point tel qu’il est semblable à de l’adoration commandée. Les photos géantes de personnes sont donc de triste mémoire…Il est encore trop tôt pour en accepter de nouvelles, même si les intentions sont différentes et manifestement louables. Témoin de ce qui s’est passé, je peux sans trop me tromper, juger que les protagonistes ont sans violence, ni écart de langage, avec minutie et concentration décollé toutes ces images. Aucun n’a essayé de se dérober à mes prises de vues. L’effort dépensé a été fait comme un geste citoyen, révolutionnaire, et donc sûrement, à leurs yeux, valorisant, à l’opposé même d’un acte de vandalisme ou de détérioration de biens publics. La présence de médias, une équipe télé et moi-même, a sans aucun doute, non pas encouragé les hésitants, mais permis une théâtralité des gestes !

A portée de main
Mettre ces images à portée de main a inéluctablement invité les passants à s’en approcher, il suffit que l’un d’eux trouve leur affichage inopportun, pour une quelconque raison, il fallait s’attendre que cela aller susciter, encourager et sans aucun doute inviter les autres à faire de même. Deux possibilités s’offraient aux passants, qui sont dans tous les cas des plus-values, soit gribouiller ou dessiner sur les photos soit les déchirer. Il n’y avait pas d’autres alternatives. 
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“Minutie”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h27. Photographie Hamideddine Bouali

Depuis le 14 janvier 2011, le Tunisien est conscient que l’histoire se fera avec l’actualité de son quotidien. Une question fréquemment posées ces derniers temps est : « Mais où étiez-vous le 14 janvier ? Â». Elle sous-entend que l’interrogateur était devant le Ministère de l’Intérieur. Cette concentration inhabituelle d’évènements a déclenché une course à la figuration, chacun voudrait être là où l’Histoire se fait. Et l’Histoire se fait en présence des Médias.
Le Tunisien qui fut ignoré par les médias locaux, lesquels étaient soumis à une pression monstre par l’ancien régime, a pris le contrôle de sa part de l’opinion public, il est conscient, pour la première fois, que sa voix fait partie réellement de la « Vox populi Â». Dans plusieurs micros-trottoirs certains Tunisien justifient leur mécontentement par le fait qu’ils n’ont pas été consultés préalablement avant la nomination d’un responsable ou la prise d’une décision.  Le  tunisien est conscient qu’il est le un dix-millionième des tunisiens et qu’il compte beaucoup plus dans la totalité des habitants qu’une autre personne habitant un pays plus peuplé. Les prochaines élections verront un taux de participation incroyablement élevé.

Aujourd’hui, après que l’on ait choisi pour eux, voté à leur place, forcé à applaudir, le Tunisien refuse le consensus, ne veut pas entendre parler de majorité, qui sent le coup monté, ce qui le pousse par réflexe à dire « Non Â», parfois bien avant d’avoir eu connaissance des détails. Des centaines de responsables fraîchement nommés ont été chassés de leur bureau, des politiques ont été, eux aussi, accueillis par le mot « dégage Â». Le « Non Â» en attendant d’y voir plus clairs semble préférable au « Oui Â» ouvrant la porte à tous les excès. Le peuple n’acceptant plus un acte imposé, aussi esthétique soit-il, il ne veut plus que l’on l’invite à regarder seulement, il veut prendre part, il veut voter, il veut choisir, il veut décider, ce comportement est tout à fait compréhensible après qu’il fut, pendant un demi siècle, ignoré et écarté de la vie publique !

Le projet aurait pu se dérouler autrement si les photos avaient été accrochées plus haut. Elles seraient encore là, mais je n’aurais pas pu effectuer un reportage particulier, il n’y aurait pas eu ce flot important de commentaires sur Facebook, ni l’analyse pertinente d’Adeline Chenon Ramlat(5) ni celle-ci. Nous aurions surtout manqué d’assister à l’affirmation de l’appartenance, de la citoyenneté et du « Moi révolutionnaire Â» d’une trentaine d’individus, sortis des dédales de la Médina et repartis dans le labyrinthe de la ville moderne, sans avoir signé leur Å“uvre.

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“Générations “, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h53. Photographie Hamideddine Bouali

JR de Dallas et JR de Tunis ont une seule chose en commun, l’un comme l’autre suscite un vif débat. Dans les fictions, il est toujours plus aisé de jouer le « Gentil Â», généralement ennuyeux et fade que les « Méchant Â», baroque et imprévisible… 

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“Le reste de la division”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 8h03. Photographie Hamideddine Bouali

…Aujourd’hui les scénaristes trouvent que cette division manichéenne entre méchant/gentil, qui fait très conte de fée, est dépassée. Ils ont donc inventé un nouveau profil de personnage : ce sont les « bons méchants Â» et encore une fois ils ont visé juste à l’instar du succès planétaire du « Dr House Â». Ce médecin réussi par des méthodes déplaisantes, pénibles pour les patients autant que pour leur famille, à guérir les cas les plus complexes.

Hamideddine Bouali
22 mars 2011

(*) « La voix du peuple est la voix de Dieu Â»
(**) « La concorde entre les citoyens, voilà la muraille des villes Â»

(1) Titre qui parodie celui du film “Lost In la Mancha” qui dévoile les coulisses d’un film inachevé, intitulé “L’Homme qui tua Don Quichotte”.
(2) Voir le site officiel de JR : http://www.jr-art.net/
(3) « Artonyme Â», néologisme que j’ai composé pour décrire ce qui s’est passé ce jour-là, ce texte accompagne l’album publié le jour même sur Facebook : “des badauds ont passé des longues minutes à enlever minutieusement les portraits collés tôt le matin par l’équipe InsideOut. “Artocratie en Tunisie” est un projet artistique avec intervention du très célèbre photographe JR. C’est un acte de démocratie aussi bien de la part des photographes que de coller des photos géantes sur la porte Bab Bhar que celui venant de la part des présents en les enlevants. La Performance a eu lieu et c’est l’essentiel à retenir.”.
(4) Lien facebook consultable même sans avoir un compte : http://www.facebook.com/album.php?aid=53308&id=1827421781&l=b124543b67
(5) http://blogs.mediapart.fr/blog/adeline-chenon-ramlat/210311/la-rue-tunisienne-le-photographe-et-jr#comments

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Vox populi, vox Dei (*)
Lost in Tunis(1)
Il existe des actes manqués qui sont plus réussis que s’ils étaient arrivés à leur aboutissement. Que pourrait-on mieux demander à une Å“uvre de l’esprit que de faire remonter à la surface des faits sociologiques pertinents qu’aucune autre méthode n’aurait permis de révéler ? Il n’est pas courant de rencontrer une situation, qui n’a duré qu’un peu plus d’une heure, si dense en enseignements qu’elle pourrait donner lieu à des thèses, des études et même un livre où aussi bien les raisons de l’acte artistique que les réactions seront analysés.
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“Affiches”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h09. Photographie Hamideddine Bouali

Artocratie où quand l’art veut prendre le pouvoir
Dans le site de l’artiste JR (2) on peut lire en guise de carte de visite : Â« JR possède la plus grande galerie d’art au monde. Il expose librement dans les rues du monde entier, attirant ainsi l’attention de ceux qui ne fréquentent pas les musées habituellement. Son travail mêle l’art et l’action et traite d’engagement, de liberté, d’identité et de limite Â».
On sait que la photographie souffre d’une relative faiblesse, celle de son manque de spectaculaire. Une photographie est faite pour être regardée dans une galerie d’exposition ou dans un livre, elle nous accule alors à la passivité, au calme et à la rétrospection. Conscient de cela, JR a développé, que ce soit à Paris, en Amérique Latine ou en Palestine, des idées nouvelles, « fouettées Â», audacieuses qui déplacent et reconfigurent l’acte d’exposer. Au lieu d’être l’aboutissement d’un travail d’artiste, elle devient la clé de démarrage mettant en branle un processus dynamique, dont on ne contrôle plus les ressorts.   

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“Regards”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h33. Photographie Hamideddine Bouali

Ceux qui ont mon âge se rappellent le feuilleton Dallas et forcément du méchant le plus détestable jamais créé dans une fiction. JR Ewing fils aîné d’une famille de milliardaires texans possédant puits de pétrole et biens immobiliers, qui s’ingénie à torturer tous les membres de sa famille. L’acteur Larry Hagman, qui joua le rôle de JR, était si bon acteur que l’on tenta de l’assassiner !

Intentions artistiques
Le projet de JR intitulé « Artocratie Â» est argumenté en ces termes : « Les évènements qui ont secoué la Tunisie début 2011 expriment un profond désir de changement de la part de la population tunisienne. Depuis cinquante ans, les portraits affichés dans les rues étaient ceux du président (Bourguiba, puis Ben Ali). Depuis cinquante ans, les villes les plus importantes étaient la capitale, et la ville d’origine du président. Depuis cinquante ans, la population avait peur du Ministère de l’Intérieur, endroit duquel on ne savait jamais si on allait sortir. Aujourd’hui, les Tunisiens veulent recouvrir le Ministère de l’Intérieur avec des portraits de citoyens de toute la Tunisie. Le peuple reprend le contrôle de son destin, la parole, et le droit à son image. La révolution tunisienne a pris de l’ampleur grâce aux milliers de photos transmises et partagées sur Internet et les réseaux sociaux, ce qui souligne plus que jamais l’importance des images. Artocratie offre à tous les Tunisiens une manière originale d’afficher leur désir de changement, par le biais de l’art contemporain, et invite toutes les composantes de la population à formuler cette volonté de renouveau, en répondant à une question simple sur leur avenir. Cette question n’est pas politique mais plutôt personnelle. Par exemple, « qu’est-ce que tu désires pour tes enfants ? », «qu’est-ce que tu aimerais que les gens pensent de toi ? », « comment imagines-tu ton pays en 2030 ? », «comment tu définis la liberté ? », « qu’est-ce qui te rend heureux ? ».

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“La photographe Sophia Baraket expliquant l’exposition”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h12. Photographie Hamideddine Bouali

Formulé ainsi le projet est alléchant, ambitieux et prometteur. L’audace du projet se situe à plusieurs niveaux, et surtout par le choix de la date : maintenant alors que la Tunisie n’est pas encore complètement stabilisée. On signale encore quelques scènes de rue échappant, pendant un temps plus ou moins long à tout contrôle, des manifestations à caractères politiques et surtout un comportement incohérent ; voitures mal garées ou roulant à contre sens, étalages sauvages sur la voie publique, affichage et tag sur les murs d’enceinte d’institutions officielles. Il me semble que tout cela avait été pris en compte par l’équipe de JR et considéré comme étant un tremplin pour la réussite du projet.

Les faits
L’équipe de collage d’Aristocratie a entrepris, aux premières heures de la journée du 18 mars 2011, de placarder sur Bab Bhar (la Porte de France) des portraits géants de personnes qui ne sont pas connues du grand public. Les passants ; enfants, jeunes et adultes, ont, sans violence ni précipitation décollé toutes les images. A 8h07 rien ne restait de ce qui a été collé, les fichiers-images numériques ont cet avantage de contenir ce détail qui s’avère utile pour ce cas de figure qui s’apparente à un procès-verbal. La veille, au Kram, le même phénomène a été constaté mais avec une certaine violence verbale, et ce, malgré les explications de l’équipe de collage encore sur les lieux.

Réactions
J’ai publié un album-reportage intitulé « Artonyme Â»(3), à propos de ce qui s’est passé,  qui a été abondamment commenté, ce qui est déjà un signe de bonne santé, une démonstration de la réactivité des internautes. Parmi des dizaines de réflexions de toutes natures(4) je retiendrais un échange qui me semble emblématique :

Youssef El Behi : « Pour quelle raison ont-ils enlevé les portraits ? Â»
Marimen Mimi  : « Pour quelle raison les ont-ils mis ? Â»

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“Poster géant”, Ex-Place 7 Novembre-Tunis. Tunis 7 novembre 2009. Photographie Hamideddine Bouali

Ces deux commentaires m’ont éclairé davantage sur les raisons profondes du projet de JR, qui me semble axé sur l’interrogation, le questionnement, il est à l’opposé de ce qui était courant de voir ou de lire dans la rue. On n’a longtemps rencontré que des affirmations que personne ne pouvait remettre en question ; des images géantes des présidents, des affiches de spectacles et des banderoles à caractères politiques…ces placardages étaient des réponses aux questions : Qui est le président ? Où et quant aura lieu tel spectacle ? Qui commande le pays et avec quels credos déclarés ? Aujourd’hui le tunisien ne veut plus de réponses tombés du ciel ! Il veut que tout passe par lui, aussi bien les interrogations que les réponses.

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“Face à face”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h21. Photographie Hamideddine Bouali

Concordia civium murus urbium (**)
La rue est devenus depuis janvier une propriété privée de chaque Tunisien, une dépendance de leur maison…La Révolution est née et s’est développée non pas dans les locaux des partis, ni dans les salles de réunions des syndicats, ni depuis les bureaux d’exilés à l’étranger mais sur l’asphalte des artères de Tunisie – citons Kasserine, Thala, Sidi Bouzid et Tunis – encore tachés de sangs et sentant le lacrymogène. Pas un jour ne passe sans qu’il y ait une manifestation, pour la laïcité, contre un gouvernement ou pour « dégager Â» un ambassadeur ; revendications et protestations ne se sont pas interrompues. Le degré le plus élevé de la manifestation est le Sit-in, et la Place du Gouvernement à la Kasbah en a vu deux d’une ampleur populaire impressionnante et d’une efficacité redoutable au point que les demandes ont été, dans leur principe, toutes écoutées et mises en application. Si on ajoute à cela le fait que les Tunisiens ont été appelés à la mi-janvier pour suppléer aux forces de l’ordre, afin de garder leur famille et leurs biens pendant le jour comme de nuit et ce, au péril de leur vie et pendant le couvre-feu, on peut alors comprendre avec quelle force ils considèrent que la rue, qu’ils ont occupée puis défendue, deviennent si importante à « posséder Â». Cette légitimité est, aujourd’hui, encore d’actualité… chaque Tunisien semble dire « touche pas à ma rue Â».

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“Le Petit vaillant patriote”, Le Bardo. Tunis 15 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali

La guerre des images a bien eu lieu

Sortir le matin de la Médina pour se trouver nez à nez avec des visages de cette taille, sans les avoir prévenue…allait forcément pousser les habitants à les décoller.
Je vais tenter une comparaison hasardeuse, en comparant Bab Bhar (Porte de Fance) à un monument sacré, beaucoup plus « intouchable Â» qu’un monument archéologique, sa forme et le fait que l’on peut circuler tout autour peuvent lui donner une immunité, voir des privilèges, qu’une façade d’immeuble n’a pas. Historiquement Bab Bhar, qui fut à l’avènement du protectorat baptisé Porte de France, a vu bien des défis, sinon comment comprendre l’installation en 1925, là à l’entrée de la Médina traditionnelle et musulmane, de la statue du cardinal Lavigerie tenant une immense croix, outrageusement chrétienne ? Les étudiants de l’Université de la Zitouna, située à quelques dizaines de mètres de là, manifestèrent et protestèrent au point que certains furent violemment arrêtés et emprisonnés pour trouble public.
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Statue du cardinal Lavigerie, actuellement Place de la Victoire. Vue coté ville moderne. Début des années cinquante. Photo DR
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Statue du cardinal Lavigerie, ex-Place de la Bourse, actuellement Place de la Victoire. Vue coté Médina. Collection personnelle Bertrand Bouret. Photo DR

Une idée aussi à creuser serait celle de la perception des images dans une société arabo-musulmane. Les images brutes, sans légende et sans titre, sont d’une force inouïe. Promenons-nous à Tunis, ou ailleurs, les affiches de spectacles, les « Unes Â» des journaux et les réclames publicitaires sont toujours accompagnées par de la littérature. Les seules photos muettes sont celles des dictateurs. Elles jouent sur la persistance rétinienne, le matraquage et le gigantisme. Pas besoin de savoir lire pour les assimiler, les bébés comprendront aussi. Dans les dictatures, l’apologie d’un individu, le culte d’une personnalité est arrivé à un point tel qu’il est semblable à de l’adoration commandée. Les photos géantes de personnes sont donc de triste mémoire…Il est encore trop tôt pour en accepter de nouvelles, même si les intentions sont différentes et manifestement louables. Témoin de ce qui s’est passé, je peux sans trop me tromper, juger que les protagonistes ont sans violence, ni écart de langage, avec minutie et concentration décollé toutes ces images. Aucun n’a essayé de se dérober à mes prises de vues. L’effort dépensé a été fait comme un geste citoyen, révolutionnaire, et donc sûrement, à leurs yeux, valorisant, à l’opposé même d’un acte de vandalisme ou de détérioration de biens publics. La présence de médias, une équipe télé et moi-même, a sans aucun doute, non pas encouragé les hésitants, mais permis une théâtralité des gestes !

A portée de main
Mettre ces images à portée de main a inéluctablement invité les passants à s’en approcher, il suffit que l’un d’eux trouve leur affichage inopportun, pour une quelconque raison, il fallait s’attendre que cela aller susciter, encourager et sans aucun doute inviter les autres à faire de même. Deux possibilités s’offraient aux passants, qui sont dans tous les cas des plus-values, soit gribouiller ou dessiner sur les photos soit les déchirer. Il n’y avait pas d’autres alternatives. 
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“Minutie”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h27. Photographie Hamideddine Bouali

Depuis le 14 janvier 2011, le Tunisien est conscient que l’histoire se fera avec l’actualité de son quotidien. Une question fréquemment posées ces derniers temps est : « Mais où étiez-vous le 14 janvier ? Â». Elle sous-entend que l’interrogateur était devant le Ministère de l’Intérieur. Cette concentration inhabituelle d’évènements a déclenché une course à la figuration, chacun voudrait être là où l’Histoire se fait. Et l’Histoire se fait en présence des Médias.
Le Tunisien qui fut ignoré par les médias locaux, lesquels étaient soumis à une pression monstre par l’ancien régime, a pris le contrôle de sa part de l’opinion public, il est conscient, pour la première fois, que sa voix fait partie réellement de la « Vox populi Â». Dans plusieurs micros-trottoirs certains Tunisien justifient leur mécontentement par le fait qu’ils n’ont pas été consultés préalablement avant la nomination d’un responsable ou la prise d’une décision.  Le  tunisien est conscient qu’il est le un dix-millionième des tunisiens et qu’il compte beaucoup plus dans la totalité des habitants qu’une autre personne habitant un pays plus peuplé. Les prochaines élections verront un taux de participation incroyablement élevé.

Aujourd’hui, après que l’on ait choisi pour eux, voté à leur place, forcé à applaudir, le Tunisien refuse le consensus, ne veut pas entendre parler de majorité, qui sent le coup monté, ce qui le pousse par réflexe à dire « Non Â», parfois bien avant d’avoir eu connaissance des détails. Des centaines de responsables fraîchement nommés ont été chassés de leur bureau, des politiques ont été, eux aussi, accueillis par le mot « dégage Â». Le « Non Â» en attendant d’y voir plus clairs semble préférable au « Oui Â» ouvrant la porte à tous les excès. Le peuple n’acceptant plus un acte imposé, aussi esthétique soit-il, il ne veut plus que l’on l’invite à regarder seulement, il veut prendre part, il veut voter, il veut choisir, il veut décider, ce comportement est tout à fait compréhensible après qu’il fut, pendant un demi siècle, ignoré et écarté de la vie publique !

Le projet aurait pu se dérouler autrement si les photos avaient été accrochées plus haut. Elles seraient encore là, mais je n’aurais pas pu effectuer un reportage particulier, il n’y aurait pas eu ce flot important de commentaires sur Facebook, ni l’analyse pertinente d’Adeline Chenon Ramlat(5) ni celle-ci. Nous aurions surtout manqué d’assister à l’affirmation de l’appartenance, de la citoyenneté et du « Moi révolutionnaire Â» d’une trentaine d’individus, sortis des dédales de la Médina et repartis dans le labyrinthe de la ville moderne, sans avoir signé leur Å“uvre.

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“Générations “, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 7h53. Photographie Hamideddine Bouali

JR de Dallas et JR de Tunis ont une seule chose en commun, l’un comme l’autre suscite un vif débat. Dans les fictions, il est toujours plus aisé de jouer le « Gentil Â», généralement ennuyeux et fade que les « Méchant Â», baroque et imprévisible… 

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“Le reste de la division”, Bab B’har (Porte de France). Tunis 18 mars 2011, 8h03. Photographie Hamideddine Bouali

…Aujourd’hui les scénaristes trouvent que cette division manichéenne entre méchant/gentil, qui fait très conte de fée, est dépassée. Ils ont donc inventé un nouveau profil de personnage : ce sont les « bons méchants Â» et encore une fois ils ont visé juste à l’instar du succès planétaire du « Dr House Â». Ce médecin réussi par des méthodes déplaisantes, pénibles pour les patients autant que pour leur famille, à guérir les cas les plus complexes.

Hamideddine Bouali
22 mars 2011

(*) « La voix du peuple est la voix de Dieu Â»
(**) « La concorde entre les citoyens, voilà la muraille des villes Â»

(1) Titre qui parodie celui du film “Lost In la Mancha” qui dévoile les coulisses d’un film inachevé, intitulé “L’Homme qui tua Don Quichotte”.
(2) Voir le site officiel de JR : http://www.jr-art.net/
(3) « Artonyme Â», néologisme que j’ai composé pour décrire ce qui s’est passé ce jour-là, ce texte accompagne l’album publié le jour même sur Facebook : “des badauds ont passé des longues minutes à enlever minutieusement les portraits collés tôt le matin par l’équipe InsideOut. “Artocratie en Tunisie” est un projet artistique avec intervention du très célèbre photographe JR. C’est un acte de démocratie aussi bien de la part des photographes que de coller des photos géantes sur la porte Bab Bhar que celui venant de la part des présents en les enlevants. La Performance a eu lieu et c’est l’essentiel à retenir.”.
(4) Lien facebook consultable même sans avoir un compte : http://www.facebook.com/album.php?aid=53308&id=1827421781&l=b124543b67
(5) http://blogs.mediapart.fr/blog/adeline-chenon-ramlat/210311/la-rue-tunisienne-le-photographe-et-jr#comments

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Une Révolution à la tunisienne


Entre chance et hasard

Mettons, uniquement, sur le compte du simple hasard le fait que j’ai longuement évoqué dernièrement le pourcentage, double de la moyenne mondiale, des Tunisiens ayant un compte Facebook (1), qui a tenu et qui tient encore un rôle majeur dans la Révolution de Tunisie.
J’ai aussi, longuement, parlé de mes peurs à l’approche de l’année 2011, qui coïncidera avec mes 50 ans (2). Mezzo camino à la Dante Alighieri ! Que pourrait mieux souhaiter un photographe comme cadeau d’anniversaire pour ces 50 ans, qu’un événement planétaire à portée de main, j’allais dire sur le pas de la porte ? Aux lendemains de la date de mon anniversaire, je me suis trouvé nez à nez avec un sujet de photographie dont je n’ai décidé ni de l’heure ni de l’endroit ! Il fallait être témoin, rendre compte de ce que je voyais…

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“Défilé en tout genre”, la Kasbah, 24 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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Au mois de décembre 2010, lors de la « Manif’oto Â» (3) qui clôtura une année d’activité du Club Photo de Tunis, je décidais d’organiser deux composantes qui, aujourd’hui, s’avèrent avoir été d’une grande utilité. Un colloque à propos du « droit d’images, droit à l‘image Â» mais aussi la projection du film « Under fire Â» et un débat à propos du métier de photo reporter. Qui aurait dit alors, c’est le 11 et le 12 décembre 2010 quelques jours avant l’immolation de Mohamed Bouaziz, que ces enseignements allaient être d’une grande utilité, avec de surcroît, un passage au volet pratique aussi rapidement ?

La soudaine célébrité des anonymes

Je suis connu pour ne pas être quelqu’un de chauvin, mais il me semble que les Tunisiens, de part une histoire riche en hommes célèbres qui ont vécu dans un territoire qui fut plus grand qu’il ne paraissait sur les cartes géographique, ont de quoi être fiers d’être nés ici.
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“Sauve qui peut”, Tunis le 18 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Cavalier de l’apocalypse”, Tunis 18 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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Cette logique est aujourd’hui mise à mal. D’abord parce que les événements de Tunisie qui ont fait la « Une Â» des médias du monde entier ont été accompli par des Tunisiens, anonymes dans leur ensemble, qui, dans leur quasi majorité, n’ont aucun passé syndicaliste, politique ou militant. Bien évidement, on avait cité Mohamed Bouazizi, mais celui-ci en s’immolant, suite à un traitement humiliant par une représentante des autorités locales de Sidi Bouzid, est devenu célèbre à la suite de sa disparition. Paradoxale reconnaissance qu’il ne pourra jamais savourer. C’est pour cette raison que la Révolution tunisienne ne ressemble à aucune autre, ni dans les motifs ni dans les moyens. 
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“Soeur et mère de Mohamed Bouazizi”, Sidi Bouzid le 24 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali.
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Un leader, virtuel, dont la principale action étant sa disparition, avec comme outil de propagande les plus modernes d’entre eux : facebook et twitter, enfin une rapidité époustouflante qui a éjecté un régime vieux de 23 ans. Voilà donc résumé, en peu de mots, ce qui se passe aujourd’hui en Tunisie, la même logique s’applique aux événements d’Égypte et à ceux qui ont lieu en ce moment même en Libye. Après un demi-siècle d’apologie artificielle d’un personnage unique, les peuples ont décidé à la fois de supprimer les pouvoirs en place ainsi que la notion même de l’individualité.
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“Destruction des symboles de l’ancien régime” (lettre composant le nom du partie RCD emporté par un manifestant) siège du parti politique de Ben Ali, Tunis le 20 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
 
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Facebook, Twitter et Wikileaks
Cette révolution n’est ni de jasmin ni celle de la jeunesse. C’est bien dans les régions arides qu’elle s’est déclenchée et sans les années de combats de tous les patriotes de tout bords, syndicalistes, politiques artistes et citoyens qui depuis des décennies se sont opposés au régime, chacun avec ses moyens, que l’opinion publique et la volonté de passer aux actes a pu avoir lieu. Nous n’avons pas le droit d’oublier les forums politiques des campus universitaire, les insurrections bâillonnés dès leur naissance ainsi que les prisonniers politiques qui ont croupis des dizaines d’année dans des prisons oubliées. 

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“Vox Populi”, Tunis le 27 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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Aujourd’hui la Révolution a pu avoir lieu car les instruments disponibles n’existaient pas dans les années précédentes. Les intentions avaient toujours existés pour changer le cours de l’histoire mais à défaut de moyens efficaces pour ameuter le peuple, elles avortaient avant de devenir pleinement efficaces.

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“Dialogue au delà des obstacles”, La Kasbah, 24 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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Nous étions tous presque certains que la jeunesse tunisienne était apolitique, et qu’elle ne suivait pas les actualités. Aujourd’hui on se demande encore comment elle a pu en un seul geste mettre à plat un édifice aussi bien ancré dans le pays ? Il me semble que tous les éléments pour constituer un mouvement étaient pourtant bien là. Les supporters des grandes équipes de football avaient, depuis des années, mis en place des réflexes d’organisation rationnelle ; distribution de fanions, chansons entonnées en chÅ“ur, tenues uniformes. D’autre part de petits groupements de tunisiens s’étaient auto constitués parfois sans passer par le dépôt de visas, citons les randonneurs, les scouts, les fans de flash mobs, bien que minuscules par rapport à l’ensemble de la population, démontrent bien qu’une idée de ralliement assez forte peut, avec l’aide de Facebook et de Twitter, rassembler des milliers de personnes. Les structures et les réflexes sont bien là…le jour où elles ont été mises au service de la politique, la Tunisie toute entière changea de tenue, entonna un seul chant et suivit le même sentier…celui de la gloire !

Wikileaks vient pour donner le coup de grâce, bien que tout le monde savait par ouï-dire de ce qu’il en était du régime, que des livres interdits de vente furent distribués et lus plus que s’ils étaient vendus légalement, mais le fait que l’ambassadeur de l’allié traditionnel du régime utilise le terme « mafieux Â», qui pour les Américains a une signification bien précise fut, comme les trois coups du marteau du juge : la sentence fut prononcée et sera sans appel.
Les Tunisiens sont désormais libres et rien ne pourra les faire reculer d’un pas. Facebook fut pour eux le télégraphe morse et la radio amateur des guerres et des soulèvements d’avant internet. 



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“L’Armée est là”, La Kasbah, 27 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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Des images aveuglantes
Aujourd’hui ce réseau social a permis de dévoiler chacun d’entre-nous. Certains plongèrent dans une panique contagieuse, d’autres, téméraires et héroïques, ont sonné le tocsin dès décembre 2010, mais la majorité se contentait de partager les premières images d’un carnage sans précédent dans nos contrées. A Sidi Bouzid, à Kasserine et Thala on assassinait des Tunisiens parce qu’ils réclamaient un emploi ou une amélioration des conditions de vie. Comme la quasi majorité des tunisiens j’ai donc suivi ce qui se passait avec un effarement teinté d’incrédulité. La monstruosité des actes de barbarie commise aux noms de l’État était si inconcevable que je me contentais de regarder les dizaines de vidéos posté et partagé sans savoir quels mots ajouter aux indicibles images. Des Tunisiens assassinés jetés à même le sol ou sur des lits d’hôpitaux, avec des blessures de guerre, des couloirs bondés de monde venu, eux aussi, constater l’ampleur du massacre. Handicapé par la terreur qui régnait depuis les dernières années de Ben Ali, je n’osais même pas commenter, moi qui étais bavard aussi bien dans mes discussions que dans mes chroniques, je restais sans voix. Oui j’avais peur, j’étais lâche, je fus tétanisé par ce rouleau compresseur qui venait avec une vive allure. Depuis ma visite à Redeyef j’ai pu constater comment les forces de l’ordre ont perdu ce titre.  Redeyef qui fut en deux ans soumis aux rafales de la police puis à des averses meurtrières n’a pas, jusqu’a aujourd’hui, complètement pansé ses plaies. Sidi Bouzid elle-même fut le théâtre d’injustices révoltantes; terres confisquées, jeunesse oubliées et revendications matées à coup de batons.
Cette Tunisie longtemps cadenassé, quadrillés par une police en uniforme et une autre fantôme, invisible et omniprésente qui faisait régner une terreur moyenâgeuse, se retenait plus qu’il n’en fallait. Ce qui était un mouvement social devient une insurrection à cause des manières brutales du régime. Facebook se transforma à la fin de l’année précédant en un moyen d’information crédible, un nouveau parti politique, une tribune de fortune, un Hyde Park aussi grand que la Tunisie.
Qui aurait pu imaginer, ou même rêver, que le régime de Ben Ali allait aussi rapidement s’effondrer ? La dynastie était partie pour s’éterniser et les seuls commentaires sur le sujet portaient uniquement sur l’ordre de succession. Un parallèle pourrait être établi entre le suicide de Bouazizi et les actes suicidaires des autorités politiques, les deux n’ont pas calculé les conséquences de leurs actes, les deux ont été réalisés dans l’urgence et faute de mieux.

Un janvier rouge sang
Je prenais connaissance des dates des manifestations en ce début de janvier par l’intermédiaire de facebook, j’y allais avec mon sac photo et je n’osais pas tirer mon appareil photo, la peur au ventre d’être matraqué et l’inexpérience de ce genre de photographie m’ont empêché de le faire. Facebook était utilisé par les manifestants mais aussi par les renseignements généraux qui transmettaient aux forces de l’ordre le lieu, la date et le nombre estimé de participants. Sur place on pouvait facilement localiser le cantonnement de la police anti émeute faussement installé dans des bus jaunes de la société de transport public, moins visibles que les fourgons bleus de service, mais, qui pourrait deviner l’intention qui se cache derrière les milliers de personnes qui circulaient à Tunis ? Souvent, il me semblait que les agents de l’ordre, tout corps confondus, dépassait de loin la masse des badauds et potentiel manifestant…peut-être à cause de la peur !
Mais le fait de regarder la manière dont les forces de l’ordre quadrillaient les lieux, de visualiser la meilleure manière de quitter les lieux avant que cela ne se gâte ainsi que les meilleurs emplacements pour faire des photos ajouté à ma bonne connaissance de la géographie de Tunis m’ont été d’un grand secours pour les jours suivants.

.

Recyclage forcé
A vrai dire je ne suis pas un photoreporter selon la définition consacrée, je ne faisais que prendre en photo ce que je choisissais, ce qui veut dire à l’encontre même de ce que doit être un photoreporter.
Depuis Aout 2009, j’ai pris l’habitude de photographier et de publier sur Facebook et sur ce blog ce que je voyais en Tunisie et particulièrement à Tunis. Une série d’albums intitulée « Tunis est ainsi et je ne l’échangerais pour rien au monde Â» me permettait d’évoquer cette ville que je connais depuis 50 ans et que je voyais changer, muter, se transformer et parfois se défigurer. Les Tunisiens, l’urbanisme, les manifestations culturelles, les laissés pour comptes, mendiants ou sdf, les nantis, les solitaires et les amoureux, les familles et les ados, je ne m’interdisais aucun sujet. Faute d’avoir assez de courage et d’expérience pour maîtriser le photoreportage, je décidais le 30 décembre 2010 à aller à Sidi Bou Saïd avec l’intention manifeste de faire comme si c’était Sidi Bouzid(4).

Naïveté d’un citoyen paisible
J’avoue que je fus crédule au point de croire le troisième discours de Ben Ali et je m’empressais d’écrire sur Facebook que le peuple à gagné une grande bataille, celle de la liberté d’expression. Le souhait de ne plus revoir les images des carnages d’innocents, le vÅ“u de retrouver mon Tunis reprendre sa vie normale ainsi que la peur de voir une répression encore plus musclée s’abattre sur nos têtes ont été les raisons de mon optimisme.  Mais quelques minutes plus tard, on apprenait que les scènes de liesses sur les plateaux télé et même dans l’avenue Habib Bourguiba, malgré le couvre feu en place, étaient montées de toutes pièces…rideau : « E finita la comédia Â».
Je m’arrêtais alors, ce jour-là, de faire des commentaires sur Facebook à caractère politique et je me décidais de faire ce que je savais faire avec moins de faute : photographier.

.

[image]
“Victoire de Tunisie”, (manifestation pour la laïcité et la tolérance), Tunis le 19 février 2011. Photographie Hamideddine Bouali
Depuis le 13 janvier j’ai quotidiennement photographié, Tunis, puis Sidi Bouzid, me prenant pour un reporter, c’est à dire ayant une mission à accomplir : rendre compte, et un crédo : la vérité. Je n’ai jamais autant photographié, jamais été face à une histoire qui se fait, jamais eu si peur, jamais été si exalté  …Jamais été si vivant !!! 

Hamideddine Bouali
22 février 2011
(1) http://du-photographique.blogspot.com/2010/10/chronique-grise.html  

(2) http://du-photographique.blogspot.com/2010/11/chronique-narcissique.html
(3) http://du-photographique.blogspot.com/2010/12/manifoto-2010.html
(4) http://du-photographique.blogspot.com/2010/12/chronique-actuelle.html

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Une Révolution à la tunisienne


Entre chance et hasard

Mettons, uniquement, sur le compte du simple hasard le fait que j’ai longuement évoqué dernièrement le pourcentage, double de la moyenne mondiale, des Tunisiens ayant un compte Facebook (1), qui a tenu et qui tient encore un rôle majeur dans la Révolution de Tunisie.
J’ai aussi, longuement, parlé de mes peurs à l’approche de l’année 2011, qui coïncidera avec mes 50 ans (2). Mezzo camino à la Dante Alighieri ! Que pourrait mieux souhaiter un photographe comme cadeau d’anniversaire pour ces 50 ans, qu’un événement planétaire à portée de main, j’allais dire sur le pas de la porte ? Aux lendemains de la date de mon anniversaire, je me suis trouvé nez à nez avec un sujet de photographie dont je n’ai décidé ni de l’heure ni de l’endroit ! Il fallait être témoin, rendre compte de ce que je voyais…

.

[image]
“Défilé en tout genre”, la Kasbah, 24 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
.
Au mois de décembre 2010, lors de la « Manif’oto Â» (3) qui clôtura une année d’activité du Club Photo de Tunis, je décidais d’organiser deux composantes qui, aujourd’hui, s’avèrent avoir été d’une grande utilité. Un colloque à propos du « droit d’images, droit à l‘image Â» mais aussi la projection du film « Under fire Â» et un débat à propos du métier de photo reporter. Qui aurait dit alors, c’est le 11 et le 12 décembre 2010 quelques jours avant l’immolation de Mohamed Bouaziz, que ces enseignements allaient être d’une grande utilité, avec de surcroît, un passage au volet pratique aussi rapidement ?

La soudaine célébrité des anonymes

Je suis connu pour ne pas être quelqu’un de chauvin, mais il me semble que les Tunisiens, de part une histoire riche en hommes célèbres qui ont vécu dans un territoire qui fut plus grand qu’il ne paraissait sur les cartes géographique, ont de quoi être fiers d’être nés ici.
.
[image]
“Sauve qui peut”, Tunis le 18 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
.
[image]
“Cavalier de l’apocalypse”, Tunis 18 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
.
Cette logique est aujourd’hui mise à mal. D’abord parce que les événements de Tunisie qui ont fait la « Une Â» des médias du monde entier ont été accompli par des Tunisiens, anonymes dans leur ensemble, qui, dans leur quasi majorité, n’ont aucun passé syndicaliste, politique ou militant. Bien évidement, on avait cité Mohamed Bouazizi, mais celui-ci en s’immolant, suite à un traitement humiliant par une représentante des autorités locales de Sidi Bouzid, est devenu célèbre à la suite de sa disparition. Paradoxale reconnaissance qu’il ne pourra jamais savourer. C’est pour cette raison que la Révolution tunisienne ne ressemble à aucune autre, ni dans les motifs ni dans les moyens. 
.
[image]
“Soeur et mère de Mohamed Bouazizi”, Sidi Bouzid le 24 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali.
.
 
Un leader, virtuel, dont la principale action étant sa disparition, avec comme outil de propagande les plus modernes d’entre eux : facebook et twitter, enfin une rapidité époustouflante qui a éjecté un régime vieux de 23 ans. Voilà donc résumé, en peu de mots, ce qui se passe aujourd’hui en Tunisie, la même logique s’applique aux événements d’Égypte et à ceux qui ont lieu en ce moment même en Libye. Après un demi-siècle d’apologie artificielle d’un personnage unique, les peuples ont décidé à la fois de supprimer les pouvoirs en place ainsi que la notion même de l’individualité.
.
[image]
“Destruction des symboles de l’ancien régime” (lettre composant le nom du partie RCD emporté par un manifestant) siège du parti politique de Ben Ali, Tunis le 20 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
 
.

Facebook, Twitter et Wikileaks
Cette révolution n’est ni de jasmin ni celle de la jeunesse. C’est bien dans les régions arides qu’elle s’est déclenchée et sans les années de combats de tous les patriotes de tout bords, syndicalistes, politiques artistes et citoyens qui depuis des décennies se sont opposés au régime, chacun avec ses moyens, que l’opinion publique et la volonté de passer aux actes a pu avoir lieu. Nous n’avons pas le droit d’oublier les forums politiques des campus universitaire, les insurrections bâillonnés dès leur naissance ainsi que les prisonniers politiques qui ont croupis des dizaines d’année dans des prisons oubliées. 

.
[image]
“Vox Populi”, Tunis le 27 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
.

Aujourd’hui la Révolution a pu avoir lieu car les instruments disponibles n’existaient pas dans les années précédentes. Les intentions avaient toujours existés pour changer le cours de l’histoire mais à défaut de moyens efficaces pour ameuter le peuple, elles avortaient avant de devenir pleinement efficaces.

.

[image]
“Dialogue au delà des obstacles”, La Kasbah, 24 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
.
Nous étions tous presque certains que la jeunesse tunisienne était apolitique, et qu’elle ne suivait pas les actualités. Aujourd’hui on se demande encore comment elle a pu en un seul geste mettre à plat un édifice aussi bien ancré dans le pays ? Il me semble que tous les éléments pour constituer un mouvement étaient pourtant bien là. Les supporters des grandes équipes de football avaient, depuis des années, mis en place des réflexes d’organisation rationnelle ; distribution de fanions, chansons entonnées en chÅ“ur, tenues uniformes. D’autre part de petits groupements de tunisiens s’étaient auto constitués parfois sans passer par le dépôt de visas, citons les randonneurs, les scouts, les fans de flash mobs, bien que minuscules par rapport à l’ensemble de la population, démontrent bien qu’une idée de ralliement assez forte peut, avec l’aide de Facebook et de Twitter, rassembler des milliers de personnes. Les structures et les réflexes sont bien là…le jour où elles ont été mises au service de la politique, la Tunisie toute entière changea de tenue, entonna un seul chant et suivit le même sentier…celui de la gloire !

Wikileaks vient pour donner le coup de grâce, bien que tout le monde savait par ouï-dire de ce qu’il en était du régime, que des livres interdits de vente furent distribués et lus plus que s’ils étaient vendus légalement, mais le fait que l’ambassadeur de l’allié traditionnel du régime utilise le terme « mafieux Â», qui pour les Américains a une signification bien précise fut, comme les trois coups du marteau du juge : la sentence fut prononcée et sera sans appel.
Les Tunisiens sont désormais libres et rien ne pourra les faire reculer d’un pas. Facebook fut pour eux le télégraphe morse et la radio amateur des guerres et des soulèvements d’avant internet. 



[image]
“L’Armée est là”, La Kasbah, 27 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
.
Des images aveuglantes
Aujourd’hui ce réseau social a permis de dévoiler chacun d’entre-nous. Certains plongèrent dans une panique contagieuse, d’autres, téméraires et héroïques, ont sonné le tocsin dès décembre 2010, mais la majorité se contentait de partager les premières images d’un carnage sans précédent dans nos contrées. A Sidi Bouzid, à Kasserine et Thala on assassinait des Tunisiens parce qu’ils réclamaient un emploi ou une amélioration des conditions de vie. Comme la quasi majorité des tunisiens j’ai donc suivi ce qui se passait avec un effarement teinté d’incrédulité. La monstruosité des actes de barbarie commise aux noms de l’État était si inconcevable que je me contentais de regarder les dizaines de vidéos posté et partagé sans savoir quels mots ajouter aux indicibles images. Des Tunisiens assassinés jetés à même le sol ou sur des lits d’hôpitaux, avec des blessures de guerre, des couloirs bondés de monde venu, eux aussi, constater l’ampleur du massacre. Handicapé par la terreur qui régnait depuis les dernières années de Ben Ali, je n’osais même pas commenter, moi qui étais bavard aussi bien dans mes discussions que dans mes chroniques, je restais sans voix. Oui j’avais peur, j’étais lâche, je fus tétanisé par ce rouleau compresseur qui venait avec une vive allure. Depuis ma visite à Redeyef j’ai pu constater comment les forces de l’ordre ont perdu ce titre.  Redeyef qui fut en deux ans soumis aux rafales de la police puis à des averses meurtrières n’a pas, jusqu’a aujourd’hui, complètement pansé ses plaies. Sidi Bouzid elle-même fut le théâtre d’injustices révoltantes; terres confisquées, jeunesse oubliées et revendications matées à coup de batons.
Cette Tunisie longtemps cadenassé, quadrillés par une police en uniforme et une autre fantôme, invisible et omniprésente qui faisait régner une terreur moyenâgeuse, se retenait plus qu’il n’en fallait. Ce qui était un mouvement social devient une insurrection à cause des manières brutales du régime. Facebook se transforma à la fin de l’année précédant en un moyen d’information crédible, un nouveau parti politique, une tribune de fortune, un Hyde Park aussi grand que la Tunisie.
Qui aurait pu imaginer, ou même rêver, que le régime de Ben Ali allait aussi rapidement s’effondrer ? La dynastie était partie pour s’éterniser et les seuls commentaires sur le sujet portaient uniquement sur l’ordre de succession. Un parallèle pourrait être établi entre le suicide de Bouazizi et les actes suicidaires des autorités politiques, les deux n’ont pas calculé les conséquences de leurs actes, les deux ont été réalisés dans l’urgence et faute de mieux.

Un janvier rouge sang
Je prenais connaissance des dates des manifestations en ce début de janvier par l’intermédiaire de facebook, j’y allais avec mon sac photo et je n’osais pas tirer mon appareil photo, la peur au ventre d’être matraqué et l’inexpérience de ce genre de photographie m’ont empêché de le faire. Facebook était utilisé par les manifestants mais aussi par les renseignements généraux qui transmettaient aux forces de l’ordre le lieu, la date et le nombre estimé de participants. Sur place on pouvait facilement localiser le cantonnement de la police anti émeute faussement installé dans des bus jaunes de la société de transport public, moins visibles que les fourgons bleus de service, mais, qui pourrait deviner l’intention qui se cache derrière les milliers de personnes qui circulaient à Tunis ? Souvent, il me semblait que les agents de l’ordre, tout corps confondus, dépassait de loin la masse des badauds et potentiel manifestant…peut-être à cause de la peur !
Mais le fait de regarder la manière dont les forces de l’ordre quadrillaient les lieux, de visualiser la meilleure manière de quitter les lieux avant que cela ne se gâte ainsi que les meilleurs emplacements pour faire des photos ajouté à ma bonne connaissance de la géographie de Tunis m’ont été d’un grand secours pour les jours suivants.

.

Recyclage forcé
A vrai dire je ne suis pas un photoreporter selon la définition consacrée, je ne faisais que prendre en photo ce que je choisissais, ce qui veut dire à l’encontre même de ce que doit être un photoreporter.
Depuis Aout 2009, j’ai pris l’habitude de photographier et de publier sur Facebook et sur ce blog ce que je voyais en Tunisie et particulièrement à Tunis. Une série d’albums intitulée « Tunis est ainsi et je ne l’échangerais pour rien au monde Â» me permettait d’évoquer cette ville que je connais depuis 50 ans et que je voyais changer, muter, se transformer et parfois se défigurer. Les Tunisiens, l’urbanisme, les manifestations culturelles, les laissés pour comptes, mendiants ou sdf, les nantis, les solitaires et les amoureux, les familles et les ados, je ne m’interdisais aucun sujet. Faute d’avoir assez de courage et d’expérience pour maîtriser le photoreportage, je décidais le 30 décembre 2010 à aller à Sidi Bou Saïd avec l’intention manifeste de faire comme si c’était Sidi Bouzid(4).

Naïveté d’un citoyen paisible
J’avoue que je fus crédule au point de croire le troisième discours de Ben Ali et je m’empressais d’écrire sur Facebook que le peuple à gagné une grande bataille, celle de la liberté d’expression. Le souhait de ne plus revoir les images des carnages d’innocents, le vÅ“u de retrouver mon Tunis reprendre sa vie normale ainsi que la peur de voir une répression encore plus musclée s’abattre sur nos têtes ont été les raisons de mon optimisme.  Mais quelques minutes plus tard, on apprenait que les scènes de liesses sur les plateaux télé et même dans l’avenue Habib Bourguiba, malgré le couvre feu en place, étaient montées de toutes pièces…rideau : « E finita la comédia Â».
Je m’arrêtais alors, ce jour-là, de faire des commentaires sur Facebook à caractère politique et je me décidais de faire ce que je savais faire avec moins de faute : photographier.

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[image]
“Victoire de Tunisie”, (manifestation pour la laïcité et la tolérance), Tunis le 19 février 2011. Photographie Hamideddine Bouali
Depuis le 13 janvier j’ai quotidiennement photographié, Tunis, puis Sidi Bouzid, me prenant pour un reporter, c’est à dire ayant une mission à accomplir : rendre compte, et un crédo : la vérité. Je n’ai jamais autant photographié, jamais été face à une histoire qui se fait, jamais eu si peur, jamais été si exalté  …Jamais été si vivant !!! 

Hamideddine Bouali
22 février 2011
(1) http://du-photographique.blogspot.com/2010/10/chronique-grise.html  

(2) http://du-photographique.blogspot.com/2010/11/chronique-narcissique.html
(3) http://du-photographique.blogspot.com/2010/12/manifoto-2010.html
(4) http://du-photographique.blogspot.com/2010/12/chronique-actuelle.html

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Une Révolution à la tunisienne


Entre chance et hasard

Mettons, uniquement, sur le compte du simple hasard le fait que j’ai longuement évoqué dernièrement le pourcentage, double de la moyenne mondiale, des Tunisiens ayant un compte Facebook (1), qui a tenu et qui tient encore un rôle majeur dans la Révolution de Tunisie.
J’ai aussi, longuement, parlé de mes peurs à l’approche de l’année 2011, qui coïncidera avec mes 50 ans (2). Mezzo camino à la Dante Alighieri ! Que pourrait mieux souhaiter un photographe comme cadeau d’anniversaire pour ces 50 ans, qu’un événement planétaire à portée de main, j’allais dire sur le pas de la porte ? Aux lendemains de la date de mon anniversaire, je me suis trouvé nez à nez avec un sujet de photographie dont je n’ai décidé ni de l’heure ni de l’endroit ! Il fallait être témoin, rendre compte de ce que je voyais…

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[image]
“Défilé en tout genre”, la Kasbah, 24 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
.
Au mois de décembre 2010, lors de la « Manif’oto Â» (3) qui clôtura une année d’activité du Club Photo de Tunis, je décidais d’organiser deux composantes qui, aujourd’hui, s’avèrent avoir été d’une grande utilité. Un colloque à propos du « droit d’images, droit à l‘image Â» mais aussi la projection du film « Under fire Â» et un débat à propos du métier de photo reporter. Qui aurait dit alors, c’est le 11 et le 12 décembre 2010 quelques jours avant l’immolation de Mohamed Bouaziz, que ces enseignements allaient être d’une grande utilité, avec de surcroît, un passage au volet pratique aussi rapidement ?

La soudaine célébrité des anonymes

Je suis connu pour ne pas être quelqu’un de chauvin, mais il me semble que les Tunisiens, de part une histoire riche en hommes célèbres qui ont vécu dans un territoire qui fut plus grand qu’il ne paraissait sur les cartes géographique, ont de quoi être fiers d’être nés ici.
.
[image]
“Sauve qui peut”, Tunis le 18 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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[image]
“Cavalier de l’apocalypse”, Tunis 18 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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Cette logique est aujourd’hui mise à mal. D’abord parce que les événements de Tunisie qui ont fait la « Une Â» des médias du monde entier ont été accompli par des Tunisiens, anonymes dans leur ensemble, qui, dans leur quasi majorité, n’ont aucun passé syndicaliste, politique ou militant. Bien évidement, on avait cité Mohamed Bouazizi, mais celui-ci en s’immolant, suite à un traitement humiliant par une représentante des autorités locales de Sidi Bouzid, est devenu célèbre à la suite de sa disparition. Paradoxale reconnaissance qu’il ne pourra jamais savourer. C’est pour cette raison que la Révolution tunisienne ne ressemble à aucune autre, ni dans les motifs ni dans les moyens. 
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[image]
“Soeur et mère de Mohamed Bouazizi”, Sidi Bouzid le 24 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali.
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Un leader, virtuel, dont la principale action étant sa disparition, avec comme outil de propagande les plus modernes d’entre eux : facebook et twitter, enfin une rapidité époustouflante qui a éjecté un régime vieux de 23 ans. Voilà donc résumé, en peu de mots, ce qui se passe aujourd’hui en Tunisie, la même logique s’applique aux événements d’Égypte et à ceux qui ont lieu en ce moment même en Libye. Après un demi-siècle d’apologie artificielle d’un personnage unique, les peuples ont décidé à la fois de supprimer les pouvoirs en place ainsi que la notion même de l’individualité.
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[image]
“Destruction des symboles de l’ancien régime” (lettre composant le nom du partie RCD emporté par un manifestant) siège du parti politique de Ben Ali, Tunis le 20 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
 
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Facebook, Twitter et Wikileaks
Cette révolution n’est ni de jasmin ni celle de la jeunesse. C’est bien dans les régions arides qu’elle s’est déclenchée et sans les années de combats de tous les patriotes de tout bords, syndicalistes, politiques artistes et citoyens qui depuis des décennies se sont opposés au régime, chacun avec ses moyens, que l’opinion publique et la volonté de passer aux actes a pu avoir lieu. Nous n’avons pas le droit d’oublier les forums politiques des campus universitaire, les insurrections bâillonnés dès leur naissance ainsi que les prisonniers politiques qui ont croupis des dizaines d’année dans des prisons oubliées. 

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[image]
“Vox Populi”, Tunis le 27 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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Aujourd’hui la Révolution a pu avoir lieu car les instruments disponibles n’existaient pas dans les années précédentes. Les intentions avaient toujours existés pour changer le cours de l’histoire mais à défaut de moyens efficaces pour ameuter le peuple, elles avortaient avant de devenir pleinement efficaces.

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[image]
“Dialogue au delà des obstacles”, La Kasbah, 24 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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Nous étions tous presque certains que la jeunesse tunisienne était apolitique, et qu’elle ne suivait pas les actualités. Aujourd’hui on se demande encore comment elle a pu en un seul geste mettre à plat un édifice aussi bien ancré dans le pays ? Il me semble que tous les éléments pour constituer un mouvement étaient pourtant bien là. Les supporters des grandes équipes de football avaient, depuis des années, mis en place des réflexes d’organisation rationnelle ; distribution de fanions, chansons entonnées en chÅ“ur, tenues uniformes. D’autre part de petits groupements de tunisiens s’étaient auto constitués parfois sans passer par le dépôt de visas, citons les randonneurs, les scouts, les fans de flash mobs, bien que minuscules par rapport à l’ensemble de la population, démontrent bien qu’une idée de ralliement assez forte peut, avec l’aide de Facebook et de Twitter, rassembler des milliers de personnes. Les structures et les réflexes sont bien là…le jour où elles ont été mises au service de la politique, la Tunisie toute entière changea de tenue, entonna un seul chant et suivit le même sentier…celui de la gloire !

Wikileaks vient pour donner le coup de grâce, bien que tout le monde savait par ouï-dire de ce qu’il en était du régime, que des livres interdits de vente furent distribués et lus plus que s’ils étaient vendus légalement, mais le fait que l’ambassadeur de l’allié traditionnel du régime utilise le terme « mafieux Â», qui pour les Américains a une signification bien précise fut, comme les trois coups du marteau du juge : la sentence fut prononcée et sera sans appel.
Les Tunisiens sont désormais libres et rien ne pourra les faire reculer d’un pas. Facebook fut pour eux le télégraphe morse et la radio amateur des guerres et des soulèvements d’avant internet. 



[image]
“L’Armée est là”, La Kasbah, 27 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
.
Des images aveuglantes
Aujourd’hui ce réseau social a permis de dévoiler chacun d’entre-nous. Certains plongèrent dans une panique contagieuse, d’autres, téméraires et héroïques, ont sonné le tocsin dès décembre 2010, mais la majorité se contentait de partager les premières images d’un carnage sans précédent dans nos contrées. A Sidi Bouzid, à Kasserine et Thala on assassinait des Tunisiens parce qu’ils réclamaient un emploi ou une amélioration des conditions de vie. Comme la quasi majorité des tunisiens j’ai donc suivi ce qui se passait avec un effarement teinté d’incrédulité. La monstruosité des actes de barbarie commise aux noms de l’État était si inconcevable que je me contentais de regarder les dizaines de vidéos posté et partagé sans savoir quels mots ajouter aux indicibles images. Des Tunisiens assassinés jetés à même le sol ou sur des lits d’hôpitaux, avec des blessures de guerre, des couloirs bondés de monde venu, eux aussi, constater l’ampleur du massacre. Handicapé par la terreur qui régnait depuis les dernières années de Ben Ali, je n’osais même pas commenter, moi qui étais bavard aussi bien dans mes discussions que dans mes chroniques, je restais sans voix. Oui j’avais peur, j’étais lâche, je fus tétanisé par ce rouleau compresseur qui venait avec une vive allure. Depuis ma visite à Redeyef j’ai pu constater comment les forces de l’ordre ont perdu ce titre.  Redeyef qui fut en deux ans soumis aux rafales de la police puis à des averses meurtrières n’a pas, jusqu’a aujourd’hui, complètement pansé ses plaies. Sidi Bouzid elle-même fut le théâtre d’injustices révoltantes; terres confisquées, jeunesse oubliées et revendications matées à coup de batons.
Cette Tunisie longtemps cadenassé, quadrillés par une police en uniforme et une autre fantôme, invisible et omniprésente qui faisait régner une terreur moyenâgeuse, se retenait plus qu’il n’en fallait. Ce qui était un mouvement social devient une insurrection à cause des manières brutales du régime. Facebook se transforma à la fin de l’année précédant en un moyen d’information crédible, un nouveau parti politique, une tribune de fortune, un Hyde Park aussi grand que la Tunisie.
Qui aurait pu imaginer, ou même rêver, que le régime de Ben Ali allait aussi rapidement s’effondrer ? La dynastie était partie pour s’éterniser et les seuls commentaires sur le sujet portaient uniquement sur l’ordre de succession. Un parallèle pourrait être établi entre le suicide de Bouazizi et les actes suicidaires des autorités politiques, les deux n’ont pas calculé les conséquences de leurs actes, les deux ont été réalisés dans l’urgence et faute de mieux.

Un janvier rouge sang
Je prenais connaissance des dates des manifestations en ce début de janvier par l’intermédiaire de facebook, j’y allais avec mon sac photo et je n’osais pas tirer mon appareil photo, la peur au ventre d’être matraqué et l’inexpérience de ce genre de photographie m’ont empêché de le faire. Facebook était utilisé par les manifestants mais aussi par les renseignements généraux qui transmettaient aux forces de l’ordre le lieu, la date et le nombre estimé de participants. Sur place on pouvait facilement localiser le cantonnement de la police anti émeute faussement installé dans des bus jaunes de la société de transport public, moins visibles que les fourgons bleus de service, mais, qui pourrait deviner l’intention qui se cache derrière les milliers de personnes qui circulaient à Tunis ? Souvent, il me semblait que les agents de l’ordre, tout corps confondus, dépassait de loin la masse des badauds et potentiel manifestant…peut-être à cause de la peur !
Mais le fait de regarder la manière dont les forces de l’ordre quadrillaient les lieux, de visualiser la meilleure manière de quitter les lieux avant que cela ne se gâte ainsi que les meilleurs emplacements pour faire des photos ajouté à ma bonne connaissance de la géographie de Tunis m’ont été d’un grand secours pour les jours suivants.

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Recyclage forcé
A vrai dire je ne suis pas un photoreporter selon la définition consacrée, je ne faisais que prendre en photo ce que je choisissais, ce qui veut dire à l’encontre même de ce que doit être un photoreporter.
Depuis Aout 2009, j’ai pris l’habitude de photographier et de publier sur Facebook et sur ce blog ce que je voyais en Tunisie et particulièrement à Tunis. Une série d’albums intitulée « Tunis est ainsi et je ne l’échangerais pour rien au monde Â» me permettait d’évoquer cette ville que je connais depuis 50 ans et que je voyais changer, muter, se transformer et parfois se défigurer. Les Tunisiens, l’urbanisme, les manifestations culturelles, les laissés pour comptes, mendiants ou sdf, les nantis, les solitaires et les amoureux, les familles et les ados, je ne m’interdisais aucun sujet. Faute d’avoir assez de courage et d’expérience pour maîtriser le photoreportage, je décidais le 30 décembre 2010 à aller à Sidi Bou Saïd avec l’intention manifeste de faire comme si c’était Sidi Bouzid(4).

Naïveté d’un citoyen paisible
J’avoue que je fus crédule au point de croire le troisième discours de Ben Ali et je m’empressais d’écrire sur Facebook que le peuple à gagné une grande bataille, celle de la liberté d’expression. Le souhait de ne plus revoir les images des carnages d’innocents, le vÅ“u de retrouver mon Tunis reprendre sa vie normale ainsi que la peur de voir une répression encore plus musclée s’abattre sur nos têtes ont été les raisons de mon optimisme.  Mais quelques minutes plus tard, on apprenait que les scènes de liesses sur les plateaux télé et même dans l’avenue Habib Bourguiba, malgré le couvre feu en place, étaient montées de toutes pièces…rideau : « E finita la comédia Â».
Je m’arrêtais alors, ce jour-là, de faire des commentaires sur Facebook à caractère politique et je me décidais de faire ce que je savais faire avec moins de faute : photographier.

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[image]
“Victoire de Tunisie”, (manifestation pour la laïcité et la tolérance), Tunis le 19 février 2011. Photographie Hamideddine Bouali
Depuis le 13 janvier j’ai quotidiennement photographié, Tunis, puis Sidi Bouzid, me prenant pour un reporter, c’est à dire ayant une mission à accomplir : rendre compte, et un crédo : la vérité. Je n’ai jamais autant photographié, jamais été face à une histoire qui se fait, jamais eu si peur, jamais été si exalté  …Jamais été si vivant !!! 

Hamideddine Bouali
22 février 2011
(1) http://du-photographique.blogspot.com/2010/10/chronique-grise.html  

(2) http://du-photographique.blogspot.com/2010/11/chronique-narcissique.html
(3) http://du-photographique.blogspot.com/2010/12/manifoto-2010.html
(4) http://du-photographique.blogspot.com/2010/12/chronique-actuelle.html

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Tunis, un certain 14 janvier 2011
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 ”Scène de la vie quotidienne”, Tunis-Le Passage. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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 ”Le dernier gong du 7 novembre”, Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Manifester à bout portant”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Les tunisiens”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Cris de liberté”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Superman de Tunisie”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Un petit mot”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Le dernier mot”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Avant la charge de la brigade”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Le peuple a parlé et a écrit”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“En face du ministère de l’intérieur”,Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“A mains nues “, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“La journée des slogans”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Haie d’honneur”, Tunis-Bab el Khadhra. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“A dieu mon fils”, Tunis-Bab el Khadhra. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Dernière sortie avec les amis”, Tunis-Bab el Khadhra. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“L’armée veille sur le peuple”, Tunis-Place de la victoire. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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Tunis, un certain 14 janvier 2011
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 ”Scène de la vie quotidienne”, Tunis-Le Passage. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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 ”Le dernier gong du 7 novembre”, Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Manifester à bout portant”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Les tunisiens”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Cris de liberté”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Superman de Tunisie”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Un petit mot”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Le dernier mot”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Avant la charge de la brigade”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Le peuple a parlé et a écrit”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“En face du ministère de l’intérieur”,Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“A mains nues “, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“La journée des slogans”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Haie d’honneur”, Tunis-Bab el Khadhra. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“A dieu mon fils”, Tunis-Bab el Khadhra. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Dernière sortie avec les amis”, Tunis-Bab el Khadhra. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“L’armée veille sur le peuple”, Tunis-Place de la victoire. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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Tunis, un certain 14 janvier 2011
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 ”Scène de la vie quotidienne”, Tunis-Le Passage. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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 ”Le dernier gong du 7 novembre”, Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Manifester à bout portant”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Les tunisiens”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Cris de liberté”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Superman de Tunisie”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Un petit mot”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Le dernier mot”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Avant la charge de la brigade”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Le peuple a parlé et a écrit”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“En face du ministère de l’intérieur”,Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“A mains nues “, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“La journée des slogans”, Tunis-Avenue Habib Bourguiba. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Haie d’honneur”, Tunis-Bab el Khadhra. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“A dieu mon fils”, Tunis-Bab el Khadhra. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“Dernière sortie avec les amis”, Tunis-Bab el Khadhra. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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“L’armée veille sur le peuple”, Tunis-Place de la victoire. 14 janvier 2011. Photographie Hamideddine Bouali
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Tangages et roulis

Boussole et sextant
Je suis dans la situation confortable de ne pas devoir choisir entre Ghar el Melh et Tunis.
Passer de Ghar el Melh à Tunis n’est pas difficile, je suis habitué depuis longtemps aux changements de caps.  Du Club Photo du Bardo, là où avec des jeunes nous avons organisé à partir de 1985 et pendant 6 ans un festival de photographie et fondé la même année une revue : Contact photo…Je me suis trouvé commissaire de l’exposition itinérante « La Tunisie de Jacques Pérez Â» puis commissaire général du Mois de la photo de Tunis dans ses deux éditions. En 2003, Salah Jabeur m’invite à intégrer le Comité d’organisation des Rencontres Internationales de la Photographie de Ghar el Melh, avec mes modestes moyens j’ai tout de suite mis la main à la pâte. Pour moi Ghar el Melh fut une enrichissante expérience, là j’ai connu de grands moments de bonheur, des photographes de notoriétés internationales mais aussi des situations extrêmement difficiles, tous cela me donna une incomparable plus-value aussi bien dans ma pratique photographique que dans ma connaissance des rouages d’une organisation.
Lors des trois dernières éditions, j’ai beaucoup appris de Natalia Jaskula. Elle a donné à cette manifestation une rigueur valorisante. Sa clairvoyante commissariat artistique, fut pour moi, une leçon inoubliable sur la manière de gérer une manifestation de cette ampleur.
Le Club Photo de Tunis n’aurait peut-être pas pu voir le jour sans mes années Ghar el Melh. Cependant, Il faut avoir assez de lucidité pour partir et changer d’horizon avant de constater, trop tard, que c’était une édition de trop.
Pour Ghar el Melh, je ne serais dans la prochaine édition qu’un postulant à une exposition personnelle. Je reviendrais avec grand plaisir comme visiteur au Fort Lazaret, indépendamment du verdict du comité de sélection des dossiers-expositions, car qui mieux que moi pourrait comprendre leur décision ?

J’aime Tunis, et je ne l’échangerais pour rien au monde
En 1982 quand j’ai commencé à apprendre la photographie sous la direction d’un animateur japonais, Mr Hirochika Setsumasa, dont je garde d’impérissables souvenirs, je n’ai jamais cessé de photographier Tunis. Je me rappelle encore de notre première sortie du Club Photo de la Maison de Jeunes du Bardo, Tunis un dimanche matin…avec comme appareil photo ; l’inamovible Zenit de fabrication russe. Tunis restera mon sujet favori. Aujourd’hui avec mon inséparable Lumix je continue de remplir un bien modeste album, tôt ou tard il faudrait le publier, sous ce titre.

Le Club Photo de Tunis
L’aventure commença au lendemain de « La Rentrée symbolique de l’année photographique Â» organisée pour la seconde année consécutive à Beit el Bennani, où j’ai rencontré un grand nombre de passionnés de photographie qui m’ont fait part de leur difficulté à rencontrer d’autres photographes, à montrer leur travaux et rêvent d’exposer. J’ai lancé un appel sur Facebook pour voir si la fondation d’un club photo était viable. En 24 heures plus de 80 personnes ont adhéré à l’idée. J’ai commencé le lendemain même les démarches…il fallait trouver un local, j’ai voulu m’éloigner de la Médina, le centre historique de Tunis. Je voulais un « lieu Â» qui n’a pas de connotations traditionnelles. Et c’est la Maison de Culture Maghrébine Ibn Khaldoun qui allait nous accueillir.

[image] Exposé de Melle Rim Lariani à propos des composantes d’un appareil photo lors de la 2e séance du Club Photo de Tunis, 

le 21 février 2010 (Montage de 3 Photos Hamideddine Bouali)
Depuis la première séance organisée le 16 janvier dernier jusqu’à la dernière, avant la rédaction de cette chronique, qui eu lieu le 20 février, je mesure le grand travail accompli par un staff de volontaires. Ce n’est donc pas par hasard qu’aucune des séances précédentes n’a enregistré moins de 40 présents avec une pointe de 80 lors de la 5e séance ! 

[image]Photo de groupe réalisée en l’honneur de M. Kamel Ben Ounès, critique photo 
(6e séance, le 20 février 2010. Photo Dalila Yakoubi)

En six séances nous avons accompli un travail de vulgarisation constitué d’exposés multimédias où presque toutes les facettes de la photographie ont été passées en revue, que ce soit l’histoire, la technique, la déontologie… Les membres sont représentatifs de la population tunisienne avec une parité presque parfaite homme/femme, le tiers est constitué de lycéens et d’étudiants, le second tiers est composé de fonctionnaires et de professions libérales, le reste sont des photographes et des sans emplois.

[image]
Quelques membres du Club Photo de Tunis lors de la sortie à Sidi Bou Saïd, le 21 février 2010.
(Photos : Collectif Club Photo de Tunis)
Liste des exposés :
Exposé historique
« Ce que les photographes doivent à Ibn Al Haytham Â»
« La passion de peindre, le désir de photographier ; Van Eyck Â»
« Ballade à Tunis avec Rudolf Lehnert »

Exposé thématique
« Le Temps des photographies Â»
« La petite histoire des grandes photos : Portrait de Che par Korda Â»
« La petite histoire des grandes photos : Portrait de Aldrin par Armstrong Â»
« Histoire et actualités du portrait Â»
« Pouvoir de la photo : information ou manipulation ? Â»

Exposé technique
« Photoshop prise en main 1»
« Photoshop prise en main 2»
« Le photographe en situation Â»
« Les composantes d’un appareil photo Â»
« Le réglage du temps de pose et de l’ouverture Â»

Carte Blanche à…………
Sabrine Belkhouja
Mehdi Zribi

Invité d’honneur
Kamel Ben Ounès, critique photo
Atelier : « ABC de la prise de vue Â»
Workshop : « Le Portrait Â»
Sortie : « Sidi Bou Saïd Â»

Liste des membres-correspondants (étranger)
Jacques Pochart, Bruxelles. Belgique
Slim Harbi, Berlin. Allemagne
Gaël Coto, Paris. France
Susana Paiva (Portefolio Project), Lisbonne. Portugal.
Bahi Rahhal, Casablanca. Maroc
Xavier DeLuca, Barcelone, Espagne

Club ami
Club Double Déclic (Belgique)

Liste des membres-correspondants (Tunisie)
Mohamed et Asma Alaimi, Redeyef
Afef Khalfaoui, Kairouan
Adib Samoud, Kélibia
Sabrine Belkhouja, Bizerte
Mohamed Njah, Sfax

Un sermon d’Hippocrate tacitement juré
Je ne vais pas nommer la personne à laquelle je fais allusion dans ce qui suit, sinon je serais dans l’obligation morale de le citer dans la liste des mots clefs.
Dans le domaine de la photo, il y a ceux qui travaillent avec acharnement à s’améliorer, maintenant un rythme soutenu de prise de vues, ils lisent des livres spécialisés, ils ne ratent aucune exposition, ils consultent ceux qui sont là bien avant eux, d’années en années ils arrivent à acquérir assez de compétences techniques et une appréciable maitrise de l’esthétique photographique. Lorsqu’ils exposent leurs œuvres, la culture qu’ils ont acquise au fil des années les rend humbles et modestes. Cette sobriété est perceptible dans leur parole, dans le choix des prix de vente et surtout dans le respect des autres, que ce soit celui qui offre son espace ou ceux qui viennent visiter l’exposition. Le respect n’est pas ces mots bien ajustés que l’on profère à répétition mais un état d’esprit sain et sincère. Une certaine considération est de mise vis-à-vis des autres photographes, car on est sensé faire partie d’une corporation où l’éthique n’est pas un vain mot, mais l’écho de chaque déclenchement, le reflexe inné avant de signer une photographie. Le succès ne venant jamais par hasard, il est la résultante de cette somme considérable de qualités.
Certains préfèrent suivre des sentiers incertains ou même emprunter des raccourcis sans aucun balisage…voulant se frayer un chemin plus court afin d’arriver plus vite, oubliant que le temps est un allié pour ceux qui le respectent et un bourreau pour ceux qui veulent l’enjamber. Qui mieux que le photographe, dont la molette des durées pose est constamment sous l’index, est à même de pactiser avec le temps ? Ceux qui ignorent cela ne méritent pas le titre de photographe…La sanction étant sans appel, ils se font décapiter par l’obturateur.
C’est donc Beaucoup de bruit pour rien pour un cas isolé, sans envergure et pour rester dans le répertoire de ce grand connaisseur de la nature humaine que fut William Shakespeare, c’était La Comédie des erreurs.

Hamideddine Bouali
25 février 2010
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